LE PARTI DES OCCAMISTES OU DES TERMINISTES
§ 2 — /^e parti des occamistes ou des terministes.
401. Puissance de l'école terministe. Mesures prohibitives. — Les doctrines de G. d'Occam trouvent un puissant écho dans les écoles philosophiques de l'Université de Paris aux xiv^ et XV^ s. Du vivant même de son fondateur, l'occamisme ') constitue un parti nombreux et puissant. A preuve la longue série de ceux qui souscrivent à la philosophie du venerabilis inceptor, et les tentatives nombreuses faites par les autorités pour endiguer la marche du flot montant.
L'occamisme a un succès de nouveauté et de réaction, et toutes les prohibitions officielles sont impuissantes à l'enrayer ; l'histoire de ces prohibitions jette un jour nouveau sur les doctrines de l'occamisme après G. d'Occam. Énumérons-les brièvement, afin de rechercher l'esprit qui les inspire.
En 1339, la Faculté des arts interdit dans ses chaires la doctrine occamiste que certains maîtres n'enseignent pas seulement dans leurs leçons publiques, mais encore dans des réunions privées et dans les conveiiticula '). La Faculté veut revenir aux traditions du xili' s., et elle invoque des raisons disciplinaires ; il faut respecter les règlements académiques auxquels on a juré fidélité, et personne n'est autorisé à expliquer (légère) des livres autres que ceux qui ont été désignés par nos prédécesseurs.
Ce rappel à l'ordre reste sans effet, puisque, quatorze mois plus tard, la Faculté renouvelle ses interdictions. Mais cette fois elle change de ton et pousse le cri d'alarme : les enseignements nouveaux sont gros de danger, ils forment un tissu d'erreurs intolérables, de nature à compromettre la philosophie comme la théologie. Le statut de 1340 signale les principales doctrines qu'on veut bannir des écoles, et présente de ce chef un grand intérêt. Il apprend que les occamistes ont surtout hérité de
•) Reg. procur. nat. Angl. pour 1341 emploient le terme Occhaniste : c ... statutum facultatis contra novas opiniones quorumdam, qui vocantur Occhaniste». Chart. Il, 507, n. Gerson parle des controverses entre formalistae et terministae : P. Nigri se sert même du terme conceptistac — ') Chart., Il, 485.
l'esprit dialectique du maître, et qu'ils s'attachent de préférence aux matières logico-grammaticales traitées par P. Hispanus. Pour peu qu'on l'isole du co/tlenn réel de la philosophie terministe, cette logique formelle devait conduire à des discussions verbales, à des jeux de mots, dignes de sophistes et non de philosophes. Qu'on en juge. Les maîtres visés par le statut n'admettent que la sup/)osiiio personalis (Quod nullus dicat simpliciter vel de virtute sermonis omnem propositionem esse falsam, que esset falsa secundum suppositionem personalem terminorum... actores enim sepe utuntur alliis suppositionibus) et l'interprétation littérale (Quod nullus dicat quod nulla propositio sit distinguenda. Quod nullus dicat propositionem nullam esse concedendam, si non sit vera in ejus sensu proprio... quia Biblia et actores non semper sermonibus utuntur secundum pro prios sensus eorum). Ils réduisent la science à une étude de concepts et de mots, non de choses (Quod nullus dicat scientiam nullam esse de rébus que non sunt signa, id est, que non sunt termini vel orationes) ').
Mais il est une seconde catégorie de propositions dont parle la Faculté des arts, et c'est bien ici qu'il faut chercher la principale cause de la guerre déclarée à l'occamisme : certains adhérents des doctrines nouvelles, en défigurant les théories de G. d'Occam et en y introduisant des éléments étrangers, étaient arrivés à des systèmes franchement antiscolastiques (423). C'est ce même souci de sauvegarder à la fois la synthèse philosophique et la théologie orthodoxe, qui guide le pape Clément VI, quand en mai 1346, il écrit aux maîtres et aux étudiants de Paris pour les mettre en garde contre ces variae et extraueae ') doctrinae sophisticae. L'erreur, dit le Pontife, est contenue en germe dans ces théories dangereuses; par elles, les hommes qui devraient défendre la bonne cause se font les prosélytes du mal ^).
•) Cfiart., II, 506. — *) RiCARDUS DE BuRY, op. cit.. pour l'année 1344, dit des maîtres parisiens : <c Anglicanas subtilitates. quibus palam detrahunt, vigiliis addiscunt .. Ibid p. 590, n. - ») « Plerique quoque theologi... philosophicis questionibus et aliis curiosis disputationibus et suspectis opinionibus... se invol-