FARABI
man est une des préoccupations principales de la plupart des philosophes arabes. A cette préoccupation se rattachent les discussions entre les^cMutakallimûn»1) orthodoxes et de nombreuses sectes hérétiques dont on ne peut ici retracer l'histoire. Il est permis d'appeler du nom de scolastique musulmane ou arabe, l'harmonie poursuivie entre le Coran et la philosophie a). Toutefois, il Jie faut pas perdre de vue que la philosophie des Arabes a un sens autonome, comme explication du monde, indépetzdamment de sa subordination au Coran. On peut appliquer à la philosophie arabe, au sujet de ses rapports avec le Coran, ce qui a été dit plus haut au sujet de la scolastique occidentale et de ses rapports avec le dogme chrétien (112, 114).
217. Branche orientale des Philosophes proprement dits. El-farabi. Avicenne. — Le mutazilit An-Nazzam (vers 835) est cité comme le premier philosophe arabe. Familier d'Alexandre d'Aphrodisias, il reprit sa défense de la liberté humaine. Un peu plus tard, El-kindi (t vers 873) contemporain de Jean Scot Eriugène, est un encyclopédiste d'une fécondité rare et un traducteur important. Il s'adonna de préférence à la logique. Ses écrits philosophiques n'existent plus que dans des traductions latines récemment publiées, et dues à Gérard de Crémone et à J. Avendeath (225, 11). Il remania probablement une traduction arabe primitive de la Théologie d'Aristote.
Plus connu des scolastiques est El-farabi (t .949; 50), un autre savant de l'école de Bagdad, le plus grand philosophe arabe avant Avicenne, interprète et commentateur des auteurs grecs, bien plus que leur traducteur. Son œuvre philosophique est considérable, et on possède de lui plusieurs traités importants. Parmi les ouvrages de logique qui ont fait sa célébrité et témoignent d'une profonde connaissance d'Aristote, on cite de préférence ses commentaires sur les Derniers Analytiques, un traité de ortu scientiarum,un autre de intellectu et intelligibili, souvent cité au moyen
') Par « Mutakallimûn » il faut entendre tous ceux qui s'occupent de problèmes philosophico-religieux. Pollak, op. cit., p. 214. — ") Carra de Vaux, op. cit.
244 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE JUSQU'A LA FIN DU XIIe S.
âge. L'idée panthéiste est contenue en germe dans la métaphysique de Farabi, celle-ci portant les marques évidentes de la théorie néo-platonicienne de l'émanation divine. Le système s'achève par des tendances mystiques. M. Carra de Vaux fait à Farabi l'honneur d'avoir introduit définitivement la théorie de l'intellect agent, forme pure séparée de la matière, et il fait de lui ce bel éloge : « Farabi fut une nature véritablement puissante et singulière. Il est, à mon sens, plus attrayant qu'Avicenne, ayant plus de feu intérieur, capable d'élans plus brusques et de coups moins prévus. Sa pensée fait des bonds comme celle d'un lyrique ; sa dialectique est aiguë, ingénieuse et contrastée, son style a des mérites de concision et de profondeur rares » ').
Le successeur de Farabi 2), Ibn-Sina (Avicenne, 980-1036), à la fois théologien et médecin, peut être considéré comme un des principaux philosophes arabes. Malgré les vicissitudes d'une vie très agitée, il parvint à écrire un nombre d'ouvrages qu'on dit dépasser la centaine. Avicenne est, dans le camp arabe, un des plus fidèles interprètes d'Aristote. Parti de la synthèse de Farabi, il la dépouille de plus d'une idée néo-platonicienne pour mieux se rapprocher du véritable péripatétisme.
Parmi les traités généraux sur la philosophie, citons le Chifâ, que les scolastiques traduisent par Sufficentiae (logique, mathématique, physique et métaphysique ; la Metaphysica Avicennae sive ejus prima philosophia, publiée en 1499 à Venise, paraît être une partie du Chifâ) ; le Nadjdt, abrégé du premier ; le Livre des théorèmes et des avertissements ;le Guide à la Sagesse ; la Philosophie d}Aroudi ; la Philosophie d'Alâ. Des traités spéciaux abordent une foule de questions importantes, sans compter qu'Avicenne laissa en outre de nombreux ouvrages mystiques et scientifiques (surtout pour la médecine et l'astronomie).
La logique, au caractère net et concis, libre commentaire
') Op. cit., pp. 102 et 116. — *) Les « frères de la pureté » qui apparaissent à la même époque, sont des encyclopédistes, des vulgarisateurs ; en même temps ils forment une secte mystique. Dieterici a publié des~extraits de leurs oeuvres.