SIGER DE BRABANT
357. Partisans de T Averroïsme. — Les averroïstes du xiii^ s., dont l'histoire a gardé le nom, prennent vis-à-vis de la scolastique une attitude agressive. Ce sont Siger de Brabant, et au second rang, Boèce de Dacie et Bernier de Nivelles. Nous savons en outre que, dans la faculté des arts, un groupe important marche derrière Siger '), et les épisodes mouvementés qui marquent l'histoire de l'averroïsme prouvent la vitalité du parti antiscolastique ''). Ajoutons qu'en dehors des universités, l'averroïsme se répandit à la cour de Frédéric II de Sicile et de son fils Manfred (p. 297). C'est à Frédéric II qu'on attribue ces mots que Moïse, Jésus et Mahomet étaient trois imposteurs ^). Il est faux, comme le prétend Renan '^), que des écoles franciscaines aient été un foyer d'averroïsme. Renan n'a pas compris que la division doctrinale des dominicains et des franciscains, contemporains des censures de 1277, se rattache à l'opposition entre l'ancienne scolastique et le thomisme, et que les deux grands ordres mendiants unissaient leurs efforts pour combattre Averroès.
358. Siger de Brabant. Vie et œuvres. — Il était réputé le professeur de la rue de Fouarre, pour avoir mérité la mention élogieuse du publiciste Pierre Du Bois ^; et les vers flatteurs que lui consacre Dante dans sa Divine Comédie'')', — dangereux, non moins, puisque ses plus illustres contemporains croient devoir réfuter ses enseignements, et que l'autorité condamne solennellement
samment démontrée, et l'averroïsme ne semble pas avoir franchi les milieux lettrés. Alphandéry, Y a-t-il eu un averroïsme populaire aux XI 11"^ et AYF« siècles? dans Revue de l'histoire des religions, 1901, pp. 395 et suiv. — ') Chart., I> 556. — ') Il est probable que des recherches ultérieures mettront au jour de nouveaux écrivains averroïstes. Mandonnet cite plusieurs écrits averroïstes anonymes. Op. cit., 222. — ^) On trouve une allusion à ce dire dans la compilation « de erroribus philosoph. » attribuant à Averroès cette erreur: « Quod nulla lex est vera, licet possit esse utilis» édit. Mandonnet, t. VII p. 10. Cf. décret de 1277, proposit. 174 et l'j^.Ci. Ketzerphilosophies d. Mittelalters. Das Buch ^enannt de tribus impostoribus, uebersetzt mit Anmerk. von G. V. Glase- NAPP, Riga. — *) Averroès et l^ Averroïsme, pp. 259 et suiv. — *) Un des plus curieux esprits du xiv« s., auteur d'un traité de recuperatione terre sancte (édité par Langlois), où il préconise, pour arriver à la récupération de la Terre-Sainte, une série de réformes pédagogiques et sociales qui semblent devancer leur temps de plusieurs siècles. — ') Paradiso, X; v. 136.