‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 131 sur 223 · Essence et existence. — Une distinction réelle · texte numérisé non relu

Essence et existence. — Une distinction réelle

existe aussi entre l'essence et l'existence, et cette thèse capitale du thomisme achève de donner à sa métaphysique du contingent uno physionomie définitive. La doctrine n'est pas neuve, puis-

') OuodL, q. I, a. i. — ') In Sent, I. D. 19, q. 5, a. i. Il parle en ces termes de l'erreur fondamentale du réalisme exagéré, définitivement ruiné dans sa forme outrancière. « Credidit (Plato) quod forma cognili ex necessitate sit in cognoscente eo modo quo est in cognito, et ideo existimavit quod oporteret res intellectas hoc modo in se ipsis subsistere, scilicet immaterialiter et immobiliter. » 5. TheoL, i», q. 84, art. i.

qu'elle est d'inspiration néo-platonicienne et qu'elle apparaît au début du xiiF s., mais personne avant Thomas d'Aquin n'en avait compris toutes les ressources : dans un être existant, autre chose est sa réalité constitutive (esse?itia, quod est), autre l'actuation même par laquelle cette réalité existe (esse^ quo est). Ainsi en est-il de toute réalité constitutive : qu'elle soit composée de matière et de forme (substances corporelles) ou forme séparée (substances immatérielles), la perfection qui la fait exister est réellement distincte de cette réalité. Il faut aller jusque-là d'après Thomas d'Aquin, pour toucher du doigt le seul fondement de la limitation du réel '). Dieu seul, acte pur, a pour essence d'exister ; il est tout existence. Dans la créature, qui n'existe pas nécessairement, il y a finitude parce que la perfection qui s'appelle exister est resserrée endéans les limites mêmes de l'essence qu'elle détermine ^). L'essence est à l'existence comme la puissance est à l'acte ^) ; or le degré d'acte se mesure à la potentialité correspondante ; d'où il suit qu'une essence ne reçoit l'actualisation existentielle qu'endéans ses propres hmites. Pour supprimer la limite, il faut renverser la distinction réelle de l'essence et de l'existence. Telle est la conviction profonde de Thomas d'Aquin. Si on considère l'architecture générale de sa philosophie, on est frappé du rôle organique et unificateur de cette thèse principielle. Elle ne met pas seulement en relief la contingence, elle explique aussi l'unité d'existence des êtres composés d'éléments multiples (matière et forme). Enfin, elle est intimement liée à une autre doctrine par laquelle Thomas d'Aquin innove dans la scolastique : la distinction réelle de la substance et de ses facultés opératives.

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