Essence commune et essence individualisée
— Avec tous les grands scolastiques du XIIP s., Thomas d'Aquin est partisan du réalisme modéré. La postérité l'appela réalisme thomiste, non pour lui décerner l'honneur d'une découverte — le réalisme modéré a3^ant depuis un siècle la faveur des écoles (184), — mais pour rendre hommage à sa précision et à sa force dialectique. Pour s'en convaincre il suffit de suivre la délicate analyse qu'il fait des trois états de l'essence. On peut considérer l'essence soit dans la nature où elle est singulière et multiple ; soit dans la notion universelle de l'esprit où elle est une, générale, et conçue en rapports avec un nombre indéfini d'êtres ; soit enfin dans ce qui la constitue en sa qidddité abstraite, indépendamment de la singularité ou de l'universalité que lui donne l'existence mentale ou extramentale '). Or, ce réel, cette quiddité est puisée par abstraction dans l'être singulier ; la forme d'universalité vient exclusivement de l'état notionnel, puisqu'elle se greffe sur un processus antérieur de ségrégation abstractive. D'où cette formule synthétique : l'universel comme tel (formaliter) est un produit de l'esprit, mais il a son fondement (fundamentaliter) dans le réel extramental ^). Les éléments quidditatifs, que l'abstraction présente à l'esprit en brisant leurs attaches avec l'individuel, sont déterminés, dans l'être réel, par des éléments individualisants qui différencient entre eux les représentants d'une même espèce. Pour Thomas d'Aquin une distinction réelle les sépare.