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AVICENNE

d'Aristote, accorde une importance centrale à la définition et au raisonnement. Elle est l'instrument qui sert à l'acquisition de la philosophie, non la philosophie même. La classification des sciences philosophiques d'après Avicenne fut classique au moyen âge et les scolastiques du xme siècle s'y rapportèrent avec prédilection : la physique, la mathématique et la théologie, ayant chacune une partie pure et une partie appliquée forment la philosophie spéculative ; l'éthique, l'économique, la politique constituent la philosophie pratique (v. p. 1. Gundissalinus).

A la métaphysique Avicenne réserve la place d'honneur, et le grand problème qui le préoccupe est celui de la procession des êtres, ou la génération du multiple du sein de l'unité. Au faîte de l'empyrée métaphysique se trouve le Premier, Dieu, Intelligence parfaite, Bien absolu. Du premier être découle le premier causé. « Du fait que le premier causé connaît le premier être découle une intelligence qui est la première située au-dessous de lui, soit celle de la sphère de Saturne ; du fait que le premier causé se connaît lui-même comme nécessaire par le premier être, découle l'existence d'une âme qui est celle de la sphère limite ; du fait qu'il se connaît comme possible par lui-même découle l'existence du corps de cette sphère limite. Ce mode de procession se répète ensuite en descendant l'échelle astronomique. De l'intelligence de Saturne, en tant qu'elle connaît Dieu, découle l'intelligence de la sphère de Jupiter ; de la même intelligence, en tant qu'elle se connaît elle-même, découlent l'âme et le corps de la sphère de Saturne. La dérivation continue ainsi jusqu'à ce qu'on arrive à l'intellect agent ; là elle s'arrête ; il n'y a en effet aucune nécessité, observe Avicenne, qu'elle continue indéfiniment *). »

La théorie de la procession des sphères est complétée par celle de leur motion, et l'une et l'autre fournissent une explication synthétique des données astronomiques des Arabes : le mouvement circulaire qui entraîne les sphères trouve sa raison dernière

') Carra de Vaux, op. cit., p. 247.

246 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE JUSQU'A LA FIN DU XIIe S.

dans la finalité exercée par Dieu, l'âme intelligente de chaque sphère recherchant le Bien suprême dont l'intelligence les attire. — L'intellect agent, la dernière engendrée des intelligences pures, gouverne notre monde, car c'est de lui que découlent, grâce à l'influence des mouvements célestes, toutes les formes substantielles que doit recevoir la matière sublunaire. Par là on voit que l'intellect agent ne joue pas seulement un rôle psychologique, mais que dans le processus des émanations il est principe métaphysique d'où émergent les âmes humaines, au même titre que les autres formes terrestres. Quant à la matière, elle n'est pas, comme pour Farabi, un effluve de l'âme, mais un élément éternel, coexistant avec Dieu, et aflfecté d'une complète indifférence à être ou à ne pas être.

La théorie des causes, la solution aristotélicienne du problème des universaux, et notamment sa thèse de l'individualité des substances et des trois états de l'essence (ante multitudinem, in multiplicitate,post midtiplicUatem) x) donnent aux autres doctrines de la métaphysique d'Avicenne des allures franchement aristotéliciennes, grâce auxquelles elle s'est imposée à l'attention des scolastiques occidentaux.

En psychologie, Avicenne est aristotélicien dans sa doctrine fondamentale sur les facultés de l'âme. Tout en réduisant le nombre des facultés que les frères de la pureté avaient multipliées à l'excès, il se laisse aller à des développements parfois excessifs. C'est ainsi qu'il reconnaît dans l'entendement spéculatif (intelligence passive propre à chaque homme), un quintuple stade, correspondant à des actuations successives, — sans compter l'intervention de l'intellect agent, forme séparée, dont l'illumination est nécessaire à toute activité intellectuelle. Ces stades sont : Y intelligence matérielle, possibilité absolue de connaître ; Y intelligence possible, nantie des vérités premières; Y intelligence en acte, ou parfaitement préparée à recevoir d'autres connaissances ; Y intellect acquis, en possession de ces connaissances ;

') Logique, édit. Venise, 1508, fol. 12. V. A.

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