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LES CONDAMNATIONS DU THOMISME

des temps plus opportuns. Les décrets d'Oxford reçurent d'ailleurs à Paris une large publicité et y furent discutés aussi vivement que les prohibitions d'E. Tempier.

L'opposition reprit de plus belle à Oxford, sous l'archevêque J. Peckham, successeur de Kilwardby. Mais la constitution des partis s'était modifiée. Depuis la décision du chapitre général de Milan en 1278, le thomisme était devenu à Oxford, comme ailleurs, la doctrine officielle des Dominicains. Le 29 octobre 1284 d'abord, Peckham confirme l'acte de son prédécesseur ') ; puis, à la suite d'une provocation du prieur des Dominicains (Richard Klapwell ou Clapoel), le 30 avril 1286, il prohibe à nouveau les thèses thomistes controversées '). Les huit propositions condamnées frappent dans son principe et dans plusieurs de ses conséquences la thèse thomiste de l'unité de la forme substantielle «... istos igitur articulos haereses esse damnatas in se vel in suis similibus... denunciamus ».

Peckham s'élève non sans passion contre les profanas vocuvi novitates de philosophes qu'il appelle elatiores quam capaciores, audaciores qîiam potentiores, garruliores quam litter adores. Il veut revenir « à la solide et saine doctrine des fils de S. François, Alexandre de Halès et S. Bonaventure ') ». A une plaie cancéreuse, il veut apporter le baume de son intervention pastorale '). Il met en garde contre la « dangereuse » théorie de l'unité des formes — et il insinue que cette théorie pourrait bien être d'origine averroïste '). Il recommande, outre la pluralité des

') d'Argentré, ColUctio judicioruvi, t. L p. 234. — ') V. ibîd., pp. 237 et 238 le texte des articles et de la condamnation. Proposit. Si^'^ : « Octavus est quod in homine est tantum una forma, scilicit anima rationalis et nullaalia

forma substantialis: ex quaopinionesequividentiirom.neshaeresessupradictae». — ') ihart., I, 634. — ♦) « Volentes huic cancerosae prurigini quam poterimus adhibere pastoralis officii medicinam ». Ehrle, Zeitsch., 176, Suivant Peckham, même quelques franciscains se laissaient convaincre par les théories thomistes] ihîd.. 191. 5) «Nec eam credimusa religiosis personis, sed secularibus quibusdam duxisse originem cujus duo praecipui defensores vel forsitan inventores miserabiliter dicuntur conclusisse dies suos in partibus transalpinis». Ehrle, op. cit., p. 175. P. Olivi va plus loin : l'averroïsme fut introduit par les Dominicains. Mandonnet, Sigcr, VI, 10 1, n.

formes, les ratiojies seminaleSy les rationes aeternae, et la théorie de l'identité de la substance et des puissances de l'âme. «... Que quicquid docet Augustinus de regulis aeternis, de luce incommu tabili, de potentiis animae, de rationibus seminalibus inditis materiae et consimilibus innumeris ') ». Ce n'est pas la philoso phie qu'il condamne, mais ses abus : « novitates (reprobamus > que contra philosophicam veritatem sunt in sanctorum injuriam citra viginti annos in altitudines theologicas introductae ». La lettre est du i" juin 1285. Les «nouveautés» ont donc été introduites depuis 1265 : une chronologie qui nous reporte an second enseignement de Thomas dans la métropole universitaire.

§ 2. — l-es Partisans du thomisme.

329 Dominicains. Gilles de Lessines Aux opposi tions irréductibles répondiient des adhésions entières et inébran labiés. Dans l'ordre dominicain les hostilités furent éphémères, et ne tardèrent pas à faire place à une admiration sans borne< pour Thomas d'Aquin

D'abord on remarque, chez un groupe d'anciens dominicains, une évolution progressive vers le thomisme. C'est le cas de Raymond Martin '), et de l'auteur anglais (peut-être Richard Clapwell) ^) d'un corredorium corruptorii fratris Thoniae, édite plusieurs fois et faussement attribué à Gilles de Rome : il nouapprend en effet qu'après avoir soutenu le pluralisme des formes, il se rallia devant l'évidence à la théorie thomiste. Mêmeinfluences chez l'auteur anonyme du de erroribus philosophonin dont les sympathies pour Aristote trahissent une provenance dominicaine, mais qui dans la question des formes suii l'ancienne scolastique *). Quand, pour défendre son disciple. Albert le Grand, octogénaire, prit le chemin de Paris, bien de^ animosités durent s'apaiser au couvent de S. Jacques. Fière d^

•) Chart., I, 634. — ') V. p. 422. — ') Mandonnet, VII, p. xxvm. — ') Man- DOXNET, pour cette raison place sa composition entre 1260 et 1274, ibid.

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