PIERRE DE JEAN OLIVI
sent d'identifier avec Eustache d'Arras '), un frère Simon, et Gautier DE Bruges (évêque de Poitiers (1279-1307), auteur de Quaest. disputatae et de commentaires sur le i'^'^ et le 2™^ 1. des Sentences.
294. Pierre de Jean Olivi (i 247-1 298) occupe une place à part dans l'histoire de l'ordre franciscain à la fin du xiii^ s. Ses réformes disciplinaires sont non moins célèbres que ses doctrines philosophiques et théologiques. Il mit en avant la question « de usu paupere » — voulant réduire la pauvreté évangélique à l'usage du minimum nécessaire à la subsistance. Autour de lui se groupa le parti des « spirituels », qui entrèrent en lutte avec la communauté ^j. En 1282, une réunion du chapitre de l'ordre, à Strasbourg, décida de soumettre à la censure les doctrines d'Olivi. — Une assemblée de docteurs de l'université condamna, en 1283, trente quatre propositions, presque toutes extraites de ses Quaestiones, L'accusé ne fut point entendu, mais adressa à ses juges un long mémoire justificatif.
La censure visait en même temps certaines doctrines philosophiques du docteur franciscain. La plus célèbre est relative à la pluralité des formes substantielles. Les principes de la vie végétative, sensible, et intellectuelle constituent pour Olivi, trois parties substantielles distinctes, plongeant leurs racines dans une matière spirituelle, et donnant naissance par leur union à une âme humaine (anima rationalis). Ni là pluralité des formes, ni l'existence de la matière spirituelle ne constituaient une nouveauté au temps d'Olivi. Le dominicain Kilwardby et, qui plus est, Richard de Middleton, un des examinateurs parisiens d'Olivi, souscrivaient aux mêmes théories dans des termes presque semblables. — Mais sur cette doctrine franciscaine, Olivi vint greffer une thèse des plus hardies : il soutint que la partie intel-
') Ils publient une quaestio d'Eustache sur les fondements de la connaissance
humaine Cop. cit., pp. 179 et suiv.) qui résout le problème dans le sens de
Bonaventure et de Thomas. — ') Ce mouvement d'idéalisme se perpétua au
xiv« s. avec Ubertin de Casale qui en fut l'âme. V. Callaey, L'idéalisme
franciscain au XI V^ s. Étude sur Ubertin de Casale (Louvain, 191 1).
^86 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIl'^ SIÈCLE.
Icctive (pars intellectiva) n'informe pas directement le corps humain mais seulement par l'intermédiaire de la partie sensitive : son union avec le corps, dit-il, n'est pas formelle, bien que substantielle '), S'il en était autrement, l'âme spirituelle, comme toute forme, conférerait au corps soh être spirituel et immortel.
Des plaintes amères ") formulées par la communauté des Franciscains décidèrent le pape Clément V à connaître du différend. Les longues procédures engagées depuis 1309 aboutirent au Concile de Vienne en Dauphiné, en 131 1. Une des propositions condamnées par le concile vise l'union de l'âme et du corps. Elle est ainsi conçue : « . . . Quod si quisquam deinceps asserere, defendere seu tenere pertinaciter praesumpserit, quod anima rationalis seu intellectiva non sit forma corporis humani per se et essentialiter, tamquam haereticus sit censendus. f> La définition du concile, reprenant la terminologie d'Olivi, établit une synonymie intentionnelle entre ratiotialis et intellectiva; elle laisse entière la question du nombre des formes dans l'homme, mais elle implique que toute forme substantielle informe par elle-même et essentiellement le composé.
295. Disciples ultérieurs de S. Bonaventure. R. de Middleton. — A la seconde génération des maîtres franciscains, tributaires de S. Bonaventure appartiennent Guillaume DE Falgar, troisième lector du S. Palais, évéque de Viviers en
•) « Dico quod anima rationalis sic est forma corporis quod non est per omnes partes suae essentiae, utpote non per materiam nec per partem matenalem, nec per partem intellectivam, sed solum per partem sensitivam». (Zigliara, ob cit p 101). L'anima rationalis est donc constituée de partes substantiales, a savoir'la pars sensitiva, la pars intellectiva et la pars materialis. Voir les arguments d'Olivi, dans ses œuvres, et dans Duns Scot. Telle est aussi la doctrine de Petrus de Trabibus, le plus fidèle disciple de Pierre Olivi (Arch.f. Litt. n. Kirchenaesch. d. Mitt. III, 459)- - ') I^^ns la plainte rédigée par la communauté contre les spirituels (i mars 1311) on Lt : «Item docuit, quod anima rationalis non est forma corporis humani per se ipsam, sed solummodo per partem sensitivam ; adjiciens, quod si esset forma corporis, sequeretur, quod aut communicaret corpori esse immortale aut ipsa non haberet esse immortale de se ; ex quo posset inferri quod Christus, qui veraciter nostram humanilatem assumpsit, non fuit in quantum homo ex anima rationali et humana carne compositus et subsistens, sicut fides docet catholica» (publié par Ehrle, Arch. etc., II, 369)-