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DÉCADENCE DE LA PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE

les ignorances coupables. G. d'Occam, ses premiers partisans et ses premiers adversaires connaissent les systèmes philosophiques du xiii^ s. Mais les générations suivantes ignorent de plus en plus la scolastique, qu'ils combattent ou dont ils se glorifient. Parmi les nombreux promoteurs de nouveautés dangereuses aux xiv*' et XV^ s., on rencontre beaucoup de jeunes gens, qui n'ont pas pris la peine de s'initier à la philosophie par les études approfondies, organisées dans les facultés universitaires. Les autorités ellesmêmes n'ont rien fait pour arrêter les progrès du mal (II), et la période suivante verra la scolastique tomber par ignorance d'elle-même.

4) Décadence de la langue et altération de la méthode. On se départit de plus en plus de la langue sobre et précise du XJII^ s. Les barbarismes, qui jusque-là n'avaient apparu qu'à l'état sporadique, et principalement dans les traductions arabo-latines, se multiplient rapidement à partir du xiv^ s. ; l'orthographe même dont se servent quelques docteurs trahit leur impardonnable ignorance du latin ').

Le terminisme et le scotisme doivent assumer la principale part de responsabilité dans cette décadence. Et comme les défauts de forme entraînent la confusion des idées, on assiste aussitôt à une altération de la méthode didactique. Sous prétexte de clarté, on multiplie les distinctions, les sous- distinctions, les marches et les contremarches. C'est une vraie parodie des procédés en honneur chez les grands scolastiques, ce qui fait dire à Stôckl, en termes un peu plats, que la scolastique finit par étouffer dans sa propre graisse. — Ces abus sont favorisés par

5) \J avènement progressif d^ une dialectique exagérée. Dans la scolastique du xiii® s., la logique occupe sa vraie place. Elle est.

') Chart.. t. III. întrod., p. xi. Pendant le dernier quart du xiv« s , il y eut un revirement à l'Université de Paris. Quelques hommes distingués, parmi lesquels il faut citer surtout Nicolas Poillevillain (de Clamengis), Jean de MoNTREUiL (de Monsterolio) et aussi Pierre d'Ailly, Jean Gerson et Jean CouRTECuissE (Breviscoxac), tentèrent un vigoureux effort pour épurer le latin scientifique. Malheureusement leur œuvre n'eut aucune durée (ibid., p. xii).

en théorie et en pratique, la discipline de l'esprit, la préparation à l'étude de la physique, de la métaphysique et de la morale (249). Après le xiii® s. ce lien se relâcha ; on supprima cette dépendance de la logique formelle vis-à-vis des autres branches de la philosophie, et bientôt la nouvelle émancipée prit des allures de despote. Il y a des prodromes de cette maladie intellectuelle au début du xiv^ s. ; elle se dessine peu à peu et empoisonne les écrits de la période suivante.

On dira plus loin à quel titre le formalisme scotiste et le terminisme occamiste en furent les causes. Les Siwwmlae de P. Hispanus véhiculèrent le mal : elles provoquèrent l'apparition d'un nombre incalculable de commentaires et mirent en honneur une glose superficielle et abondante, digne de sophistes et non de philosophes.

II. Le relâchement des études se manifeste dans les divers centres intellectuels du temps : les ordres religieux et les universités.

i) Les ordres religieux constituent, comme par le passé, les pépinières principales de la science. Mais l'ardeur pour l'étude y baisse en même temps que la discipline se relâche '). Dans la légion de ces moines docteurs, avides de travail facile et de résultats immédiats, on peut compter sur les doigts ceux qui, par des efforts personnels et persévérants, s'élèvent au-dessus de la médiocrité résinante.

2) L' Université de Paris déchoit rapidement de sa grandeur. La scolastique avait grandi avec elle ; elle est entraînée dans sa chute.

Obéissant à des intrig^ues, la Faculté de théologie transige avec la rigueur de ses règlements ; mo^^ennant des recommandations ou même de l'argent, on facilite les ^< actus scolastici », on écourte les années d'étude, on fait subir des examens de forme. Ce qui attire la plupart des maîtres en théologie, ce n'est plus la science, mais l'appât des bénéfices ecclésiastiques. La Faculté des arts se laisse aller aux mêmes condescendances.

') Chart,, II, p. XI.

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