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ÉCOLE STOÏCIENNE

certitude. Ni les uns ni les autres ne posent la question de la certitude sur son terrain propre, à savoir l'analyse de nos facultés de connaître ; ils en font une dépendance de la morale. Tandis que les sceptiques nient l'existence de connaissances certaines, parce qu'ils les croient superflues à leur éthique, les stoïciens l'affirment parce qu'ils, les croient nécessaires. Sans connaissances certaines, disent-ils, impossible de conformer sa conduite à des représentations vraies. Le besoin pratique est l'argument décisif contre le doute. Le critère de la certitude est purement subjectif. C'est la force de conviction (KoraXtiirTiKÔv) inhérente à une représentation, le pouvoir que possède une connaissance de provoquer notre adhésion invincible. Par une contradiction, cette force appartient non pas aux sensations, mais aux concepts (X^ktô) alors que la représentation générale, ne correspondant à rien de corporel, devrait être dépourvue de réalité (59, 1°).

Le déterminisme des actes humains n'est qu'une application du déterminisme cosmique. Les stoïciens font de vains efforts pour sauvegarder la liberté, en confondant l'acte libre avec l'acte

volontaire.

L'âme est une émanation de Dieu ou de l'âme du monde, un peu d'air chaud, un itveûna. Depuis longtemps, la physiologie et la médecine grecques expliquaient par l'air chaud (irveuna) les états normaux et anormaux des fonctions végétatives "). Les stoïciens ont renchéri sur cette conception, en confondant le uveÙMa avec l'âme elle-même, l'activité avec le principe d'activite. Cette idée dominante se reflète dans les théories sur Vorigme de l'âme, sur son siège, sur ses parties constitutives, sur sa vie future. L'âme de l'enfant est une particule de matière se détachant de l'âme des parents. L'âme à son siège dans la poitrine, où la respiration insuffle l'air chaud. De la poitnne aussi jaillit la parole, l'expression la plus immédiate de l'âme pensante. Avec l'air que le cœur projette dans l'organisme, l'âme

•) SiEBECK, Geschichie icr Psychologie. I. 2 (1884), p. î33 Cf p. 47. 1» itveûno chez Aristote.

se répand par tout le corps, et le compénètre (Kpàmç fei' ÔXiuv) Les stoïciens multiplient à plaisir les parties de l'âme. La raison néanmoins est la partie directrice (fiïenoviKÔv), principe du mot et de la personnalité. A la fin des temps, quand le monde sera consumé par le feu, les âmes humaines seront absorbées dans le nv€ûna divin. L'âme survit donc pendant quelque temps au corps. Cette survie est-elle le privilège des bons ou est-ce la destinée commune? les stoïciens ne sont pas d'accord sur ce point. La théorie de la survie est une entaille aux principes purs du matérialisme, nécessitée par les exigences morales.

6i. Morale stoïcienne. — L'homme a sur les autres êtres la supériorité de connaître les lois cosmiques auxquelles il obéit fatalement. Conformer notre vie à ces lois cosmiques, régler notre conduite sur notre nature éminemment intellectuelle, et faire de la rationalité le seul mobile d'action (ÔMoXorounévtuç rq <pO(T£i r^v), tel est le principe constitutif de la inoralité et de la vertu stoïciennes. Or, la subordination de nos actes à la raison réalise en même temps le bonheur, vers lequel tendent nos aspirations spontanées. Il s'ensuit que la vertu est le bien suprême et unique.

Dans sa notion positive, la vertu est une autodétermination de la volonté à agir en conformité avec nos connaissances vraies, abstraction faite de tout autre mobile de conduite. Elle a son fondement dans la science et son couronnement dans l'action. La vertu ne se confond pas avec la science (Socrate), mais elle la dépasse, car la spéculation n'a d'autre raison d'être que de servir de guide à la conduite. En même temps qu'il se replie sur lui-même, le sage professe une indifférence absolue pour tout mobile qui n'a pas sa source dans la raison. Cette quiétude apathique de l'âme, qui n'ouvre point ses portes aux troubles du monde extérieur, est l'élément négatif de la vertu stoïcienne.

De même que la vertu est le seul bien, le vice, ou le vouloir contraire à la raison, est le seul mal. Entre les deux existe une mcompatibilité essentielle que le stoïcisme accentue outre mesure. Bien et mal ont une valeur absolue ; ils sont ou ne

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