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356 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU Xlli^ SIECLE.
Chez l'un et l'autre on trouve de nombreuses incohérences doctrinales et des tentatives de compromis entre d'inconciliables doctrines. Mais d'autres noms se présentent, Gérard d'Abbeville, Guillaume d'Auxerre, Alfred de Sereshel, et la liste s'allongera au fur et à mesure des recherches.
278. Dominicus Gundissalinus, archidiacre de Ségovie, n'est pas seulement un des plus remarquables traducteurs de Tolède (p. 295), mais aussi un écrivain philosophique, dont l'importance historique est considérable. On connaît de lui cinq traités : de divisio7îe philoso phiae , de imvwrtalitate anijnae, de processione mundi, de imitate, de anima. Les trois derniers, contenant des emprunts au Fo7is vitae d'Avicebron, sont postérieurs à la traduction de cet ouvrage à laquelle Gundissalinus collabora. M. Baur, éditeur du de dividone philosophiae , le place
après II 40.
Gundissalinus est un compilateur éclectique, largement ouvert à toutes les influences, habile à manier les idées d'autrui. Aristotélicien en métaphysique comme en psychologie, il ne puise pas aux sources originales, mais recourt aux commentaires et aux textes arabes. Voilà pourquoi son aristotélisme est teinté de néo-pythagorisme et de néo-platonisme alexandrin, au même titre que ses sources arabes. Mais ces éléments ont perdu toute signification panthéiste : Gundissalinus est individualiste grâce à l'influence des philosophes chrétiens, principalement de Boèce et de S. Augustin.
Les idées philosophiques les plus remarquables de Gundissalinus se rapportent à la classification des sciences, à la métaphysique, à la psychologie.
Un traité d'allures didactiques, de divisione philosophiae, — libre compilation du de scienliis de Farabi (utilisé en entier), de nombreux écrits d'Ammonius, Isaac Israëli, Avicenne, Boèce, Isidore de Séville, Bède, — entreprend une classification des sciences philosophiques. Après avoir accentué la distinction de la théologie, divifia scieiitia (Deo auctore, hominibus tradita) et de la philosophie, hiwia?ia scientia (quae hu.manis rationibus adin-
DOMINICUS GUNDISSALINUS.
venta esse probatur), l'auteur énonce ce principe cher aux grands siècles de la scolastique : iiulla est scientia quae philoso phiae 7ion sit aligna pars. Il rappelle six définitions de la philosophie et les accueille toutes ') ; puis il établit ces cadres généraux où triomphe l'esprit péripatéticien :
I. Les sciences philosophiques proprement dites (scientiae sapientiae) comportent un groupe théorique et pratique. Le premier comprend : a) la Physique (scientia naturalis, de his quae non sunt separata a suis niateriis), avec, comme subdivisions : medicina, indicia, nigromantia, ymagines, agricultura, navigatio, spécula, alquemia ; — b) la Mathématique (de his quae sunt separata a mater ia in intellectu non in esse), avec, comme subdivisions : arithmetica, geometria (et optique), musica^ astrologia, scientia de aspectibus, de ponderibus, de ingeniis ; — cj la Métaphysique (scientia divina, de his quae sunt separata a mater ia in esse et in ifitellectu). — La philosophie pratique se décompose à son tour en politique, économique, éthique ^). — 11. La logique, conformément à la notion arabe, est un instrumentum préliminaire à la philosophie, puisque toute acquisition du savoir la présuppose ; mais à d'autres points de vue elle e%i pars phi losophiae, A son tour, elle doit être précédée de : iil. Deux groupes de sciences propédeutiques : la scientia litteralis, ou la grammatique, — les scientiae civiles, poétique (comprenant l'histoire) et rhétorique.
Les cadres généraux établis, l'archidiacre tolétain reprend par le détail chacune des sciences. Son œuvTe est une étape décisive dans l'histoire des classifications scientifiques. Avec elle prennent fin, peut-on dire, les tâtonnements et les hésitations (Cf. 189). Son influence domine les nombreux travaux similaires qui appa-
') Assimilatio hominis operibus creatoris secundum virtutem humanitatis — tediuin et cura et studium et sollicitudo mortis — rerum humanarum divinai'uinqu3 co^nitio cum studio bene vivendi conjuncta — ars artium et divSciplina disciplinarum — intégra coguitio hominis de se ipso — amor sapientiae. Nous les citons d'après l'édition de Baur. — ') A. Lkvi, La partizione dellajilosofia pratica in un trattato medioevale. ( \tti d. r. istituto Veneto di scienze 1908, t. LXVII, parte 2). Étudie cette classification delà phil. pratique chez Gundissalinus et en fait l'histoire.
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laissent au xill« s. Le traité contemporain de Michel Scot, divisia philosophiae , n'est qu'une compilation de l'œuvre de Gundissalinus'); Albert le Grand s'en inspire '); Robert Kihvardby qui introduisit dans la classification des sciences de nouveaux progrès, a puisé chez Gundissalinus, auquel il rend hommage, un grand fonds d'idées.
La métaphysique de Gundissalinus est aristotélicienne. La scientia prima a pour objet l'être et les coîisequentia eniis (substance et accident, universel et particulier, cause et effet^ acte et puissance) et c'est principalement d'Avicenne et de Farabi que le philosophe s'inspire. Toutefois on trouve dans le de imitate des vestiges de la théorie de l'émanation et de l'échelonnement métaphysique des êtres. L'unité est le fonds constitutif de toute chose. Dieu est la creatrix imitas d'où dérive la creaia imitas. La dérivation de la créature n'a pas le sens d'une émanation du sein de Dieu comme chez Avicebron, mais d'une participation créatrice générale, sur laquelle le de imitate ne se prononce pas. Trois degrés : l'intelligence, l'âme et le monde de^ corps marquent l'apparition et le développement hiérarchique de l'unité dans la création ; de plus tout être autre que l'un premier est un composé de matière et de forme, deux principes opposés dont l'unité, force de cohésion, maintient la compénétration. Ces théories sont manifestement empruntées au Fous vitae^ que Gundissalinus avait étudié et traduit.
Le de inimortalitate ajiimae est un petit traité de ps3"chologie rationnelle, dont le plan appartient à Gundissalinus et qui fournit un curieux mélange d'idées aristotéhciennes et néo-platoniciennes (arabes). Partisan de la théorie de l'abstraction qu'il décrit à la suite d'Avicenne, de l'opposition de la connaissance sensible et intellectuelle, de l'individualité des êtres de la nature auxquels s'appliquent nos concepts universels, Gundissalinus reprend, sous une forme dialectique rigoureuse, pour démontrer l'immortalité de
')Des fragments en sont reproduits dans le Speadum doctrinale de Vincent de Beauvais. Édités par Baur en appendice. — ') Baur, Dominicus Gundissalinus^ de divis. philos., pp. 365, 375.