‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 28 sur 223 · ÉCOLE STOÏCIENNE · texte numérisé non relu

ÉCOLE STOÏCIENNE

sont pas, et ne comportent pas de degrés. Comme ils sont ce qu'ils sont par eux-mêmes, il suit que sous aucun rapport l'un ne peut devenir l'autre. A cette séparation rigoureuse les stoïciens rattachent une démarcation radicale entre les bons et les méchants ; le passage du mal au bien est instantané.

Toute chose qui n'est ni bien en soi, ni mal en soi n'a pas de rapport avec la morale ; elle est indifférente (àbidcpopov) à la vertu, et dès lors indigne du sage. Sans doute les austères moralistes du portique reprochaient à Aristote de faire des biens extérieurs un élément de la félicité (53), mais ils réservaient pour Épicure leurs plus véhémentes attaques (64). Le plaisir est, selon eux, un indifférent moral ; il peut être la conséquence, non le mobile de nos actions.

La vertu est obligatoire, parce qu'elle a une signification cosmique : elle est la forme de l'activité naturelle de l'homme. Or, la soumission de l'activité des êtres aux lois cosmiques est fatale et nécessaire. L'esprit général de la morale des stoïciens les porte à amoindrir la valeur de la personnalité humaine.

Comme l'homme n'est pas pure intelligence, il porte en son sein, outre une tendance rationnelle, des mouvements irrationnels' ou des passions (itdOn). La passion est un emportement désordonné de la raison vers des choses irrationnelles. Elle a son point de départ dans une représentation fausse et s'achève dans un vouloir consécutif. Comme telle, elle dépend de notre volonté, et partant de notre liberté (60). Toute passion est mauvaise, elle est une maladie psychique (contre Aristote). Le sage, maître de lui-même, résiste à ses passions, travaille à les extirper de son âme ; il devient apathique, c'est à-dire sans passions

(dnâeeia) ').

La philosophie stoïcienne accuse une intime compénétration de la vie pratique et de la vie théorique, et complète l'un par l'autre, les systèmes qu'il renouvelle.

•) Les plus ardents apôtres du stoïcisme ont été obligés d'atténuer, dans la pratique, l'austère intransigeance de sa morale. Après avoir defim la vertu les stoïciens décrivent volontiers les vertus particulières, notamment la justice, l'amour du prochain et l'amitié.

62. Ecole épicurienne. — Après avoir été élevé daus la philosophie de Démocrite et de Platon, Épicure (342/41-270) ouvrit lui-même à Athènes, en 306, une école de philosophie, dont la popularité alla grandissante. Jamais disciples ne se tinrent plus scrupuleusement à la doctrine de leur maître. Bien qu'il étende son empire sur un espace de plus de six siècles, l'épicurisme est resté ûgé dans la forme qu'il reçut de son fondateur. A partir du ir siècle av. J.-C, l'épicurisme se propagea parallèlement dans le monde grec et romain. Le poète Lucrèce (94-54) est disciple d'ÉpicuRE. Encore florissante au m" s. av. J.-C, l'école s'effondra au iv' siècle, mais plusieurs de ses théories survécurent à cette ruine, et le moyen âge en recueillit les fragments.

Epicure accentue la portée exclusivement pratique de la philosophie, — son but essentiel est de nous aider à réaliser le

bonheur par l'intermédiaire du discours et de la pensée, et

il pousse à l'extrême la subordination de tout autre savoir cette conception morale de la philosophie études de la nature ').

63. Physique épicurienne. — Montrer que tout dans la nature est régi par des forces naturelles générales, que la finalité n'y tient aucune place, que par conséquent l'homme peut déposer toute crainte d'une intervention de la divinité, tel est l'unique raison d'être de la physique.

Epicure explique le monde sensible par les principes du mécanisme de Démocrite (10) : il n'existe que des atomes matériels, homogènes, infinis en nombre. Sous l'action de leur pesanteur, ils sont mis en mouvement dans le vide infini. Tandis que pour Démocrite, les atomes s'entrechoquent dans leur chute, produisant ainsi des mouvement tourbillonnaires, pour Épicure ils tombent tous avec la même vitesse suivant une droite, et sans se toucher, dans le vide qui ne peut leur opposer aucune résistance. Toutefois, mû

•) Épicure admet la division, devenue habituelle, de la philosophie en logique (qu'il appelle canoniqtie), physique et morale. C'est incidemment qu'il aborde les questions de logique formelle, auxquelles, contrairement aux stoïciens, il n'attache pour ainsi dire aucune importance.

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