‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 196 sur 223 · FRANÇOIS DE VITTORIA · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE VITTORIA

Cajetan ont reçu de nombreuses édit. spéciales à Venise (1506,1587, 1599 etc.), Rome, Paris, Bologne et nous renonçons à les citer. Plus nombreuses encore sont les édit. des comment, de la Somme, soit seuls, soit joints à la Somme. Ils sont joints à la récente édit. romaine de la Somme (n*> 326). Il n'y a pas d'édit. complète des œuvres de Cajetan. Deux collect. partielles, mais qui se complètent, à Anvers 1612, et Lyon 1541. V. le détail des édit. ds un art. du Dict. de théol. cath. (au mot Cajetan, 1904) de Mandonnet. — Édit. des trois traités de B. de Spina en 15 18. — Coulon, Le mouvement thomiste au XVII I^ s., (R. Thomiste, 1911 et 1912).

§ 3. — La SCO las tique espagnole.

474. Notions générales. — Le xvi* s. est témoin d'une éclatante restauration de la théologie et de la philosophie scolastiques. Le mouvement théologique, qui fut le principal, naît d'une réaction contre la Réforme ; il sort des délibérations du concile de Trente (1563) et s'inspire de l'œuvre théologique de S. Thomas, proclamé docteur de l'Eglise par Pie V en 1567. Ce sont les hérésies qui guident la théologie dans le choix des questions sur lesquelles elle reporte ses prédilections.

La restauration philosophique, qui se développe parallèlement à la restauration théologique, se caractérise d'abord par un retour aux grandes systématisations du XII P s., et principalement au thomisme. On fait l'inventaire du grand patrimoine scolastique ; on rassemble et on classe les théories et les arguments pour les soumettre à une minutieuse critique. D'autre part les doctrines organiques (249-274) reçoivent une interprétation originale y et des théories nouvelles se font jour. Pour ces diverses raisons^ la scolastique espagnole est un mouvement d'idées autonome, et on ne pourrait considérer ses représentants comme de simples commentateurs, même si on rencontre chez eux des déclarations en ce sens. — On trouve aussi chez certains d'entre eux X influence des préoccupations nouvelles de la Renaissance, mais elle est limitée aux idées politiques et sociales. — Enfin les scolastiques espagnols remettent en honneur la langue pure et claire y la didactique sobre et précise du thomisme, et font leur profit des critiques dirigées par l'humanisme contre leurs contemporains et leurs devanciers.

La restauration philosophique du xvi^ s. a son centre en Espagne et en Portugal, mais elle a des ramifications en Italie. Elle prend son point de départ à Salamanque, et plus encore à Alcala où le Cardinal Ximénès fonda une université en 1499 et imprima aux études philosophiques un vigoureux essor. L'université de Coïmbre (fondée en 1308) suivit. De là le nom de scolastique espagnole du xvi^ s. pour désigner l'ensemble du mouvement. Dans toutes ces universités il y avait des chaires thomistes, scotistes, occamistes. Beaucoup de ces maîtres, avant d'enseigner dans leur patrie, s'étaient initiés à la scolastique à Paris, qui attirait une pléiade d'espagnols et de portugais. Les théologiens de Salamanque remplacent le Livre des Sentences par la S. Théologique de S. Thomas, comme on l'avait déjà fait à Leipzig et à Rostock, et cette innovation est imitée peu à peu par les autres universités. Les premiers travaux sont des gloses textuelles, à l'instar de celles de Cajetan et du Ferrarais; mais bientôt les vues s'élargissent, et le commentaire fait place à des exposés indépendants, à des traités systématiques, qui laissent le champ libre à l'agencement personnel des matières

étudiées.

La restauration espagnole s'opère au sein de l'ordre dominicain et plus encore dans l'ordre des Jésuites.

475. Dominicains. — A François de Vittoria (1480- 1546) revient l'honneur d'avoir imprimé, dans l'Université de Salamanque, où il enseigna de 1526 à 1544, une orientation nouvelle à la scolastique. Il l'avait étudiée à Paris, à l'école d'un homme de talent, le bruxellois Pierre Crockaert (p. 591)- F. de Vittoria ne veut pas seulement revenir aux plus pures doctrines du thomisme, mais encore dépouiller la scolastique de ses formes imparfaites et lui donner un vernis d'humanisme '). Il édita les commentaires de P. Crockaert sur la 2^ 2**^ de S. Thomas et fit lui-même divers opuscules théologiques, des commentaires sur la S. Theolog. et sur les L. des Sentences.

•) Il eut des sympathies pour Erasme, tout en le combattant, Cf. Getino, (Ciencia Tomista), nov. 1910, p. 179.

Vittoria fit école : de 1527 à 1530, Melcliior Canus, Martin de Ledesma, Andréas de Tudela, comptent parmi ses disciples immédiats. DoMiNicus de Soto (1494-1560), qui enseigna à ses côtés à Salamanque depuis 1532, le connut peut-être à Paris où il suivit, vers 15 12, les leçons du nominaliste Coronel (p. 604). Il fournit des indications précieuses sur les philosophies scolastiques en présence, les Noininales et les Reaies (thomistes et scotistes) '). 11 se plaint de la barbaries sophismatiim si préjudiciable à la philosophia scolastica '), mais au lieu de se retourner contre elle, comme le fit son compatriote Vives, il opéra un vigoureux retour aux grandes doctrines du xiii^ s. Le thomisme fait la base de sa philosophie, mais on trouve des influences terministes, notamment dans l'étude des problèmes de dynamique, mises à l'ordre du jour depuis Buridan et Albert de Saxe "). Outre de nombreux ouvrages de théologie, D. de Soto a écrit des commentaires sur l'Isagoge de Porphyre, sur la Physique et la dialectique d'Aristote, sur le de anbna, sur des parties de la S. Théolog. de S. Thomas.

Melchior Canus (1509- 15 60) formé à l'école de Vittoria et qui lui succéda à Salamanque (1546), après avoir enseigné d'abord à Alcala, est l'écrivain le plus châtié du groupe, et son ouvrage célèbre, de locis theologicis contient un plan complet de réforme théologique et philosophique. A. Bannez, qui lui reprochait ses élégances, il répondit que le livre visait des hérésies répandues dans les pays du Nord où son revêtement humaniste devait lui permettre d'y pénétrer '), Ehrle signale aussi des commentaires inédits de la Somme Théolog. de S. Thomas. Bartholomé Carranza, le collègue et le rival de Canus à Alcala, est surtout intéressant par des travaux théolo-

•) Notamment il juge inutile de distinguer trois écoles, le thomisme ne différant que peu du scotisme : « Neque adeo existima très vias hic distinguere... cum interS.Thomam et Scotum. .parum admodum différât» Comment /V/>-./^«^,^Venetiis, 1582, t. 2, Praef. - ') V. les te-xtes chez Ehrle, op, cit., p. 636.— ') DuHEM, Dominique de Soto etc., 1910, p. 284.— *) Ehrle, <?/ cit., 188;. p. 99.

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