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DIRECTIONS PHILOSOPHIQUES SECONDAIRES

§ I . — Z/z direction néo-platonicienne.

365. Caractères généraux. — Sous l'action des œuvres arabes, et de façon plus directe sous l'influence du Livre des causes et de la traduction des Elementa theolog. de Proclus entreprise par Guillaume de Moerbeke (cf. p. 293) pénètrent dans la philosophie du xiii^^ s. de nombreuses notions de prove-

') Alphandéry, Les idées morales chez les hétérodoxes latins du déiut du XIII* s., p. 92. — •) Ibid., pp. 92-98, note. — ^)Ibid., p. 141.

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nance néo-platonicienne. Ces notions qui apparaissent à l'élut sporadiqiie chez un Albert le Grand ou un Thomas d'Aquiii, occupent chez d'autres une place suffisamment grande pour quDii puisse parler d'une direction néo-platonicienne, et celle-ci est d'ordre strictement philosophique. Les philosophes qui la représentent accueillent dans leur conception du monde des doctrines de l'ancienne scolastique, comme ils admettent des élémeiUs thomistes et aristotéliciens, mais tout cela est posé dans des cadres néo-platoniciens et plus ou moins bien harmonisé avec des théories alexandrines.

Il est toutefois entre le néo-platonisme ancien et le néo-platonisme médiéval une différence profonde déjà signalée : la théorie moniste qui fait l'âme des écrits de Proclus n'est pas seulement absente des œuvres de Witelo et de Thierry de Fribourg — les deux néo-platoniciens du xiil'' s. jusqu'ici connus — mais expressément combattue par l'un et par l'autre. On ne pourront donc considérer leur philosophie comme une déclaration de guerre à l'individualisme.

D'autre part la direction néo-platonicienne exerce une influence secondaire '), si on la compare aux directions scolastiques et aussi à l'averroïsme.

Il est intéressant de noter que les néo -platoniciens dont nous aurons à parler sont en même temps de remarquables homni! s de science, professant le culte des études de la nature et des mathématiques.

366. Witelo ou l'auteur du de intelligentiis. — Né vers 1230 en Silésie, dans une région qui s'éveilla fort tard à la vie intellectuelle, Witelo fit son éducation philosophique et scientifique à l'université de Padoue. Plus tard, à Viterbe, il se rencontra avec Guillaume de Moerbeke, qui exerça sur lui une grande influence et semble avoir encouragé la diffusion des théories néo-platoniciennes. C'est à son invitation qu'il écrivit ^a

*) « Unsere Schrift (de intelligentiis) zeigt wie auch die neuplatonisclie Strômung einen wenn auch kUinen Kreis ergriffen hat», Baeumker, Witc^t p. 188.

WITELO.

Perspectiva (vers 1270), et il la lui dédia. Dans ce traité, Witelo décrit d'après Alhacen les lois de la propagation de la lumière ') ; on y rencontre des observations remarquables et originales sur le rôle de l'association dans la sensation, et notamment dans la perception visuelle de la dimension de profondeur.

Baeumker considère Witelo comme l'auteur probable d'un ouvrage de intelligentiis qu'il interrompit d'écrire pour rédiger la Perspectiva, et qui ne serait autre qu'un traité de ordine entiinn auquel il fait allusion. La traduction de XOptique d'Alhacen, qu'on lui attribue, ne semble pas son œuvre. Ses autres travaux sont perdus. Witelo semble avoir eu des attaches à Viterbe avec la curie romaine. II. mourut peu après 1270, peut-être à Vicoigne-lez- Valenciennes .

Les doctrines philosophiques du de intelligentiis qui sont le plus dignes d'être retenues se rapportent à la métaphysique et à la psychologie, et elles se caractérisent par un alliage de néoplatonisme, élément dominant, avec des données de l'aristotélisme et de l'ancienne scolastique.

Ce traité, où toutes les thèses sont enchaînées suivant une méthode rigoureusement déductive, étudie en deux parties Dieu, cause première, sa nature et sa connaissance, — les premières intelligences, leur puissance de connaître et de mouvoir. Le point de départ de cette métaphysique n'est pas l'être en général (Aristote), mais l'être infini, Dieu. Toutes autres choses sont des participations, suivant une hiérarchie descendante, de l'être divin (néo-platonisme), le multiple ne pouvant sortir que de l'Un et le simple renfermant toutes les perfections du composé. IJ identité de Vêtre et de la lumière constitue une des thèses intéressantes du traité (cf. Plotin). Dieu est lumière; il est aussi acte et substance { Aristote). Les autres êtres sont lumière participée (Augustin). Bien que cette notion de la diffusion de la lumière serve^à fixer

•) Les données de cette étude sont empruntées au livre de Baeumker sur U itelo. Bacon et J. Peckham, vers le même temps, écrivent des traiiés sur la Perspective.

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les rapports de tous les êtres '), notamment de Dieu et du monde, il n'est pas question à! éinanation ^ et l'idée moniste est absente.

La psychologie de Witelo est platonicienne et néo-platonicienne, mais fait place en même temps aux théories aristotéliciennes relatives à la formation des idées. L'âme est une substance simple et indépendante. Non seulement la disposition spatiale des corps et la force vitale des organismes, mais encore la connaissance s'expliquent par l'action de la lumière. La sensation est comme l'idée un phénomène essentiellement actif de l'âme (virtus activa, Platon), tout en étant représentative du réel (virtus exemplaris). Pareille activité et pareille reproduction ne peuvent appartenir qu'à une substance immatérielle, et comme elle est lumière, le phénomène actif et reproducteur du connaître n'est pas la réception d'une action du dehors, mais une autodiffusion de soi-même (sui multiplicatio). Le rôle de l'intellect passif et actif (Aristote) se trouve du coup modifié, et l'intellect actif n'a plus seulement pour fonction de produire une détermination sur les images sensibles, mais de connaître la réalité des choses "").

367. Thierry de Fribourg. — Le dominicain Thierry de Fribourg (Theodoricus Teutonicus de Vriberg), probablement de Fribourg en Saxe, se trouva à Paris d'abord comme étudiant (avant 1285), puis vers 1297 comme maître en théologie. Luimême apprend, à propos de la question de l'éternité du monde, qu'il assista aux disputes d'un Solemnis magister — Henri de Gand sans doute — , dont il critiqua plus tard les opinions en cette matière. Il remplit dans son ordre diverses fonctions de haute administration. Les dernières indications certaines qui le

') Nous avons noté (p. 417) que Thomas d'Aquin coirbat le principe néoplatonicien « omne quod influit in alia est lux vel naturam lucis habens » en se rapportant expressément aux textes du de ijitelligeritiis. — ') Dans la Perspective, Witelo résout la question des universaux à la façon de Bacon. Il y a, dans toute chose, des marques individuelles (intentiones individuales) et des caractères spécifiques (intentiones spéciales) auxquels correspondent la connaissance sensible, d'une part, la connaissance générale, d'autre part, ibid., p. 626.

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