‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 139 sur 223 · GILLES DE LESSINES · texte numérisé non relu

GILLES DE LESSINES

tive de l'œuvre rappelle les arguments de Thomas d'Aquin, mais l'auteur fait avant tout œuvre de polémique, et insiste sur les inconvénients du pluralisme. Le style est concis, le raisonnement serré, et l'auteur, dans la dernière partie surtout, livre le résultat (le réflexions personnelles (de quo principalUer describimus sectuidiim intellecium nosirum).

Le de unitate formae de G. de Lessines tient une des premières places — et peut-être la première — dans la riche littérature que provoqua à la fin du xiip s. la controverse des formes ').

330. Autres adhésions au thomisme. — i"" Les réguliers. Le thomisme recruta de bonne heure des partisans en dehors de l'ordre des Dominicains. Avec Humbert de Prulli il acquit droit de cité chez les Cisterciens; avec Gilles de Rome, chez les Ermites de S. Augustin. Ce dernier cependant, retenu par une sympathie facile à comprendre pour le Docteur dont il porte le nom, ne renonça pas à certaines idées augustiniennes : nous le rangeons parmi les éclectiques (§ 3).

2° La Faculté des arts de Paris pleura la mort de Thomas et réclama sa dépouille mortelle. Un grand nombre d'artistes, qui s'étaient pressés autour de sa chaire, retinrent ses doctrines nouvelles et vinrent grossir le noyau de ses partisans.

Des adésions furent aussi recueillies parmi les clercs et les maîtres séculiers de la faculté de théologie. De leur nombre est Pierre d'Auvergne (mort vers 1305). Auteur de Quodlibets (inédits), il suivit probablement les leçons de Thomas d'Aquin et devint recteur de l'université en 1275. Hauréau lui attribue des commentaires, selon l'esprit de S. Thomas, de la Physique et de la Métaphysique d'Aristote '). Il compléta le de coelo et mundo du maître (p. 402). On range aussi parmi les fidèles tho-

') C'est aussi vers 1277 que Gilles de Rome écrivit son traité sur l'unité des formes. Dans la liste des ouvrages dominicains publiée par Denïfle, op. cit., pp. 238-240, nous relevons des traités ^^ unitate forviae àe Guillaume de Hotun, Hugues d'Ostie,Thomas Sutton. Postérieurs sont les traités de Johannes Faventinus (date inconnue, xiv« ou xv« s.) et de Janinus de Pistorio (date inconnue;. — ') Hist. de la philos, scolat, 11',. p. 157. - - - - • - : • . •

niistes Petrus Hispanus izzô-iz^j, qui doit probablement être identifié avec le portugais Juliani, le futur pape Jean XXI. C'est lui notamment qui ordonna à Etienne Tempier de procéder à l'inquisition que l'on sait sur les erreurs répandues dans le écoles de Paris. Outre des écrits sur la médecine, il est l'auteiii des Sunwîulae Logicales dont il sera traité plus loin.

3° Le prestige du thomisme alla grandissant dans les écoles, à la fin du xiil^ et pendant le xiv^ s. A l'Université de Paris, les censures d'Oxford n'eurent jamais force de loi ; même les prohibitions d'E. Tempier n'empêchèrent pas la libre discussion des doctrines thomistes et ne nuisirent en rien à leur fortune scolaire. Des contemporains de divers partis, Gilles de Rome '). Godefroid de Fontaines ""), Jean de Naples ^), et plus tard Guillaume d'Occam'^) portent sur la censure du thomisme des jugements sévères. Elle fut d'ailleurs retirée par l'évêque Etienne de Borrète le 13 février 1325, après la canonisation de S. Thomas. Il n'y a pas trace de pareil retrait à Oxford, mais on voit par ailleurs que, dès 1288, le conflit entre Peckham et les Dominicains est apaisé.

Le titre magistral de doctor coiniminis, (le scolastique par excellence) qui apparaît à la fin du xiii® s. est un indice significatif de la rapidité de propagation des doctrines de S. Thomas et de la grande impression qu'il produisit dans les écoles ^).

D'autre part, le thomisme s'infiltre lentement dans l'atmosphère générale des idées. A preuve les.vulgarisations de Vincent de Beauvais, et le poème de Dante. Dans une vaste encyclopédie, le Spéculum Magnum, entreprise sur les indications de Louis IX, le dominicain Vincent de Beauvais (f vers 1268) fait le bilan des connaissances humaines de son temps. Il les répartit

') Plures de illis articulis transierunt, non consilio magistrorum, sed capitositate quorumdam paiicorum. In II l. sentent, Venetiis, p. 471. — *) V. notre Etude sur G. de Fontaines, p. 47. — ') V. Echard, Script. I, 476. — *) Dialogus, Lugduni 1495, Pars l. lib. II, c, 22. — ^) Mandonnet, Les titres doctoraux de S. Thontas d'Aquin. R. Thomiste, 1909, p. 604. Le titre le plus ancien est celui de doctor eximius (document 1282). Mandonnet fait remonter le titre de docteur angélique à la i'* moitié du xv« s. ibid., p. 606.

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