CHAPITRE TROISIÈME
LES PHILOSOPHIES SCOLASTIQUES
§ 1- — Notions générales.
469. Caractères généraux— I. Vinsn/fisance des scolasligues va croissant, et se révèle par les phénomènes déjà relevés à la période précédente. Les partis philosophiques se perpétuent mais perdent leur signification primitive. Dans les corporations religieuses, dans les universités, dans les collèges mêmes nés au sein des universités, on continue d'imposer l'hégémonie officielle d'un des grands chefs d'école, et le choix de ce maître n'est pas toujours déterminé par des considérants d'ordre scientifique '). On comprendra ce que sont ces querelles de coterie, si l'on songe que divers endroits voient se constituer, comme factions antagonistes, un parti de thomistes et un parti d'albertistes '),
Ce reproche d'insuffisance ne peut être généralisé. Il y eut toujours, aux xvp s. et xvip s., des interprètes personnels du thomisme, du scotisme, et de l'occamisme. D'autre part, le XVF s. vit surgir une scolastique nouvelle qui eut de l'éclat et de l'originalité. V ignorance de la doctrine scolastique, et les abus que cette ignorance entraîne, suivent une marche progressive, et atteignent le comble à la ^n du xvir s. et au xviip s., chez les professeurs d'Université, représentants officiels de l'aristotélisme. Certains manuels de ce temps parlent encore de matière et de forme, mais plus d'un représente leur union comme celle de l'homme et de la femme qui se courtisent, s'épousent et divorcent pour contracter
•) A Bàle, en 1464, il y a quatre professeurs terministes (via modernorum) et trois antiterministes ou réalistes r^^/Vi.z^//^/,^;,. à Fribourg en Brisgau l'enseignement est terministe de 1456 à 1484. puis on y admet des réalistes sur l'ordre de 1 archiduc Sigismond. De même, le terminisme est imposé aux universités naissantes de Tubingue (,477), d'ingolstadt (1472), etc. Praxtl, IV, ,90 ) A Cologne, p. ex., où le collège Saint-Laurent défend les idées d'Albert le Grand contre le collège de la Montagne, qui professe le thomisme
de nouvelles unions. La valeur verbale que reçoit la théorie des puissances justifie le persiflage de Molière et ses plaisanteries sur la valeur dormitive de l'opium. De même, les déformations qu'on fait subir aux «espèces intentionnelles» sont critiquées avec raison par Malebranche et Arnauld.
IL Dans leur attitude vis-à-vis de leurs adversaires les scolastiques manquent d'énergie. Attaqués dans leurs positions par les systèmes coalisés de la Renaissance, ils se défendent mal, et commettent la double faute de se désintéresser de la philosophie contemporaine et du progrès des sciences. François Bacon leur en fait le reproche, en termes d'ailleurs exagérés : « Historiam vero et naturae et temporis raaxima ex parte ignorantes » '). Ne pas se défendre est
s'avouer vaincu.
10 Les scolastiques se désintéressent de la philosophie contemporaine, ou bien ne font pas valoir contre elle les parties vitales de leur propre doctrine. Quelques-uns font droit aux plaintes des humanistes, notamment les représentants de la scolastique espagnole ; mais la masse ne remonte pas le courant. Loin de combattre les systèmes de la Renaissance, les scolastiques de cette période — à part quelques exceptions — ne les connaissent même pas ; ils ne se préoccupent pas des critiques dont ils sont l'objet, et s'enferment dans leur tour d'ivoire. Il eût été facile cependant de mener campagne contre les philosophies boiteuses du xv^ et du XVP s., infiniment moins robustes que l'averroïsme du xiiP s. Quand le cartésianisme parut, les scolastiques acceptèrent la lutte, mais ne surent pas tirer parti des ressources doctrinales de leur philosophie.
■ 2° Les scolastiques se tiennent à l'écart des progrès des sciences. Or, ici aussi des révolutions profondes s'opèrent, des synthèses nouvelles s'édifient qui ruinent la science médiévale. Élaborées en dehors de la scolastique, ces synthèses se sont retournées contre
elle (§ 7).