‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 168 sur 223 · J. BURIDAN · texte numérisé non relu

J. BURIDAN

Chose significative : alors que, dans un espace de sept ans, nous voyons se succéder trois interdictions de l'occamisme, celuici prospère à Paris, la majorité des maîtres es arts y souscrivent publiquement ou y adhèrent en secret, et, qui plus est, au temps même de Clément VI, un des professeurs les plus en vue et les plus influents^ qui fut recteur de l'Université de Paris — Jean Buridan - défend ouvertement l'occamisme. Il y a là un conflit entre une situation de fait et une situation de droit qui s'explique peut-être par les considérants dont s'inspirent les prohibitions énumérées. Ce qui effraie les autorités, c'est l'abus que certains docteurs font de l'occamisme, au profit de théories antiscolastiques : voilà le mal qu'il faut surtout éviter. Mais une foule d'occamistes veulent rester scolastiques et le demeurent. Leur enseignement ne devait pas susciter les mêmes craintes ; s'ils étaient atteints par la lettre des documents prohibitifs, ils n'étaient pas visés par leur esprit. Et dans ce groupe d'occamistes se trouvent les hommes les plus célèbres du parti ').

Dans d'autres universités, l'occamisme triompha sans effort ou exerça une dictature officielle. Telles, les Universités de Vienne et de Cologne, où on suivit les doctrines de Buridan ; l'Université de Heidelberg qui adopta les idées de son premier recteur, Marsile d'Inghen '). En 1425, des maîtres de Cologne durent se justifier devant le prince électeur de prendre pour guides les ajitiqiii alti sermo7iis doctores{A\heYi\QGv^\\àeiT\\om^^à' X(\\im)

et non les magistri modermores ).

402. Premiers Occamistes. J. Buridan. - Le minorité Adam Goddam ou Voddam, les dominicains Armand de

vunt... sic quod, unde deberent prodire fructus ubercs sicut anliqiiilus reficientes fidèles... pestifera punulant quandoque semina. » — ') Encore au xv" s. l'autorité renouvelle ses prohibitions. En 1473/4, Louis XI essaie de bannir l'occamisme de Paris et du royaume de I lance, et de lui substituer le réalisme du xiiie s. Huit ans plus tard (1481), la prohibition est levée. Chart, III, p x. - ') C'est ainsi qu'en 1406, Jérôme de Prague s'attire des difficultés à Heidelberg pour avoir attaqué dans un achis scohisticus Marsile d'Inghen, Buridan et d'autres nominalistes. Prantl, op. cit., IV. p. 39- - ') Ehrle, Die pàpstl. Encycl. etc. p. 316. A Oxford, le couvent des Mineurs voit se constituer un parti de scotistes et d'occamistes. D'Argentré, op. cit., \, 342.

Beauvoir, maître du Sacré Palais (1328, mort en 1334/40), Robert HoLCOT(mort en 1349), sont cités parmi les premiers partisans de l'occamisme. Les idées nouvelles influencent aussi un groupe d'ermites augustiniens (413). Mais le leader incontesté de l'occamisme pendant la première moitié du xiv* s. est Jean Buridan .

Jean Buridan, né à Béthune à la fin du xiii*' s., suivit les leçons de G. d'Occam à Paris. Il fut recteur en 1328, et pendant un quart de siècle occupa à la Faculté des arts et à l'Université une situation prépondérante. Non seulement les prohibitions officielles n'empêchèrent pas J. Buridan de propager l'occamisme, mais on voit que deux ans après la lettre de Clément VI, le 5 août 1348, recteur et procurateurs sont d'accord pour lui donner une marque non équivoque de confiance et de sympathie : nouvelle preuve, ce semble, que la Faculté des arts songeait moins à bannir l'occamisme qu'à réprimer certains abus dont se rendait coupable un groupe de disciples dissidents. Il est faux que Buridan ait enseigné à l'Université de Vienne, fondée en I3<^5> et qu'il ait été chassé de Paris avec Marsile d'Inghen. Ses rapports avec Jeanne de Navarre sont aussi du domaine de la légende '). Il mourut après 1350, laissant une Simwia de dialectica, un Compendium logicae, et des commentaires sur la physique, la métaphysique, l'éthique d'Aristote, le traité de l'âme et les Parva Natiiralia "").

C'est au problème de la liberté que Buridan consacre ses meilleures recherches, et il est partisan du déterminisme psychologique. Tout bien que l'intelligence nous propose exerce sur le vouloir, indéterminé de sa nature, un attrait naturel, et si nous nous abandonnions à cette coviplacentia , nous choisirions nécessairement entre deux biens, celui qui nous apparaîtrait le meilleur. Mais la liberté que possède le vouloir lui permet de suspendre son choix, et d'imposer à la raison un nouvel examen

•) Chart., \\, p. 646, n. — ') Jodocus Badius d'Assche édita la mélaphvsique en 1518. . t ^ M

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