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Caractères généraux du mysticisme aux XIV

et XV^ s. — Le xiv^ et le xv^ s. furent témoins d'une vive recrudescence de la vie mystique. La stérilité des controverses d'écoles et les erreurs auxquelles elles avaient entraîné plus d'un théologien (Chap. HT, § 3) éloignèrent certains esprits de la spéculation, et par contre-coup décidèrent de leurs préférences pour la vie contemplative. L'auteur de Xhnitation de J.-C. traduit ce sentiment d'âme, quand il écrit au début de son livre : « Ou'avonsnous à faire de ces disputes de l'école sur le genre et sur l'espèce ? » (I, 3).

En même temps, les couches populaires furent travaillées par

des associations puissantes qui répandirent le mysticisme dans les foules; le caractère populaire du mysticisme pendant cette période se reflète dans ce fait, que les écrivains rédigent la plupart de leurs œuvres mystiques en langue vulgaire.

Suivant qu'ils respectent ou non la distinction essentielle de Dieu et de la créature, ils se meuvent dans une sphère d'idées conformes ou non à la philosophie scolastique. Les mystiques orthodoxes l'emportent en nombre et en valeur. Parmi eux les plus connus sont Ruysbroeck, Gerson, Pierre d'Ailly et Denys le Chartreux. Leurs noms appartiennent proprement à l'histoire de la théologie mystique, secondairement à l'histoire de la philosophie (209). C'est pour cette raison que ces personnalités, malgré l'intérêt qu'elles présentent, n'occupent pas plus de place ici.

415. Principaux écrivains mystiques. — Jean Ruysbroeck (i 293-1 381) l'Admirable, chapelain de S''-Gudule à Bruxelles, se retira au couvent des Augustins de Groenendael où il s'adonna à la contemplation jusqu'à sa mort. Ruysbroeck combattit le faux mysticisme représenté dans le Hainaut par les Porrettistes et les sectateurs de Blommardine (422). Malgré les accusations de Gerson, la vie mystique décrite et aimée par Ruysbroeck, — cette union fertile de l'âme avec Dieu, qui se renouvelle sans cesse par l'amour, et réside en une « contemplation superessentielle de la Trinité, un sentir impos-

sible à dénommer, une sublime ignorance » — respecte la distinction réelle du Créateur et de la créature '). Ruysbroeck exerça une influence déterminante sur Gérard Groot (1340- 1384), le fondateur des Frères de la vie commune. C'est dans une de ces communautés, à Deventer, qu'on rencontre Thomas A Kempis (1380-1471).

Vingt ans plus tard, Jean Gerson (Johannes Arnaudi de Gersonio 1 364-1429) fut en France ce que Ruysbroeck était dans les Pays-Bas — avec, en plus, la célébrité et le prestige qu'assurait au mystique français sa haute situation sociale. Gerson suivit les leçons de Pierre d'Ailly dans la Faculté des arts, étudia la théologie à partir de 138 1, et devint chancelier de l'Université en 1395. Deux ans après, à une époque où il faisait de S. Bonaventure son auteur favori, il séjourna à Bruges, le pays de Ruysbroeck, des Boghards, et des Frères de la vie commune. Ces circonstances achevèrent de le gagner au mysticisme, qu'il mit tout entier au service de l'Église (doctor christianissimus). De 1401 à 1407, on le retrouve dans l'enseignement à Paris ; plus tard, il prit une part active aux affaires du schisme; mais à partir de 1419, des différends politiques l'obligèrent à s'éloigner de Paris. Dans sa retraite de Lyon, où il mourut, il composa un grand nombre d'ouvrages mystiques, dont les principaux sont : Consideratioius de theologia tnystica speculativa, de theologia mystica practica ; Tractahis de elucidatione scholastica 7nysticae theologiae. — Gerson y décrit le ravissement surnaturel de l'âme par l'amour divin. Dans cette délectation extatique, les fonctions inférieures de l'être font silence, mais Gerson s'applique minutieusement à différencier cet épanchement de la créature dans le Créateur d'avec l'union panthéiste qu'il condamne sous toutes ses formes.

La mystique de Gerson s'inspire de S. Bonaventure ; l'occa-

•) II décrit en termes admirables les ravissements de l'âme inconnus à la philosophie : c Vois, voici que paraît une lumière intellectuelle que ni le sens, m la raison, m la nature, ni l'analyse la plus aiguisée ne peut comprendre». Noces Spirituelles, L. II, ch. 19.

JEAN ruysbroeck.

miste Pierre d'Ailly^ au contraire, dans son Spéculum consideratio7tis et son Compendium coiiteniplationis , décrit les stades de la contemplation mystique d'après Richard de S. Victor (212). Denys le Chartreux, dans ses nombreux ouvrages, embrasse tous les départements de l'exégèse, de la philosophie (411), de la théologie et de la mystique (doctor exstaticus). Ces diverses sciences s'étagent à ses yeux, et convergent toutes vers les illuminations de la vie contemplative. En mystique, Denys se réclame du pseudo-Denys et de Ruysbroeck. Toute connaissance spéculative sert de préambule aux actes de la vie intérieure. L'écrivain chartreux décrit la suavité de l'extase et la voie qui V mène, dans ses commentaires du pseudo-Denys et dans ses traités de oratione, de meditatione, de conteviplatione , de dojiis Spiritus sancli, etc.

416. Bibliographie. — Les œuvres de Ruysbroeck, écrites en flamand, furent traduites notamment par Gérard Groot, son disciple, et par SuRius. Les principales sont : Uor7iemcnt des noces spirituelles, qui passe pour son chef-d'œuvre, le traité de la foi chrétienne, le tabernacle spirituel, les sept clôtures, des sept degrés d'amour. V. les édit. des œuvres de Ruysbroeck ds Auger, Étude sur les mystiques des Pays-Bas au moyen âge, Bruxelles, 1892. Bonne étude sur sa mystique. - Opéra Gersonii édit. 1483, 1488, etc.. 1706 (Anvers). Sur Denys le Chartreux, v. n» 412. Classement des travaux récents sur les mystiques allemands et néerlandais par Martin, Chronique de mystique (R. Thomiste, 191 1).

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