ALEXANDRE DE HALES
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Baur, Dominicus Gundhsalhitis ^ de divisione p'iilosophuie (Beitr. etc., 1903, IV, 2 et 3), édition et longue étude des sources doctrinales ; Baeumker, Les écrits philos.de D. (lundissalinusi^. Thomiste, 1898, p. 727). Courte étude d'ensemble, A. Levi, op. cit., p. 357, — Edit. des œuvres de G, d'Auvergne en 1591 ( Venetiis) et mieux en 1674 (Aureliae). N. Valois, Ciuillaume d* Auver^?ie. évêque de Paris, (Paris, 1880). Fausses attributions : H\uréau, Not, et extr. qles m^. Lit. Voir les tables. VVerxer, W's v. Auvergne Verhàltniss z. d. Platonikern d. XIll Jahrh. Vienne, 1873 et Die Psychologie des W. von Auvergne 1873 ; Difficiles à comprendre. Schindele, Beitr. z. Metaphysik d. Wilhelm v. Auvergne (Munchen, 1900). L'auteur annonce un ouvrage complet sur cette matière. Ici il n'étudie que la notion d'être; GurrMvxN, G. dW. et lu littérature inivc, dans Revue des et. juives, XV^III, pp. 243 et suiv, : B.aumgartner M, Die Erkcnntnislehrc d. Wilhelm P. Auvergne {Heiiv. Gesch. Philos. Mitt., II, i, Munster 1893). Bien fait : BiiLOW, ouvrage cité. Ziesché, Die Sakramentenlehre d. W. v. Auvergne (Weidenauer Studien, Bd. IV, 191 1). — Le de motu cordis d'A. Anglicus est édite par Bar.\ch, Bibl. phil. med. aetatis^ t. II, 1878. Ce traité n'est pas une traduction. H.vURÉ.vu, Not. et extr. qles ms. lat. etc.. V, 201. Baeumker prépare une nouvelle édit, avec un comment, au de vegetahilibus (Beitr.). G'"° d'AuxERRE. Sumnia super IV sentcntiaruin^ Parisiis, 1500, 15 18. M. Pelzkr prépare l'édition des Ouodlihet et des quacstiones de co^itatione de Gérard d'Abbeville.
§ 2. — Premières écoles franciscai tes. Alexandre de Halès.
282. Vie et Œuvres. — La date et le lieu de la naissance d'A. de Halès sont inconnus. Il étudia à Paris avant son entrée dans l'ordre franciscain. Bacon nous apprend qu'à l'époque où il était maître es arts, la physique et la métaphysique n'étaient pas encore traduites ') ; ce qui oblige de reporter avant 12 10 cette période de la vie d'Alexandre. La même année où il devint Frère mineur (12 13), la chaire de théologie du couvent de Paris fut incorporée à l'université, et Alexandre en fut le premier magkter regens ''). Il abandonna sa charge plusieurs années avant sa mort(i 245)eteut comme successeur Jean de la Rochelle. Avec ces deux hommes s'accentue dans l'ordre franciscain le
') Opus Minus, éd. Brewer, 326. — ') De 1225-123 1 on rencontre au couvent franciscain de Paris Bartholomaeus Anglicvs, auteur d'un ouvrage encyclopédique, très répandu, de proprietatibus rerum dont les quatre premiers livres s'occupent de questions intéressant la philosophie. Comme J. de la Rochelle et A. le Grand il reproduit les sept définitions de l'âme. Dans la suite l'auteur aborde principalement des questions scientifiques, cf. Felder, op. cit., p. 252.
parti des intellectuels, amis des études, dont l'opposition des « Spirituels » ne réussit jamais à briser l'influence.
Beaucoup d'ouvrages lui ont été faussement attribués. Son œuvre capitale, unique peut-être, est une Snvwia Theologica ; elle n'est pas antérieure à 1231 '), et la mort empêcha le maître franciscain de la terminer. Un document d'Alexandre IV du 28 juillet 1256 le reconnaît comme l'auteur de pareil ouvrage et recommande à Guillaume de Meliton de le compléter ^). Celui-ci fît des ajoutes à la Somme et d'autres en firent après lui. C'est ainsi que la Suinma de VirttitibuSj qui comble une grande lacune de la 3"^® partie (q. 27-69), est postérieure à S. Bonaventure dont elle est manifestement inspirée ^). Une édition critique de la Somme d'Alexandre est en préparation au collège franciscain de Quaracchi. Aussi longtemps que ce travail n'est pas terminé, il est impossible de faire la part de ce qui revient à l'auteur dans l'œuvre éditée sous son nom. C'est donc sous réserves que nous résumons ici ses doctrines.
283. Sa place dans la scolastique. — La Somme contient à la fois une synthèse théologique et une synthèse philosophique. Il en sera ainsi de toutes les œuvres similaires produites par le xill^ s.
La synthèse de théologie scolastique est en élaboration chez Alexandre de Halès, qui contribue à son développement par le perfectionnement des méthodes, par la position de questions nouvelles, mais non par des solutions définitives données à ces questions. Même dans son ordre, la théologie de S. Bonaventure et plus tard celle de DunsScot supplanteront celle d'Alexandre^).
') La Sumtna cite le commentaire de Thomas Gallus, abbé de Vercelli, «super Hierarchiam» (du pseudo-Denys). Or, cette œuvre n'est pas antérieure à 1224-1226. Felder, op. cit., p. 195. Le compcndium chronicaruvi fr. minorum de Marianus de Florenlia attribue à Alexandre de nombreux autres ouvrages (Archiv. fransisc. histor., 1909, p. 307). — ') Chart., I, 328. — ^) Bonaventure, Opéra, édit. Quaracchi, t. X. Dissertatio, p. 3. On sait que Roger Bacon conteste à Alexandre de Halès la paternité de la Somme : « Fratres adscripserunt ei magnam summam illam, quae est plus quam pondus unius cqui, quam ipse non fecit sed alii. Et tamen propter reverentiam ascripta fuit, et vocatur Summa fratris Alexandri», Opus minus, p. 326. — *) « Exemplar apud fratres putrescit et jacet intactum », dit Roger Bacon; ibid., p. 326.
Alexandre prend pour guide, dans la division des matières, les Sentences du Lombard, et le plan d'études qu'il dresse a été repris dans ses grandes lignes par la plupart des Sommes du xiil*' s. '). C'est dans ces cadres théologiques qu'il faut chercher la philosophie d'A. de Halès. Le premier, il utilise presque toute l'œuvre philosophique d'Aristote, dont le crédit, vers 1231, commençait à remonter. Il fait usage aussi des commentateurs arabes, surtout d'Avicenne. Sa philosophie est à base péripatéticienne. Cependant il lui manque l'harmonie et l'unité rigoureuses qui caractérisent les synthèses puissantes. Il emprunte ses arguments et ses solutions à des autorités dont les tendances sont opposées ; notamment, il conserve nombre de théories de l'ancienne scolastique qu'on ne saurait concilier avec les éléments péripatéticiens de sa doctrine. Souvent aussi il est confus et prolixe ; il manque d'assurance, et se borne à enregistrer les diverses réponses dont un problème est susceptible.
Bonaventure et Thomas d'Aquin lui rendent hommage. Bacon lui-même, qui le malmène si fort, atteste sa 'célébrité, puisqu'il joint son nom" à Albert le Grand pour les appeler duo moderni gloriosi ^). Les progrès qu'Alexandre a imprimés à la théologie et à la philosophie scolastiques ont été longtemps méconnus, parce que l'éclat de ses successeurs a trop éclipsé ses mérites ^).
284. Philosophie. — Dans la Somme d'A. de Halès, la méthode d'exposition apparaît sous sa forme définitive. Après avoir, à l'exemple d'Abélard (223), produit le pour et le contre d'une question, en puisant des arguments non seulement dans les sources utilisées par ses prédécesseurs, mais aussi dans les œuvres grecques, arabes et juives, — l'auteur développe la solution systématique de la question proposée et discute la valeur des arguments
') Elle est divisée en quatre parties, dont la première traite de Dieu, la seconde des créatures, la troisième du Christ, la quatrième des sacrements et des fins dernières. — *) Communia naturalhim, liber i, c. 3, cité par Charles, R. Bacon, p. 375. Cf. Felder, op. cit., p. 187. — ^) Le reproche àQ plagiai fait à Thomas d'Aquin en matière théologique est dénué de fondement. Vacant, Dict. thêol.cath., 1900, au mot d'Alexandre.
ALEXANDRE DE HALÈS
produits. Cette division trichotomique des questions mises à l'étude se retrouvera dans tous les ouvrages scolaires du xiiF s. ').
Dieu est acte pur. Tout autre être, spirituel ou corporel, est composé non seulement d'essence et d'existence ^), mais aussi de matière et de forme, c'est-à-dire de puissance et d'acte. Cette théorie rappelle celle d'Avicebron (p. 285), bien que le nom du philosophe juif ne soit pas cité. Maisil existe des différences essentielles entre le philosophe scolastique et le philosophe juif. D'abord Alexandre s'appuie sur la doctrine de l'acte et de la puissance. Ensuite, la materia nniversalis est dépouillée de tout caractère moniste. Voilà pourquoi Alexandre refuse d'admettre avec les Arabes que l'âme humaine est l'émanation d'une intelligence, ou, avec David de Dinant (p. 248), que Dieu est la matière première de tous les êtres, et de l'âme humaine ^). Au surplus, la matière spirituelle n'est pas soumise au mouvement local et elle ne sert pas de base à des transformations substantielles (nec est subjecta motui nec coiitrarietati), — contrairement à la matière corporelle terrestre, affectée de cette double propriété, et à la matière corporelle céleste qui n'obéit qu'aux lois du mouvement ^). Toute l'école franciscaine, à l'exception de J. de la Rochelle, souscrivit à la thèse fondamentale de la composition hylemorphique des substances contingentes. Elle fait pendant à cette autre doctrine caractéristique des écoles préthomistes : la pluralité des formes substantielles. Cette pluralité existe, suivant Alexandre, dans les corps composés (mixta), vivants ou organiques.
') PiCAVET (186), attribue ce perfectionnement à Alexandre. Mandonnet, Siger, VI, p. 54 fait des réserves à ce sujet. — ') Contrairement à ce qu'on dit ordinairement, Alexandre admet la distinction réelle de l'essence et de l'existence. Des commentaires sur la métaphysique qui lui ont été faussement attribués et sont l'œuvre d'Alexandre d'Alexandrie, combattent la distinction réelle. De là l'erreur v. p 1. Cf. Schindele, ZurGeschichte d.Uniersîtchu7ig von Wescnhcit uni Dasein in d. Scholastik (Mûnchen, 1900), pp. 26 et 27.— ^) La doctrine d'Alexandre n'est tributaire en rien de celle de Rhaban Maur sur la corporéité de toute créature, bien que les deux théories présentent certaines analogies (v. p. i39).*) GuTTMANN, Op. cit., p. 39, conteste qu'Alexandre s'inspire d'Avicebron, parce que celui-ci enseigne Vhomogéniéié de la matière première, théorie rejetés par Alexandre.
En psychologie '), Alexandre tente un vigoureux mais inutile effort pour fusionner les doctrines d'Aristote et d'Augustin. Il rappelle sept définitions de 1 ame consignées dans le de spiritu et anifua, et essaie de les concilier avec celle d'Aristote ^). Pour découvrir la nature de l'âme, on doit rechercher ses causes dernières : Dieu est sa cause efficiente, le bonheur est sa fin. Elle est composée de matière et de forme — tout comme le corps possède %2i forma corporalis. L'union (uuio nativa) des deux s'opère ad modum fonnae cum 7n a te ri a. Cette multiplicité d'éléments réels s'accorde avec la métaphysique d'Alexandre, accentue l'indépendance de l'âme et du corps (Augustin), mais compromet l'unité du composé.
Traitant des activités de l'âme, Alexandre combat timidement la théorie de l'identité de l'âme et de ses facultés (antiaugustinisme) ; il fait de la vis jiaturalis le principe de la vie, avec le cœur pour organe, suivant les doctrines physiologiques du de motu cordis d'Alfred de Sereshel. D'autre part, dans l'étude de la connaissance intellectuelle, apparaît la division augustinienne de la ratio, de Xintellectns et de \ intelligentia , ayant pour objet respectif la connaissance du monde corporel et des jugements qui s'y rapportent ; celle des esprits créés ; celle des rationes aeteniae et des premiers principes. Or, cette doctrine augustinienne est étrangement alliée à la théorie péripatéticienne de l'abstraction : seules, les formes intelligibles de la ratio sont abstraites, et leur genèse s'explique par l'action combinée de l'intellect agent et de l'intellect possible — deux facultés spirituelles existant en nous — avec celle d'un troisième intellect, Yintelledus materialis, d'ordre matériel et périssable, qui se confond avec la phantasia ou cogitative ^). Au monde corporel se limite donc le domaine propre de l'abstraction ; les rationes aeternae ou la connaissance déductive des créatures
') D'après Endres (287). — *) « Substantia, non tanttim ut forma substantialis, sed ut quod ens in se, praeter hoc quodest actus corporis .. est substantia praeter substantiam corporis^. S.Thcoi.^ q. 59, m. 2, § i. res.— ') Cf. AvERROÈs qui donne à l'intellect matériel une autre signification.