‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 138 sur 223 · PARTISANS DU THOMISME · texte numérisé non relu

PARTISANS DU THOMISME

la réputation mondiale que Thomas s'était acquise, une assemblée générale du chapitre à Milan (1278) prit des mesures pour enrayer la réaction dont le couvent d'Oxford était le centre ') ; une autre, tenue à Paris en 1279, enjoignit à l'ordre de se conformer aux doctrines de S. Thomas, sous la menace de fortes pénalités ^).

Parmi les nombreux dominicains qui recueillirent les leçons de la bouche de S. Thomas, ou vécurent dans les dernières années du xill^ s., il n'est pas, ce semble, de penseurs de premier ordre. De nombreux ouvrages de philosophie ^), non retrouvés ou inédits, sont attribués à Bernard de Trilia (vers 1240-1292), Jean de Paris ou Quidort (mort 1306, notamment un traité contra corniptum Thomae), Ptolémée de Lucques (dit luimême qu'il suivit les leçons de Thomas en 1272, ipsius auditor fui ; son de regimine principmn est le complément du 1. II. de S. Thomas, auquel il ajoute les livres III et IV ^), Guillaume de Hotun, mort évêque de Dublin en 1298, Hugues, archevêque d'Ostie (mort en 1297, contra corncptionem Thomae), Bernard d'Auvergne, évêque de Clermont (fin du xiii' s. et comm. du xiv^ s.), Guillaume de Mackefield (mort en 1304). Bernard d'Auvergne prend la plume pour défendre le thomisme intégral contre les divergences d'idées de Godefroid de Fontaines et de Henri de Gand ; deux maîtres anglais, Guillaume de Mackefield et surtout Robert d'Erfort, intrépide partisan de Thomas d'Aquin, écrivent, le premier contra Henricum de Gande quitus i^npugnat Thomam, contra corriiptorem Thomae, le second contra dicta Henrici de Gande et contra pri77iuin Egidii. De son côté Thomas Sutton (fin xiii^ s.),

') Chart., I, 566. — •) Cf. Ehrle, Archiv , etc. 605. Ces injonctions se répétèrent dans la suite. Toutefois même dans la suite il y eut des dominicains qui sur des questions importantes s'éloignèrent du thomisme, revenant à Aes théories anciennes ou défendant des solutions neuves. V. plus loin Thierry de Fribourg, Durand de S. Pourçain, maître Eckehart. — ') Renseignés par Denifle, Quellen, etc. pp 226-240. — ♦) Quetif-Echard. Scr^ioresy I, 541.

problablenient à Oxford, rédige un traité de concordia lihrorum Thomae ').

Une mention spéciale revient à Gilles de Lessines. Lié d'amitié avec Albert le Grand, dont il suivit les leçons^ probablement à Cologne, il enseigna comme bachelier au couvent de S. Jacques. C'est lui qui en 1270 écrivit à Albert le Grand (patri ac domno Alberto, episcopo quondam ratisponensi) pour l'avertir des condamnations dont était menacée la doctrine thomiste (p. 427). Il demanda à son ancien maître et reçut une consultation sous le titre de Quindecim problematihus j où d'ailleurs Albert le Grand est peu explicite sur les doctrines thomistes (p. 399). Un traité de usuris souvent attribué à S. Thomas, un tractatus de praecej)tis non retrouvé, un autre de concordia teinporimi, chronologie de faits arrêtée en 1304 (Ouétif et Echard en concluent que Gilles est mort vers ce temps) et surtout un traité de tinitate fonnae constituent le legs littéraire de Gilles de Lessines. Le de unitate formae^ daté de juillet 1278), est une œuvre de polémique dirigée contre Robert Kilwardby (cantuariensis, archiepiscopus) ^). En effet, l'exposé que fait Gilles de la théorie pluraliste, le sens particulier qu'il lui donne (subordination fonctionnelle des formes), les arguments qu'il produit et même des particularités de langue se retrouvent dans la lettre justificative de R. Kilwardby à Pierre de Conflans. Gilles devait posséder un traité de Robert, peut-être un traité des formes, auquel, dans cette épître justificative, le prélat anglais fît des emprunts.

Outre l'exposé de la théorie de Robert, le traité de Gilles comprend deux autres parties : a) des notions générales sur la forme et la matière; b) l'énoncé et la preuve de la théorie de l'unité suivis d'une réfutation de la théorie adverse. La partie construc-

') Dexifle, op. cit., pp. 2Ï'], 233, 239. Un maître du nom de Jean le Teu- TONiQUE (plusieurs dominicains à la fin du xiii« et au début du xiv® s. s'appellent ainsi) combat la distinction réelle de l'essence et de l'existence. Le texte qui s'y rapporte et qui est emprunté aux commentaires sur les Sentences, est publié par M. Gr.\bmann, Die Lehre d. Johannes Teutonicus O. P, ûber d, Unterschied v. Wesenheit u. Dasein (cod. Vat. lat. 1902) ds Jahrb. f; Philos. u. specul. Theol. 1902, pp. 43 et suiv. — ') Pp. 13 et 14 éd. De Wulf.

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