Psychologie. — En psychologie surtout s'accuse l'ori
dans une pierre. Ainsi, G. d'Occam et ses successeurs fourniront aux adversaires de la théologie l'occasion de dire que non seulement il ne faut pas chercher à démontrer par la raison les vérités théologiques, mais que celles-ci sont contraires à la raison. — ") Quodl, V, q. 12. — ') Expos, aurea praedicab. Proœm.— ^) Et ideo non est universale nisi per significationcm, quia est signum plurium. Log., I. I. c. 14. — *) Quodl., II, q. 7.
GUILLAUME D OCCAM
nalité de l'occamisme. Suivant la simplification à outrance introduite par G. d'Occam, les facultés psychiques ne diffèrent pas réellement entre elles, pas plus qu'elles ne sont distinctes de la substance même de l'âme.
Trois théories nouvelles marquent sa psychologie : la doctrine du sio"ne, le terminisme, et la critique des espèces intentionnelles.
1° Toute représentation cognitive est un signe {signum) qui, comme tel, tient la place (supponere) de l'objet signifié. Ce signe, appelé aussi terme {terminus)^ est naturel '), par opposition aux signes artificiels (secundum institutionem vo lu nlariam) du \?iu^âge et de l'écriture. Il est trois espèces de connaissances, signes naturels des choses : la connaissance (intuitive) sensible, les connaissances intellectuelles intuitive et abstractive.
On retrouve ici le dualisme des sens et de l'intelligence, fondamental dans l'idéologie scolastique. Mais entre la sensation, qui a pour objet les qualités sensibles, et le concept abstrait, qui perçoit une note rapportable à un grand nombre d'êtres, ou bien saisit quelque détermination sans tenir compte de son existence ou de sa non-existence '), G. d'Occam intercale une connaissance intermédiaire, le concept intuitif, qui atteint l'existence ou la non-existence concrète des êtres singuliers (Cf. p. 459), et sert de base à la connaissance des vérités contingentes ^). Et il ajoute : « Notitia abstractiva praesupponit intuitivam » *).
2° Le terminisîne est une solution de la question de savoir quel
') Signum accipitur pro illo quod aliquid facit in cognilionem venireet natum est pro ipso supponere. Log. 1. i. c i. Intentio est quoddam in anima quod est signum naturaliter significans aliquid, pro quo potest supponere. Ihid . c. 12. — •) Notitia abstractiva potest accipi dupliciter : uno modo quod sit respect u alicujus abstracti a multis singularibus... aliter... secundum quod abstrahit ab existentia et non-existentia. Se?it. Prol. q, i. — ') Notitia intuitiva est talis notitia virtute cujus potest sciri utrum res sit vel non sit...Similiter notitia intuitiva est talis qua, quum aliqua cognoscuntur quorum unum inhaeret alteri, vel unum dislat ab altero loco... statim virtute illius notitiae incomplexàe illarum rerum sciret, si res inhaereat vel non inhaereat, distet vel non distet, et sic de aliis veritatibuscontingentibus. Quodl. VL q. 6.— Propositio contingens potest cognosci evidenter ab intellectu, puta hec albedo est, et non ] er cognitionem abstracti vam, quia illa abstrahit ab existentia per intuitivam. Ergo realiter differunt. Quodl. V, q. 5. — *) Quodl., I, q. H-
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rapport existe entre les signes et les choses signifiées, c'est-à-dire entre nos diverses connaissances et la réalité objective. Une distinction s'impose : toute connaissance intuitive, sensible ou intellectuelle, atteint la chose réelle, telle qu'elle existe en dehors de nous '). Retenons cette déclaration. Elle nous servira à défendre G. d'Occam contre des soupçons exagérés de subjectivisme.
Les concepts abstraits sont-ils doués de la même objectivité réelle f Non. En dehors de nous, dit G. d'Occam, ils n'ont aucune valeur, car l'abstrait et l'universel qu'ils embrassent n'existe pas dans la réalité. Le concept universel (uitentio seamda) a pour terme direct des représentations internes, fabriquées de toutes pièces par l'entendement ; on n'est pas autorisé à reporter dans la nature réelle les lois qui régissent les phénomènes du monde idéal. Mais alors quelle est la fonction des universaux, et pourquoi recourir à ces formes artificielles ? G. d'Occam répond que l'universel tient lieu (su/>ponere) dans l'esprit, de la multitude des choses auxquelles on peut l'attribuer ''). Par l'universel, nous concevons des réalités, comme si elles étaient communes à plusieurs, et le produit de ces concepts sert de prédicat dans nos jugements! L'ensemble de ces thèses constitue ce que nous avons appelé plus haut le conceptualisme (133) et, à coup sûr, c'est dénaturer la pensée d'Occam que de le ranger parmi les nominalistes. Luimême s'msurge par avance contre cette absurde théorie qui refuse a l'entendement le pouvoir d'abstraire ou qui identifie la sensation et la pensée. Si le concept abstrait n'a pas de valeur réelle, tout au moms ne peut-on lui méconnaître une valeur idéale ') : dans notre entendement il est des objets communs et généraux. L'universel n'est pas un mot (vox, nomen) sans contenu pensé, un souffle creux (/îatus vocis) ^), une étiquette verbale, mais un objet conçu
•) Singulare... est primo cognitum... quia res extra ani.nam quae non est
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Idem s.gnu,n est commune ad plura signata. B.pos. aurea. Praedfc df™
- ) Sur cette d.st.nction, v. p. ,70. - <) Quarta A^ esse opinio, quod nihH e"
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(intentio, termi7iiis)y substitut (suppositio) ') d'un nombre plus ou moins grand de réalités individuelles^ suivant le degré même de son universalité. Voilà pourquoi nous abandonnons la classification générale qui range la philosophie de G. d'Occam parmi les systèmes nominalistes, et, reprenant son propre langage, nous appelons le conceptualisme qu'il inaugure du nom à'intentionalis7ne ou de terminisme.
On objectait à G. d'Occam : la science est donc illusoire, puisqu'elle s'occupe de l'universel, c'est-à-dire d'un néant ! — Oui, répond-il, en ce sens que l'objet de la science n'est pas cette chimère qu'on appelle la réalité universelle, mais le terme universel. Cependant, ce terme est rapportable à une multitude plus ou moins grande d'êtres individuels, indépendants les uns des autres; il a des relations extrinsèques avec le dehors, et ainsi la science reste en contact avec la réalité ^).
y Enfin G. d'Occam fait une acerbe critique de la théorie des species. La connaissance n'est pas l'intussusception d'une image ressemblante (sf^ecies) de la chose connue, mais un acte immanent (adus intelligendiy(\\x\ devient le signe de la chose. Dès lors, la species intentionalis , soit sensible, soit intellectuelle, est un élément inutile qu'il faut supprimer de la psychologie. Frustra fit per plura, quod potest fieri per pauciora. Et puisque la fonction est illusoire, illusoire aussi est l'intellect agent ou la faculté à laquelle on attribue cette fonction.
G. d'Occam entend V espèce dans un sens spécial que nous avons
universale ex natura sua, sed tantum ex institutione, illo modo quo vox ^ est miivermlh... sed haec opinio non videtur vera. In l. Sent. i. dist. 2, qu. 8. — ') Quodlibet universale est intentio animae, quae secundum unam probabilem opinionem ab actu inteUigendi non distinguitur ; unde dicunt, quod intentio qua intelligo homines est signum naturale significans hominem, ita naturale, sicut gemitus est signum infirmitatis vel doloris ; et est taie signum quod potest stare pro hnminibus in propositionibus mentalibus. Summa tôt. iog. L. 1. c. 15. De même : intentio animae dicitur universalis quia est signum praedicabile de multis {ibld., L. I, c. 14). — Ailleurs : Illud quod praedicatur de pluribus diflferentibus specie, non est aliqua res quae sit de esse illorum de quibus praedicatur, sed est una inientio in anima naturaliter significans omnes illas res de quibus praedicatur. Expos, aur Praedicab. de génère, cité par Prantl, III, n. 789. — ') Stôckl, op. cit., p. 964.
relevé (pp. 415 et 416) ; il guerroie victorieusement contre les fausses conceptions du processus cognitif. Mais ses critiques laissent debout la vraie notion de l'espèce intentionnelle ; lui-même ne comprend pas autrement que S. Thomas la genèse de nos états représentatifs, puisqu'il admet une action du 'dehors sur l'intelligence.Cest si vrai que les termes intellect passif et actif désignent, pour lui, l'état de passivité et d'activité de l'âme vis-à-vis de l'objet connu ').
A la suite de D. Scot, G. d'Occam professe le volontarisme le plus entier. La volonté intervient même dans les opérations discursives de l'entendement, - avec qui, d'ailleurs, elle se confond, suivant la théorie générale des facultés. G. d'Occam proclamé l'auto-détermination absolue du vouloir et confond l'acte spontané avec l'acte libre. Connue le vouloir est l'essence même de l'âme, et que l'essence d'une chose ne comporte ni augmentation m' diminution d'elle-même, toute variation dans le degré de liberté devient impossible. C'est-à-dire que la question du primat du vouloir sur le connaître devient oiseuse et vide de sens. Reportée dans la vie divine, l'autononne absolue du vouloir fait de la liberté de Dieu l'arbitre souverain du bien et du mal moral. Et s'il n'y a ni bien ni mal en soi, l'inspection de la nature ne peut rien apprendre sur la moralité, et l'intelligence devient impuissante à renseigner sur les prescriptions de la loi divine.
Sur les questions principielles, relati%'es à la nature de l'àme c'est le disciple de Scot qui parle. Outre le principe intellectif, l'homme possède une forme de corporéité et une âme sensitive. Quant à l'âme intellectuelle, la raison ne peut, par la seule mise en œuvre de ses puissances, démontrer son immatérialité et sa spiritualité.