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École franciscaine d'Oxford. R. Grossetête

L'ofo-anisateur des études franciscaines àOxford estRcBERTCjROS- SETÊTE, que ses relations avec A. de Halès, J. de la Rochelle rattachent aussi au mouvement scientifique de Paris. Bacon en fait un vif éloge /)ra^ aliis homiîiibus scivit scie?itias '). Outre des traductions (p. 291), des commentaires sur les Aiialytica posteriora, la Physique, les Sophistici Elenchi, les traités du pseudo-Denys "), la Consolatio philosophiae de Boèce, Robert fit un Compeyidhmi philosophiae et de nombreux opuscules ^) principalement relatifs à la philosophie de la nature, à la métaphysique et à la morale. La mmvia philosophiae qu'on lui a longtemps attribuée est une œuvre de disciple, rédigée vers 1267 '). Robert se livre de préférence à des interprétations de la nature. Les principes constitutifs du monde sont la lumière (prima forma corporeitatis) et la matière, qui par leur diffusion et leur condensation forment les êtres particuliers. Principe du mouvement, la lumière se répand suivant des gradations descendantes qui servent de base à une certaine unité de l'univers (ab unius lucis perfectiojie). Sur le terrain psychologique il rattache la connaissance à une illustratio de la lumière divine, traite à la manière d'Augustin les rapports de la sensation et de la pensée, tout en accueillant la théorie aristotélicienne de l'abstraction. Toujours le même assemblage d'idées augustiniennes et aristotéliciennes, et un manque de cohésion qui se retrouve dans toutes ses doctrines ^).

Robert interrompit ses leçons en 1235, au moment de devenir évêque de Lincoln, mais continua de s'intéresser aux études de l'ordre. Trois autres clercs séculiers, grâce à lui, se succédèrent dans la chaire des frères mineurs (un certain M AGISTER Petrus, Roger Wesham et Thomas Wallensis). Avec Adam de Marisco commence la longue série des maîtres franciscains. Sa correspondance avec Robert Grossetête témoigne que déjà en

') Compcnâium studii, éd. Brewer, 472. — ') Hauréau, Hist. philos scoL, II, 182. —l) N"287. — *) Il en est de même de la Siimina super libres VIII Physicorum, Baur, op. cit., 68. — ') Baur, op. eit.,^^^. 78 82.

ÉCOLE franciscaine D'OXFORD.

1248 Adam était magister en théologie à Oxford. Lui succédèrent Ralph de Colebruge (vers 1250), Eustache de Normanville et Thomas d'York, ce dernier, auteur de commentaires sur la Métaphysique d'Aristote ').

287. Bibliographie. — La meilleure édition de la Somme d'A. de Halès est celle de Venise, 1576, 4 vol. autres édit. Nûrnberg 1442, Cologne 1622. On prépare àQuaracchi une édition critique. Le P. Parthenius Minges, dans une étude que publieront les Archiv. francise, histor., De relatione inter prooemium Summae Alexandri Halensis et prooemium Summae Guidonis Abbatis, conclut, en se basant sur les auteurs cités, que le prooemium de Guido Abbas présente des ressemblances frappantes avec le prooemium d'Alexandre, mais ne peut être antérieur à la mort de celui-ci. Il met en avant le nom de Guido de Elemosina magister vers 1254, qui dès lors se serait inspiré d'Alexandre. La meilleure monographie est celle de Endres, Des Alex aiider v. Haies' Lcben u.psychologische Lehre{^\\\\Q%. Jahrb., 1888). Sur la méthode didactique cf. Picavet, v. n» 186. Rapports avec Avicebron : Guttmann, op. cit. (pp. 32-64), v. n^ 227M. de Halès et le judaïsme. (R. études juives, 1890). Vacant, Alexandre de Halès {[^ic\. Théol. Cath., 1900, 1. 1, col. 775-785). Superficiel, contient erreurs. Cf Ehrle, Felder et de Marti- GXÉ (no 240). — Le de anima de J. de la Rochelle est édité par Domenichelli (Prato 1882). De cette œuvre, Hauréau fNot. etextr. qles ms. lai., V, 45-48) rapproche un traité anonyme de dejinitione multiplici poteiitiarum animac. LuGUET, H. Essai d'analyse et de critique sur le texte inédit du traité de l'âme de J. de la Rochelle, Paris 1875 ; G. Mwser, Die Realdistifictio von Wesenhcit und Existenz beijoh. von Rupella. R.Thom. iqii, pp. 89-92. — Felten J. R. Grossetcste, Bischofv. Lincoln, ein Beitrag z. Kirchen und Kulturgesch. d. 13 Jahrh. (Freiburg i. B. 1887).— Stevenson F. S. Robert Grossetcste, Bishop of Liiicoln, a contribution to the religious, political a7id intellect, liistory of the ij cent. (London, 1899). L. Baur, ouvr. cité p. 291. Sous presse du même, pr paraître ds Beitr. Gesch. Philos. Mitt. Die Philos, d, R. Grossetcste comprenant a) les écrits authentiques : De artibus liberalibus, De generaiione sonorum. De sphaera. De generatione stellarum. De cometis, De impressionibus aëris seu de prognosticiatione. De hice seu de inchoatione formarum, Quod homo sit minor mundus, De lineis, angulis et figuris seu de fractionibus et reflexionibus radiorum. De natura locorum, De iride. De colore. De calore solis, De differentiis localibus, De im- ])rLssionibus elementorum. De motu corporali, De motu supercaelestium, De lînitale motus et temporis, De unica forma omnium. De intelligentiis, De statu causarum, De potentia et actu. De veritate, De veritate propositionis. De scientia Dei, De ordine emanandi causatorum a Deo, De libero arbitrio. b) inauthentiques : de anima; summa philosophiae. — Il existe une édit. partielle de R. G., Venise, 1519.

') Felder, op. cit., pp. 284-301.

SAINT BONAVENTURE

§ 3. — Saint Bonaventure.

288. Vie et œuvres. — Bonaventure (Jean de Fidenza) naquit en 1221-ou 1222 à Bagnorea en Toscane; vers 1240 il prit l'habit de saint François, et fit ses études théologiques à Paris. Il suivit les leçons d'A. de Halès qu'il appelle pater et magister ') et reçut en 1248 la Ucentia publiée legendi. De cette époque date l'origine de la plupart de ses ouvrages théologiques. En 1255, il fut mêlé aux différends qui divisaient les séculiers et les réguliers, et se défendit vaillamment, à côté de Thomas d'Aquin avec qui il se lia d'une amitié étroite. Ce n'est que le 23 octobre 1257 que l'Université, cédant aux injonctions papales, lui conféra, en même temps qu'à S. Thomas, le titre de magister. Cette même année, Bonaventure fut appelé au généralat de son ordre. En 1260, il rédigea, au chapitre de Narbonne, les nouvelles constitutions franciscaines; il fut créé cardinal en 1273 et prit part au concile de Lyon, mais mourut en 1274, avant la fin des travaux. La postérité lui donna le nom de doctor devottis, et, à partir de Gerson, celui de doctor seraphicus.

Parmi les ouvrages théologiques nécessaires à l'intelligence de \2i philosophie de S. Bonaventure, et dont l'authenticité n'est pas douteuse, citons ') ; i» Commcntarii in 4 l. sententiarujn P. Lombardi, commencé vers 1248, et où Bonaventure, tout en se réclamant d'A. de Halès, s'élève au-dessus de lui par la profondeur et la clarté doctrinale. Les passages de la Somme d'Alexandre où on a cru découvrir un plagiat de Bonaventure sont, au contraire, des interpolations, introduites après et d'après Bonaventure ; 2» Ouaestiones disputatae (notamment depaupertatej ; i'' Breviloquium{ai\2in\i2S']); ^^ le célèbre Itinerarium mentis in Dcum (en 1259) ; 5» de reductione artium ad theologiam, classification du savoir humain. Principaux ouvrages de mystique : de iriplici via, et Soliloquium, imités de Hugues de S. Victor.

289. Personnalité de saint Bonaventure. — En philosophie comme en théologie, Bonaventure est le coiitinnateiir de la tradition. Lui-même en avertit à divers endroits ; il écrit notamment dans la Praeloaitio ad II L Sentent. : « At quemadmodum in primo libro sententiis adhaesi et communibus opinionibus magistrorum, et potissime magistri et patris nostri bonae memoriae fratris Alexandri, sic in consequentibus... Mon enim intendo novas opioniones adversare, sed communes et approbatas retexere. Nec quisquam aestimet quod novi scripti velim esse fabricator, etc. » Aussi la synthèse philosophique de Bonaventure est tout entière

•) In II L Sent., dist. XXHI, q. 3.— ') D'après les études publiées dans le t. X de l'édit. de Quaracehi.

dans V esprit conservateur de l'ancienne scolastique, dont il est un des derniers grands représentants. Augustinien, il l'est par inclination autant que par tradition ; mais de lui aussi il est vrai de dire que son augustinisme apparaît sur un fond d'idées péripatéticien. Bien qu'il ait défendu jusqu'à la fin de sa carrière les doctrines organiques de l'ancienne école, il n'est pas trace dans ses ouvrages d'une opposition directe aux innovations thomistes. Conciliant par tempérament et par vertu, l'ami fidèle de Thomas ne s'associa pas aux luttes que d'autres augustiniens dirigèrent contre le maître dominicain. Ajoutons que le conservatisme de Bonaventure ne fait pas de lui l'esclave du passé. Il ne relève pas seulement l'erreur chez Aristote et les Arabes, mais encore chez son maître Pierre Lombard, et le premier il a consigné une liste de dix théories fausses, puisées dans les SentenceSy et que tous ses successeurs s'accorderont à répudier.

Bonaventure est aussi l'incarnation la plus parfaite du mysticisme théologique au xni^ s. En lui le mystique n'écrase pas le spéculatif '), comme on l'a trop répété, mais il le domine. Le mysticisme de Bonaventure se réclame des Pères, du pseudo- Denys, de S. Bernard, mais est avant tout le développement de la doctrine des Victorins.

On a souvent établi un parallèle entre Thomas d'Aquin et Bonaventure. L'orientation mystique, qui domine chez celui-c:, explique la prédilection pour la méthode synthétique, et le constant souci de mettre les problèmes psychologiques et métaphysiques en rapport avec Dieu, point central de l'étude philosophique. Plus raisonneur et plus froid, S. Thomas est aussi plus organique dans sa construction. D'ailleurs le temps lui permit de parfaire son œuvre, tandis que Bonaventure, appelé à trentecinq ans aux lourdes charges du généralat, fut enrayé dans l'essor de son génie.

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