THOMAS MORUS
accomplit consciemment, est la réalisation du meilleur des mondes possibles. Tout est beau dans la nature, parce que tout y vit d'une
vie divine.
Bruno explique par le menu comment cette âme du monde, identique à Dieu, vient à se répandre dans la nature. Sa physique est tributaire de Telesius; sa cosmographie met à profit les découvertes de Copernic. Quant à la psychologie, elle occupe une place' réduite dans le système. L'homme n'est plus le point de convergence du monde, pas plus que la terre n'est le centre d'un univers infiniment élargi. Son âme comme son corps est un effluve divin, et, si elle est immortelle, c'est pour s'unir, après chaque dissolution, à de nouveaux composés matériels. 11 va sans dire que la Hberté s'évanouit dans ce dynamisme du devenir divin. La connaissance humaine est modelée sur la théorie générale du monde, et, à son stade le plus parfait, le mens perçoit le monisme que nous venons d'esquisser.
Dans ses écrits latins, Bruno aurait atténué ce panthéisme, sans cependant renoncer à ces principes fondamentaux.
§ 7. — La philosophie du droit naturel et social.
460. Thomas Morus. — L'éveil des nationalités, l'étude des formes politiques de Rome et de la Grèce, le souffle d'indépendance qui agite les États, grands et petits, donnent l'essor à une philosophie du droit public basée sur l'étude de l'homme. L'initiateur de ces théories nouvelles est l'anglais Thomas MooRE (Morus, 1480-1535). Son ouvrage sensationnel. De optimo rei publicae statu sive de nova insula Utopia, écrit avant l'introduction de la Réforme en Angleterre, le rattache au platonisme italien, et renferme en réalité deux parties. La première contient le plan d'un État idéal, organisé suivant les conceptions de la République de Platon. Mais où il reflète exactement les aspirations de son siècle, c'est quand il aborde un second ordre de recherches, plus pradques, et jusrifie l'indépendance de l'Église et de l'État, et l'indifférence de l'État vis-à-vis des Eglises.
Ces principes sont supérieurement exposés et synthétisés par Hugo Grotius.
461. Hugo Grotius. — Né en Hollande, dans un pays où les guerres de religion avaient conduit à l'indifférence religieuse, Hugo de Groot (Grotius, 1583-1645, de jure belli et pacis) peut être considéré comme le législateur du droit naturel et social de la Renaissance.
Le droit de nature (jus 7iaturale), qui revient à l'individu, est l'ensemble des droits imprescriptibles que découvre l'étude ratio7inelle de la nature humaine. Le caractère fondamental de la nature est la sociabilité^ innée et instinctive.
L'origine de la société est le contrat social, ou la libre volonté des individus qui, dans l'unique but de mieux sauvegarder leur droit, vivent en commun. L'État n'existe donc que par Qt pour l'individu. C'est la proclamation de l'origine /z/^w^/;2^ de la société et de l'Etat, à l'encontre de la théorie scolastique de l'origine divine (273).
Le peuple délègue sa souveraineté, et cette délégation irrévocable pour les uns, est révocable pour les autres (germe de la théorie de la révolution).
Entre le droit humain, rationnel, et le droit divin, révélé, il existe une cloison étanche. L'indifférentisme religieux de l'État et la tolérance sont des corollaires de la séparation de l'Église et de l'Etat, ce qui n'empêcha pas Grotius de croire personnellement à la révélation chrétienne.
Les questions relatives au droit naturel et social acquirent un mtérêt grandissant. On verra plus loin comment les scolastiques (476) et les protestants (464) les rattachent à leurs conceptions théologico-philosophiques.
§ S- — La philosophie et la mystique protestantes.
46a. Notions générales. - Les discussions théologiques que provoqua la Réforme eurent leur répercussion sur la philosophie. Le principe directif de la théologie protestante est l'interprétation individuelle des Écritures et du