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LE NATURALISME

faire école'). Mais les doctrines du portique compénètrent une foule de systèmes de la Renaissance. On les retrouve chez Erasme, Zwingli, Leoxardi Bruni, MÉLANCHTON, et divers représentants du théisme.

453. L'Atomisme — Une place non moins importante est occupée par Tatomisme, qui reparut tel que l'avaient enseigné Démocrite et Epicure, Ainsi on le trouve chez Daniel Sennert (1572-1637), chez Erycius Puteanus (1574. 1646), le successeur de Juste Lipse à Louvain, et d'autres. Le plus célèbre atomiste de ce temps est Pierre Gassend ou Gassendi (1592- 1655 ; exercitationes paradoxicae adversus Aristotelicos ; de vita, mort bus et doctrina Epicuri) ').

Tous ces philosophes, principalement ce dernier, font à l'aristotélisme une guerre impitoyable ; ils tendent la main aux hommes de science pour jeter le discrédit sur la physique vieillie du Stagirite, et, par contre-coup, sur l'ensemble de sa philosophie (Chap. III, § 7.)

§ 6. — Le Naturalisme.

•454. Diverses formes du naturalisme. — En même temps que ressuscitaient les principales doctrines de la philosophie grecque, une étude fervente de la nature fit naître des systèmes plus originaux.

On peut les désigner sous le nom général de naturalisme. La Renaissance s'éprend des beautés du monde créé ; elle subit l'attrait de ses mystères, et professe pour la nature un culte qui rappelle l'enthousiasme des alexandrins. C'est là qu'il faut chercher le point de départ des observations et des recherches qui conduiront le xvir s. aux plus belles découvertes de la physique et de l'astronomie.

Et comme des expériences élémentaires et insuffisantes ne pouvaient assouvir l'immense besoin de pénétrer la nature, on fait appel à des forces cachées, on interroge la cabale, la magie, l'astrologie. Les médecins surtout se complaisent dans les arts secrets, et introduisent dans le domaine philosophique leurs recherches sur la pierre philosophale de la santé.

Ajoutons que par dessus la plupart des systèmes naturalistes de

') V. notre Histoire de la philos, en Belgique, p. 159 et suiv. — ') Pendzig, /'/V;';7? Gasse7idis Metaphysik u, ihr Verhàltniss zur scholast. Philosophie, Bonn 1908. (Coll. Dyrhofi).

ce temps, plane une conception panthéiste. Pour exalter la nature, on la déifie ; si le monde est une révélation vivante de Dieu, quoi d'étonnant dans sa beauté merveilleuse ?

\! observation , la culture des sciences occultes, la tendance vers le panthéisjne : voilà les trois traits principaux qu'on retrouve, à des degrés divers, chez les naturalistes de la Renaissance. — Nous les divisons en trois groupes, suivant que prédomine chez eux un de ces trois caractères : i° le naturalisme empirique ; 2° le naturalisme étayé sur les sciences secrètes ; 3° le naturalisme panthéiste.

455. Léonard de Vinci. — Nature géniale d'artiste et de savant, Léonard de Vinci (1452-1519) est un des initiateurs de la mécanique et de la physique moderne. Plus d'une de ses doctrines scientifiques est inspirée d'Albert de Saxe ; ses idées sur l'infiniment grand, sur l'infiniment petit, sur la pluralité des mondes plongent leurs racines dans la scolastique ; des doctrines métaphysiques lui viennent de Nicolas de Cuse, si bien que la « science de Léonard s'est alimentée des sucs de la scolastique » '). Léonard de Vinci est philosophe par surcroit, mais il n'a pas systématisé ses idées en ce domaine qu'il ne toucha qu'incidemment. On rencontre une exposition neuve du naturalisme empirique dans les écrits de deux autres italiens : Telesius et Campanella.

456. Le naturalisme empirique. Telesius. — Ber- NARDiNUS Telesius (1508- 1588), fondateur du naturahsme de la Renaissance, se voua tout entier à l'étude des sciences natu-

') DuHEM. Léofiard de Vinci, i® série, p. 3. Sur les origines de la dynamique, V. du même : /. Buridan et Léonard de Vinci (Bulletin italien, t. X, 1909); La traditioji de J. Buridan et la science italienne au XVI^ s., t. X, 1910. Les progrès de la dynamique, écrit Duhem, sont nés, avant le milieu du xiv® s., à Taris, «de cette pensée que le mouvement du projectile ne peut être entretenu, comme le voulait Aristote, par le mouvement de l'air ambiant, qu'il se conserve par l'effet d'un impetus imprimé au mobile ». La réfutation de la thèse d'Aristote fut faite par G. d'Ockam : la théorie de Vimpetus fut présentée par Buridan, et après, par Albert de Saxe. Léonard de Vinci reprit cet enseignement, mais non sans réserves, tandis que les maîtres italiens y furent longtemps réfractaires. — Duhem. Dominique Sotoetla Scolast. Parisienne, (Bulletin Hispan. 1910), p. 275, 276.

LE naturalisme. CAMPANELLA.

relies et compte parmi les plus acerbes détracteurs de la physique des aristotéliciens. Il fonda à Naples une Academia Telesianay pour le développement des sciences naturelles. Son traité capital, de natîira renmi juxta propria principia '), est l'œuvre d'un physicien naïf, mais logique, cherchant à expliquer la nature par le jeu d'un nombre restreint de forces physiques.

Dans la masse inerte et passive de la matière. Dieu a créé deux principes actifs, le chaud et le froid, l'un principe de mouvement, l'autre doué d'une absolue immobilité. Ces deux forces, incorporelles, exclusives l'une de l'autre, se partagent le quantum de la matière. De là une grande division du monde créé en un foyer de chaleur, le ciel, et un centre de froid, la terre. Chaque principe, étant doué d'une tendance à se conserver, possède par là même la faculté de 5^;///r l'action destructive deson opposé. C'est le renversement de la théorie aristotélicienne des quatre éléments (262) ; c'est aussi l'érection en fait cosmique du phénomène de la sensation. Les êtres particuliers naissent du contact de la chaleur céleste qui vient rayonner sur la surface glacée de la terre. Une même loi régit la genèse des minéraux et la formation des vivants.

Sur ces bases physiques, Telesius construitun vitalisme nouveau dont il est intéressant de connaître les grandes lignes. Le principe de la vie animale est un spiritus, un peu de chaleur, circulant dans le corps et présidant à toutes fonctions organiques : cette théorie des esprits animaux, réédition de l'ancienne doctrine du irveù^a, deviendra le point de départ de la physiologie de Bacon et de Descartes. Le spiritus n'est pas, comme chez les scolastiques, une émanarion du principe informant (p. 347, ^0, il remplace la forme substanrielle, et Telesius dirige contre l'hylémorphisme aristotélicien de violentes critiques. La sensation et l'appétition sont des modes d'action du spirilles ; les phénomènes cognitifs se réduisent à des transformations de la sensation ; les phénomènes moraux dérivent de l'instinct de la conservation. Le spiritus humain est

•> Paraît en 191 1 comme premier vol. des Classici délia filosofia italiana^ (commencé sous la direction de G. Tocco). Cinq vol. seront probablement consacrés à Telesius. - G. Gentile, Bernardine Telesio (Ban, 1911)- ^^

5/8 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE DU XV* AU XVIl'' SIÈCLE.

plus affiné et plus subtil que celui de la brute, mais il est de même nature.

Il est vrai que Telesius corrige ce naturalisme excessif, tout comme Cardanus et Paracelsus, en admettant, en outre, dans l'homme unQ forma superaddita, immatérielle et immortelle, qui nous apprend à connaître Dieu. Mais il s'en occupe accessoirement : cette théorie destinée à sauver les apparences, introduit dans la psychologie de Telesius un dualisme semblable à celui que reprochait S. Thomas aux partisans de la pluralité des formes.

457. Campanella. — La physique de Telesius est une des productions les plus originales et les plus influentes de la Renaissance. Elle est reprise par Campanella (1568-1639), qui la compléta par une métaphysique et une politique '). L'être, comme tel, comporte trois « primautés » (primalitates) qui sont son essence même (essentiaUir) : le pouvoir par lequel il peut être et agir (potentia), le savoir qui le révèle à lui-même (sapientia)^ l'amour qui l'incline à vouloir son bien (avior). Inversement, le non-être pur comporte Vimpote?itia, Xmsipieniia, Vodium. Dieu seul est Etre pur et possède à un degré infini les primautés réelles. Toute créature, distincte de lui, est un mélange d'être et de non-être (traces de la scolastique) ; elle possède les primautés essentielles dans la mesure même où elle a la réalité en partage. Déjà Telesius attribuait aux forces physiques le pouvoir de sentir. Campanella donne à ce panpsychisme cosmique, une portée métaphysique.

La Politique de Campanella est basée sur l'amour de l'homme pour lui-même et pour la société, qui n'est que le prolongement de lui-même. Son Civitas solis, comme YUtopia de Morus qui ne laissa pas de l'influencer, est la description fantaisiste d'un état idéal, où la liberté individuelle est réglementée dans les moindres détails pour le bien de la communauté.

•) Parmi ses'très nombreux ouvrages, réédités en 1854 par A. d'Ancona, citons : Prodromus philosophiae instaurandae. Realis philosopjuae partes quatuor, Philosophiae rationalis partes quinquc. Univer salis philosophiae seu vietaphysicarum rerum juxta propria principia partes très. - J. KvaCala, Thomas Campanella. Ein Reformer d. ausgehenden Renaissance (Stud. z. Gesch. d. Theol. u Kirche éd. Bonwetsch et Seeberg, fasc.6); A. Gozdek, Campanellas MetaphysikCùi%%^xx^x.), Posen, 1909.

LE NATURALISME PANTHEISTE.

On achèvera de caractériser Campanella, en disant qu'il caresse avec prédilection les chimères de l'astrologie et de la magie. Par elles il cherche à pénétrer les antipathies et les sympathies intimes des choses et le rôle cosmique de l'âme du monde, - - cette grande pourvoyeuse commise par Dieu à l'ordre de l'univers. Les sciences secrètes apparaissent dominatrices dans le naturalisme de Paracelsus et de Cardanus.

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