LE SCEPTICISME
qui détermina directement les théories de la séparation de l'Église et de l'État, de l'indifférence et de la tolérance de l'État en matière religieuse.
467. Principaux représentants. - Déjà à la cour de Frédéric II, on avait soutenu l'identité des grandes religions (p. 471). Erasme propagea la thèse que la doctrine purifiée du Christ est identique à la religion de Platon, de Cicéron,de Sénèque. Au nom du platonisme, Gemistos Plethon (446) ; au nom de l'hébraïsme, Reuchlin ; au nom de la philologie, Konrad Mudt (Mutianus Rufus) et les humanistes d'Erfurt, se firent les prosélytes d'un christianisme primitif et intégral qui se confond avec le théisme. En Hollande, plus particulièrement éprouvée par les guerres religieuses, Coornhert (né en 1522) parla un des premiers de paix religieuse et de réduction des dogmatiques opposées à des éléments communs. Cette idée recueillit de nombreux suffrages. Thomas MoRUS s'y rallie, Hugo Grotius l'accentue; plus tard, Herbert de Cher- BURY la développe, et la philosophie moderne en fait un de ses thèmes favoris
8 10. — Le scepticisme.
468. Caractère général. — Les contradictions nombreuses sur le terrain religieux, philosophique et scientifique ont engendré chez d'aucuns une défiance vis-à-vis de la raison : le scepticisme de la Renaissance n'est pas une critique absolue de la certitude, mais une démonstration de l'insuffisance des systèmes existants. Il sert de transition entre le moyen âge et la philosophie moderne. Ce caractère relatif lui donne de nombreuses analogies avec la sophistique grecque (11) ; l'une et l'autre sont un acheminement vers des spéculations
nouvelles.
Parmi les sceptiques de la Renaissance, le plus connu est Michel de Montaigne (1533- 1592), dont les Essais ne sont, au point de vue philosophique, qu'un décalque du pyrrhonisme antique. L'auteur se retranche dans le doute, et borne l'objet de ses recherches à l'étude du moi. Son mot : « c'est moi que je peins » traduit la connaissance nouvelle qu'il veut opposer aux philosophies contemporaines. - Charron (1541-1603), dans son traité de la Sagesse, marche sur les pas de Montaigne, tout en s'inspirant de Sénèque ; il admet une certitude pratique, base de la vie morale, et retombe ainsi en plein dogmatisme. - Il en est de même du médecin portugais Sanchez (1562-1632). Il ne démontre l'impuissance des doctrines établies que pour conclure à la nécessité d'un empirisme nouveau, qu'il est d'ailleurs incapable de construire.
La banqueroute des systèmes de la Renaissance explique le rapide avènement des idées de Descartes et de François Bacon.
LES PHILOSOPHIES SCOL ASTIQUES.