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LE PLATONISME

aristotelicae philosophiae differentia, rédigée à Florence en i440,est remplie d'exagérations. Quant à sa philosophie, elle est bien plus voisine de celle de Plotin que celle de Platon ; et l'on vit cet e ivoyé impérial, chargé de travailler k l'union des Églises chrétiennes, faire dans ses Nô|aoi l'apologie d'un théisme universel, avec le platonisme pour Évangile. Pléthon trouva des partisans dans Argyropulus, Michel Aposïolius ; mais il fut vivement combattu par le patriarche Gennadius à Constantinople (382), et par les aristotéliciens Théodore Gaza et Georges de Trébizonde.

Au milieu de ces controverses entre aristotéliciens et platoniciens, se fit entendre la voix conciliatrice d'un disciple de Pléthon, le cardinal Bessarion (1403-1472). De ce Grec devenu Italien, on a pu dire qu'il était « le plus grec des latins et le plus latin des grecs ». En réponse à des pamphlets de Georges de Trébizonde (Comparatio Platonis et Aristotelis), et de Théodore Gaza CAvxi^^n- ' TiKÔv), il publia un traité in Calumniatùrcm Platonis. où une sympathie non dissimulée pour Platon s'allie à une attitude déférente pour Aristote "). Au lieu de les opposer comme deux irréconciliables adversaires, il cherche, au contraire, un terrain de conciliation entre leurs doctrines, et insinue cette thèse appelée à faire fortune : que les deux grands philosophes grecs diffèrent l'un de l'autre par la forme plus que par le fond.

C'est dans l'opulente cité de Florence, sous la dictature de Cosme et de Laurent de Médicis, à la tête de la fastueuse Académie florentine, que brille le plus célèbre représentant du platonisme italien, Marsile Ficin (i433-U99)- Pour satisfaire aux désirs de son protecteur, Cosme de Médicis, il traduisit l'œuvre entière de Platon, du grec en latin (vers 1453). Ce fut pour la propagande du platonisme un événement décisif. A côté de traductions de Plotin, de Jamblique et de Proclus, Ficin laissa aussi des travaux originaux, parmi lesquels nous notons la Thcologia platonica de animorum immortalitate et de christiana religione. Ficin admet les idées innées, l'âme du monde ; il se propose pour objectif principal dans la ///W^^^/.ï/'/^ï/^w^^vz de combattre les averroïstes et les alexandristes (§ 4), qu'il accuse d'hérésie, et défend contre eux l'immortalité de l'âme avec tous les arguments du Phédon. Il met une prédilection marquée à exposer la théorie de l'amour et du souverain bien.

Bien qu'il soit imbu de platonisme et qu'il n'ait voulu trahir Platon en aucun endroit de sa philosophie (Nolim Marsilianam doctrinam oppojiere Platonicae), Ficin se méprend sur le caractère véritable de sa philosophie. Il ne saisit ni le

•) \ Paris Fernand de Cordoue qui avait eu des relations en Italie avec Valla et d'au'tres humanistes, prit la défense de Platon contre G. de Trébizonde, dans un traité de laudihiis Platonis, signalé par R. de Poupardin, Deux ouvr inconnus de F. de Cordoue (Bibl. Éc. Chartes, t. 62, 1901, p. 532). Les œuvres de F. de Cordoue sont publiées par Havet en 1895.

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rôle des idées dans l'économie du platonisme, ni celui du panthéisme émanatif dans l'économie du néo-platonisme. Plotin à qui il emprunte son mysticisme poétique et sa description de l'échelle hiérarchique des êtres, n'est pour lui que le fidèle interprète de Platon. Ajoutons que, sous prétexte de reconstituer la chaîne d'or qui relie les grands penseurs au divin Platon, Ficin accueille dans sa synthèse les idées d'Hermès Trismegiste, de Pythagore, de Zoroastre, du pseudo Denys, sans oublier la magie et la cabale, qui deviennent de plus en plus à la mode dans les milieux intellectuels.

Les destinées de l'Académie florentine furent aussi éphémères que brillantes. La mort de Laurent de Médicis (1492), les agitations politiques dont un religieux, le célèbre Savoxarole fut l'âme, et surtout le manque de travailleurs sérieux amenèrent la ruine de l'œuvre élevée à la glorification de Platon. Parmi • les nombreux auditeurs auxquels Ficin pouvait donner le titre pompeux de Complatonici mei, quelques noms à peine méritent d'être sauvés de l'oubli. Le plus connu est Giovanni Pico, comte de Mirandola (1463-1494), chez qui on rencontre un alliage choquant de philosophie grecque et de doctrines magiques et cabalistiques ').

447. Conclusion. —Rien ne ressemble dans la restauration platonicienne du xv« et du xvp s. à la restauration aristotélicienne entreprise par la scolastique du xiiF et du xiv« s. Les platoniciens de la Renaissance demandent à Platon de les charmer, bien plus que de les instruire. Leur platonisme est souvent du néo-platonisme, et leur prétention de réduire Platon à Plotin prouve qu'ils se méprennent sur la pensée de l'un et de l'autre. Il faut dire la même chose de cette autre thèse, mise en avant par le cardinal Bessarion, à savoir l'accord fondamental de Platon et d'Aristote. Pareilles fantaisies avaient été accréditées par quelques

•) En aucun autre pays d'Europe, on ne vit une explosion d'enthousiasme pareille a celle que provoqua Platon en Italie. L'Espagne catholique, qui fut toujours la zélatrice fidèle de l'aristotélisme, fait une place à Platon dans ses œuvres mystiques du xvi^ s. Une mention revient à Leo Hebr^eus (Léon le Hébreux, ne vers 1460-1463), un juif de Lisbonne, qui écrivit des Dialogi di amore. Ni l'Allemagne, ni l'Angleterre ne se montrèrent favorables à l'idéabsme ; son influence se manifeste, isolée et secondaire, chez des hommes comme Reuchlin ou Thomas Morus. Quant à la France, un courant platonicien se dessina à Lyon au début du xvi^ s. ; Le Roy (Regius, 1510-1577) traduisit en français divers dialogues du philosophe grec ; De Serres (1540-1597) fit une nouvelle traduction latine de son œuvre intégrale.

l'aristotélisme.

alexandrins de la décadence grecque, chez qui on relève la même stérilité de pensée et la même ignorance de l'histoire (81).

L'aristotélisme de la Renaissance, qu'on oppose au platonisme, révèle des lacunes non moins significatives.

§ 4. — VAristotélisme.

448. Formes de rAristotélisme renaissant. — L'aristotélisme avait-il besoin de renaître ? Ne régnait-il pas depuis des siècles sur la pensée médiévale ? C'est que pour les philosophes de la Renaissance, l'Aristote de la scolastique était un Aristote tronqué et qu'ils voulaient faire retour à l'Aristote véritable ; ils faisaient leurs, les reproches de trahison qu'adressaient déjà à S. Thomas et à ses contemporains les averroïstes du xiiP s. Reproches fondés, puisque les scolastiques eux-mêmes se défendent du servilisme étroit de leurs adversaires.

Il y avait une seconde raison de redorer le blason d'Aristote : on avait mis sur le pavois les doctrines de Platon. Or, il parut à un grand nombre, qu'il fallait défendre contre cette intrusion récente la dictature séculaire du prince du Lycée. Telle est la significadon des querelles passionnées entre les platoniciens et les aristotéliciens de l'Italie du xv^ s. ').

') Les querelles touchant la prééminence de Platon sur Aristote ou d'Aristote sur Platon eurent pour théâtre, d'abord Byzance, où Gennadius combattit en faveur d'Aristote ; ensuite l'Italie et Rome, où Michael Apostolius, Andréas CoNTRARius et le cardinal Bessarion prirent parti pour Platon ; Théodore Gaza, Georges de Trébizonde (1396-1484), Andronicus Callistus, pour Aristote. Ce fut vers 1463-64 un feu roulant de pamphlets, où trop souvent les invectives personnelles prenaient la place de l'argumentation. Parmi les aristotéliciens, Théodore Gaza (f 1478) est une personnalité qu'on peut mettre en parallèle avec Bessarion, auquel il s'unit d'amitié. Né à Salonique au début du xiv» s., il brilla quelque temps à Constantinople, puis, à l'exemple de tant d'autres de ses compatriotes, prit le chemin de l'Italie, bien avant la prise de Constantinople. A la Cour pontificale, devenue, sous le règne de Nicolas V, la rivale de la Cour des Médicis, Théodore Gaza traduisit toutes les œuvres d'Aristote. Ce fut son œuvre principale, et elle fut plus estimée que l'entreprise similaire de Georges de Trébizonde, qui lui disputa les faveurs du pontife-roi. Il y eut d'ailleurs d'autres traducteurs d'Aristote. Ainsi le byzantin JoH. Argy- ROPULUS, mort à Rome en i486, traduisit à la Cour des Médicis VOrganon, les

D'ailleurs, les partisans d'Aristote ne s'accordent pas sur sa doctrine. Les uns, continuant les traditions antiscolastiques du XIV-' s., ne le connaissent qu'à travers les commentaires d'Averroès ; d'autres mettent en doute la valeur exégétique de l'interprète arabe, et cherchent l'esprit nouveau chez les commentateurs grecs, principalement chez Alexandre d'Aphrodisias. De là, les partis des averroïstes et des alexandristes '), dont les controverses résument, pendant le xv<^ et le XVF s., le mouvement philosophique de deux centres aristotéliciens de l'Italie, Padoue et Bologne.

L^mmortalité de l'âme était l'enjeu principal de leurs discussions. Pour les averroïstes l'immortalité est impersonnelle (223) ; pour les alexandristes (71), l'âme humaine périt tout entière avec le corps, comme la forme disparaît à la dissolution du composé. Pour les uns et les autres, il n'y a ni Providence ni liberté. Ceux qui, de part ou d'autre, voulaient sauvegarder le dogme recouraient à la théorie des deux vérités. Mais le grand nombre ne se préoccupaient pas des rapports de leur philosophie et du catholicisme.

Le Vme Concile du Latran condamna en 15 13 comme hérétiques la doctrine des deux vérités, en même temps que la théorie de l'unité de l'intellect humain et de la mortalité de l'âme humaine ").

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