Les averroïstes. — Alexander Achillinus(i
Ausadt. Phys., le de cœlo, de anima, Eth. Nie. S'il faut en croire Stein, Gaza est en même temps un interprète autorisé et consciencieux d'Aristote, qu'il étudia dans les œuvres originales, et sans préoccupation apologétique. L. Stein, Der Huminist Theoior Gaza a/s Pliilosoph (Arch. f. Gesch. d. Philos. 1889, p. 426). — A. Gaspary, Zur Chronologie des Streites d, Griechen iiher Plato «. Aristotelès im is. Jahrh. (Ibid.). « Dans cette fameuse querelle entre les admirateurs de Platon et ceux d'Aristote... les œuvres philosophiques de S. Thomas étaient jetées dans la balance par les aristotéliciens byzantins. » Bouvy, op. cit., p. 406 (R. Augustin. 1910) Georgios Scholarios traduit ses comment, du traité de 1 âme, et en partie les commentaires de la Métaphys. d'Aristote : J. Argyropulus traduit le de ente et essentia. Il y a aussi des traductions anonymes des cornment, de la Physique et du defallaciis (Ibid). - ') A titre isolé,on voit remettre en honneur d'autres commentateurs grecs. Ainsi Hermolaus Barbarus qui traduit des œuvres d'Aristote, les étudie d'après Themistius.UEBERWEG, op. cit., m, 1888, p. 14. — •) Werner, Sitzungsberichte, etc. 1881, p. 209.
averroïstes et alexandristes.
15 18, de iiîtelligeiitiis, de orbibus^ de tmiversalibus), AuGUSTl- NUS NiPHUS (1473-1546) et ZiMARA (moit en 1532), sont les noms les plus connus de Taverroïsme de Padoue au début du xvF s. '), sans compter la foule de lettrés dont parle déjà Pétrarque, et qui croyaient de bon goût de se dire averroïstes. Achillinus fut appelé « le second Aristote », à raison de ses commentaires sur le Stagirite. Niphus n'est pas un esprit aussi entier. Après avoir enseigné le pur monopsychisme (de intellechc et dœfnoyiibiis), comme son maître Nicoletto Vernias, et édité les œuvres d'Averroès (1495-1497), ilmitigea son enseignement pour le mettre d'accord avec le catholicisme. Et quand son rival Pomponatius ouvrit une chaire à côté de la sienne, il ne sut point défendre contre ses attaques l'autorité d'Averroès. Le de irrwwrialitate animae (1518), par lequel Niphus riposta à l'ouvrage similaire de Pomponatius (1516), est conçu dans l'esprit du Concile du Latran, et emprunte au thomisme ses meilleurs arguments en faveur de l'immortalité
de l'âme.
ZiMARA est plus franc dans son averroïsme que son contemporain Niphus. Il fit des commentaires sur Averroès et édita les œuvres de Jean de Jandun ^).
450. Les Alexandristes. — L'averroïsme entra dans une phase nouvelle, marquée par d'ardentes polémiques, quand Petrus Pomponatius (Pomponazzi 1462-1525) opposa l'aristotélisme d'Alexandre d'Aphrodisias à celui d'Averroès. Après avoir fait ses études à Padoue, Pomponatius enseigna à Ferrare et à Bologne. Dans son Tractatics de immortalitate aiiimae (1516) et dans le Defeiisormm, qui contient sa réplique à Niphus, il soutient que l'information substantielle du corps par l'âme, la matérialité et la mortalité de l'âme, l'évanouissement de la personnalité à la mort constituent les vraies doctrines aristotéliciennes. 11 établit, en stoïcien, les rapports de la Providence et de la liberté humaine, et constate que la raison controuve la révélation (de fato, libero
■) La première édition d'Averroès parut à Padoue, en 1472. — ') Sur l'averroïsme de l'école de Padoue, Cf. Renan, op. cit., Deux. Partie, Ch. III.
arbitrio et praedestinatio7ie). Enfin, dans un troisième traité, de iîicantatioinbuSy il nie les miracles, les anges et les démons, et cherche à expliquer par l'influence naturelle des astres tous les phénomènes extraordinaires alimentant les superstitions ').
L'attitude énergique de Pomponatius en fit un chef d'école. Simon Porta de Naples (t 1555), l'espagnol Sepulveda (f 1572) brillent au premier rang des alexandristes '').
451. Conclusion. — Les aristotéliciens de la Renaissance qui ont voulu reconstituer l'aristotélisme d'après Aristote même, ont échoué dans leurs tentatives ; d'autre part, alexandristes et averroïstes altèrent au besoin les pensées d'Alexandre d'Aphrodisias et d'Averroès — eux-mêmes interprètes infidèles du Stagirite. On peut dire que tout l'aristotélisme antiscolastique de la Renaissance, en tant qu'il a prétendu restaurer le vrai péripatétisme, a manqué son but.
§ 5. — Le Stoidsme et PAtomi^me,
452. Le Stoïcisme. — Puisque le vent soufflait à la renaissance des philoso phies antiques, il ne faut pas s'étonner de voir certains humanistes prendre pour guides des astres secondaires dans le ciel de la philosophie grecque.
Tel Juste Lipse (1547- 1606), érudit plutôt que philosophe, professeur à l'Université de Louvain où il défendit l'antique stoïcisme (Manu duciio ad stolcam philosophiam). Malgré sa réputation universelle, Juste l ipse ne parvint pas à
') A Douglas, The philosophy and psychology of Pictro Pomponazzi, Cambridge, 1910. Sa particularité, dit l'auteur, consiste en ce qu'il n'est aucunement influencé par les mouvements parallèles que la Renaissance développe autour de lui, et poursuit simplement une interprétation authentique d'Aristote (p. i). ') Quant à Jacob Zabareli.a (1532-1589), Francesco Piccolomim (1520-1604) et César Cremonini (1552-163 j), trois autres admirateurs d'Aristote, ils sont rangés tantôt parmi les alexandristes, tantôt parmi les averroïstes, et empruntent des théories aux uns et aux autres. Cremonini, à qui son culte pour Aristote fit donner le surnom de Aristoteks redivivus, fut le familier de Galilée, et l'on rapporte qu'il n'osa point se servir du télescope, craignant de trouver en défaut la physique d'Aristote (Chap. III, § 7). Entre les alexandristes et les averroïstes se place la figure du naturaliste Andréas Caesalpinus (1519-1603), qui prit à tâche d'étudier Aristote, non dans l'œuvre de ses commentateurs, mais dans le texte original. Toutefois, quand on songe que ses Ouaestiones Aristotelicae et sa Demonum investigatio développent une cosmologie voisine du panthéisme, on voit que ce soi-disant puritain non plus n'a pas saisi l'Aristote véritable.