CHAPITRE DEUXIÈME
LES PHILOSOPHIES NON SCOLASTIQUES "*)
§ I- — Notions générales.
441. Caractères généraux. — i) L'indépendance vis-à-vis du dogme catholique est le caractère presque universel des systèmes issus de la Renaissance. Pour cultiver la philosophie sur des terrains nouveaux, les uns renoncent à tout enseignement religieux ; ils font grand état des doutes perpétués par les scotistes et les occamistes sur la démonstration de certains dogmes, et s'en autorisent pour enseigner que tout dogme est antirationnel. D'autres admettent des croyances nouvelles, mais revendiquent le droit de les choisir. Exceptionnellement et à l'état sporadique, quelques novateurs prétendent sauvegarder les dogmes catholiques.
2) La lutte contre la philosophie scolastique est le mot d'ordre
•) Même dans la philosophie moderne il y a des influences de la scolastique.
V. une liste de travaux spéciaux de notre Introd. à la philos, néo-scolastique,
p. 212, n. — *j Sur la philosophie de la Renaissance, v Hôffding, Histoire de la
philosophie moderne, t. I, Paris, 1906, trad. du danois ; et collection d'études de
Dyrhoff, Renaissance und Philos. (Bonn) commencée en 1908.
des philosophies issues de la Renaissance, de celles-là même qui affirment leur soumission au dogme catholique (cf. m, 5°). Mais en dehors de ce point de contact négatif, rien ne les unit. Elles se développent dans des directions disparates et souvent opposées : diversité de langues, décentralisation académique par l'érection incessante d'universités nouvelles, surtout effritement de la pensée et, dans un même système, mosaïque de théories parfois incompatibles, — tout cela donne à la philosophie de la Renaissance une ph3^sionomie incohérente. Ses conceptions manquent d'unité organique. La philosophie de ce temps ressemble à une folle échappée du logis, s'essayant tour à tour à une série d'entreprises stériles.
442. Division. — Dans les premiers temps d'admiration aveugle pour le passé, on veut faire revivre les philosophies de la Grèce, en leurs formes archaïques. La dialectique des rhéteurs (§ 2), le platonisme (§ 3), l'aristotélisme (§ 4), le stoïcisme et quelques systèmes secondaires (§ 5) furent les modalités marquantes de cette restauration pure et simple.
Mais au retour vers le passé, la Renaissance ajoute presque aussitôt des recherches nouvelles. Elles visent deux objectifs principaux : la nature (§ 6) et le droit social (§ 7). On peut dire, en général, que ces premiers systèmes philosophiques de la Renaissance sont indépendants de tout dogme. S'il en est, parmi leurs représentants, qui affectent de concilier leurs spéculations avec la religion catholique, ils en font une préoccupation secondaire, et souscrivent à des théories religieuses, qui, le plus souvent, n'ont pas d'attache avec le reste de leur philosophie.
Pour d'autres, la religion est intimement liée à la philosophie, mais la raison est l'arbitre des croyances. Ces croyances sont empruntées surtout à diverses formes du protestantisme (§ 8) ; Reuchlin les demande à la Cabale, tandis qu'un groupe important se rallie au théisme (§ 9).
Cette multiplicité de systèmes finit par provoquer chez certains esprits la lassitude et la défiance : le scepticisme fournit l'épilogue du pénible enfantement d'idées de la Renaissance (§ 10).
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