Le naturalisme et les sciences secrètes. — Ils
sont presque tous médecins, les naturalistes qui veulent substituer à l'ancienne physique une philosophie nouvelle, basée à la fois sur l'observation et sur les données de la cabale, de l'astrologie, de la magie, de l'alchimie.
Paracelsus de Hohenheim (i493-i540 ouvre la série de ces médecins novateurs, par une suite d'ouvrages écrits en allemand, et traduits en latin par ses élèves. Citons \Opits paramirum, Die grosse Wimdarziiei, De natiira rerum. Il veut échafauder la médecine sur quatre piliers : la théologie, la philosophie, l'astrologie et l'alchimie.
On retrouve la même fusion de doctrines cabalistiques, alchimiques, magiques et astrologiques chez un autre médecin célèbre, qui arrive à des conclusions analogues à celles de Paracelsus, sans paraître avoir connu ses travaux, l'italien Hieronymus Cardanus (1501-1576), auteur de trmtés de varietate rentm, de subtilitate.
45g. Le naturalisme panthéiste. — De toutes les con-.
ceptions qui mettent en relief \ optimisme esthétique de la nature, le panthéisme est la plus séductrice. Le cosmos déifié est doué d'une vie unique, et pour expliquer les palpitadons de ce colossal organisme, on recourt à l'anthique hypothèse de l'âme du monde. Patritius (Patrizzi, 1529-1597) se rattache à la série des platoniciens de la Renaissance et apparaît comme un des plus acharnés détracteurs d'Aristote. Mais le platonisme, ou plutôt le néo-platonisme dont il poursuit le triomphe, est principalement une théorie explicative de la nature. Accusant la scolastique de desservir la foi catholique, il alla jusqu'à prier Grégoire XIV
d'imposer à la chrétienté la synthèse nouvelle dont il était Tauteur. Le principal ouvrage de Patritius (Nova de imiversis philosophia) est divisé en quatre parties : Panaugia, Panarchia, Panpsychia, Paiicosjnia, étudiant respectivement la lumière, les premiers principes, la vie et l'ordre cosmique. L'Un absolu, imomnia, seule réalité et bonté suprême, produit au dedans de lui la Ste-Trinité, au dehors, le monde invisible et visible. U anima imindi est une des étapes de ce processus d'émanation et de déchéance (Plotin). La création n a plus de sens, puisque la créature est un prolongement de l'être du Créateur. C'est l'âme du monde, qui communique la vie et le mouvement aux êtres de la nature, y compris l'homme. Patritius explique tous les phénomènes physiques par une théorie de la lumière (Panaugia) qui rappelle celle de Telesius.
GiORDANO Bruno (1548- 1600) est un autre fervent du panthéisme. Auteur de nombreux écrits latins et italiens (les principaux sont les Dialoghi délia causa, principio ed uno ; degli eroici furori ; delV infmito, imiverso e dei mondi)^ Bruno se réclame de Raymond Lullus et surtout de Nicolas de Cuse.
L'immanence adéquate de Dieu dans le monde est le théorème fondamental de la philosophie de Bruno. Dieu est la compiicatio omnium, la coijicidentia oppositorum (436), et le flot continu des phénomènes n'est que Yexplicatio à\me force moniste éternelle, invariable dans sa substance, ovmibus praesentissimus. Les «accidents» de cette substance naissent d'une matière originelle unique, fonds passif de toute possibilité. Une forme unique — l'âme du monde — intelligence universelle et principe actif de toute possibilité,*vivifie cette matière (cause formelle) et produit par la diversification de sa plasticité interne (cause efficiente) les êtres de l'univers. Au fond, la matière originelle et la forme primitive se compénètrent, car elles n'expriment qu'un double aspect de la réalité. Au même titre que la forme, la matière est Dieu, ainsi que le soutenait David de Dinant (p. 249), dont Bruno invoque le témoignage. Cause formelle et cause efficiente, l'âme du monde est aussi cause finale : la fin de ses évolutions qu'elle