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La substance et ses pouvoirs d'opération

La question de la distinction entre la substance et ses facultés

') Parlant des anges, il écrit : « Quia forma creata sic subsistons habet esse et non est suum esse, necesse est quod ipsum esse sit receptum et contractu'm ad terrainatam naturam. Unde non potest esse infinituni simpliciter. » S. TheoL, 1»», q. 7, a. 2. — ') « Unde esse earum non est absolutum sed receptum, et ideo limitatum et finitum ad capacitatem naturae recipientis. » {De ente et essentia, cap. 6). — ^) V. Cajetan, au commentaire de ce passage.

THOMAS D'AQUIN

s'était principalement posée au sujet des facultés de l'âme : sontelles identiques (Augustin) ou non à la substance ? Thomas d'Aquin a franchement coupé court aux hésitations de ses prédécesseurs et contemporains : agir ne peut être d'ordre substantiel chez l'être contingent. Dieu seul agit par substance.

L'activité de la créature lui est accidentelle, dès lors le principe prochain de cette activité doit être, lui aussi, de nature accidentelle : la faculté d'agir est une qualité de la substance dont elle est réellement distincte. Du coup la controverse prenait une tournure métaphysique. Les facultés opératives dans le thomisme sont des éléments déterminateurs (acte) réellement distincts de la substance (puissance), et une existence unique enveloppe les nombreux éléments de réalité qui constituent l'être concret.

316. Théodicée. — Les cinq voies auxquelles Thomas d'Aquin recourt pour démontrer l'Acte pur sont célèbres. La première preuve, par le mouvement cosmique, est une intégration de la preuve aristotélicienne du moteur immobile, reprise par A. le Grand, mais à laquelle Thomas donne toute son envergure : tout ce qui est mù est mû par un autre, et comme il est impossible d'admettre une série infinie de moteurs et de mobiles, à moins de nier l'existence même du mouvement, il existe un moteur immobile. — La seconde voie conduit à Dieu par l'enchaînement des causes efficientes, dont la supérieure dans une série est cause des inférieures : nier une cause première ou, ce qui revient au même, prolonger la chaîne à l'infini, est détruire toute causalité et contredire aux faits. — La troisième preuve, dans laquelle Thomas suit M. Maimonide, est basée sur la distinction du possible et du nécessaire : l'existence du contingent oblige l'esprit à conclure à l'existence du nécessaire et du permanent, et s'il existe une série de nécessaires, elle doit s'arrêter à un premier nécessaire, cause de toute nécessité et de toute contingence. — La quatrième voie conclut de l'existence graduée, dans les êtres de ce monde, des perfections transcendantales (être, bien, vrai, un) à l'existence d'un Etre qui possède ces perfections au degré suprême, et dont tous les autres participent. Vient enfin la preuve, déjà ancienne, tirée

qu'elle est d'inspiration néo-platonicienne et qu elle apparaît au début du xiii« s., mais personne avant Thomas d'Aquin n'en avait compris toutes les ressources : dans un être existant, autre chose est sa réalité constitutive (essentia, qiiod est), autre l'actuation même par laquelle cette réalité existe (esse, quo est). Ainsi en est-il de toute réalité constitutive : qu'elle soit composée de matière et de forme (substances corporelles) ou forme séparée (substances immatérielles), la perfection qui la fait exister est réellement distincte de cette réalité. Il faut aller jusque-là d'après Thomas d'Aquin, pour toucher du doigt le seul fondement de la limitation du réel '). Dieu seul, acte pur, a pour essence d'exister ; il est tout existence. Dans la créature, qui n'existe pas nécessairement, il y a finitude parce que la perfection qui s'appelle exister est resserrée endéans les limites mêmes de l'essence qu'elle détermine '). L'essence est à l'existence comme la puissance est à l'acte ^) ; or le degré d'acte se mesure à la potentialité correspondante ; d'où il suit qu'une essence ne reçoit l'actualisation existentielle qu'endéans ses propres limites. Pour supprimer la limite, il faut renverser la distinction réelle de l'essence et de l'existence. Telle est la conviction profonde de Thomas d'Aquin. Si on considère l'architecture générale de sa philosophie, on est frappé du rôle organique et unificateur de cette thèse principielle. Elle ne met pas seulement en relief la contingence, elle explique aussi l'unité d'existence des êtres composés d'éléments multiples (matière et forme). Enfin, elle est intimement liée à une autre doctrine par laquelle Thomas d'Aquin innove dans la scolastique : la distinction réelle de la substance et de ses facultés opératives.

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