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ÉCOLE ÉPICURIENNE

par des considérations morales, Épicure donne aux atomes un pouvoir discrétionnaire de déclinaison (le clinamen de Lucrèce), grâce auquel ils peuvent dévier un peu de la droite : le jeu naturel de ces mouvements atomiques, indépendants de la pesanteur, engendre des chocs et des tourbillons.

L'accumulation des atomes, sous l'action de la pesanteur, donne naissance aux mondes, séparés entre eux par le vide. La configuration diverse des actions explique l'apparition des divers éléments, notamment de la terre, d'où naissent les plantes, les animaux et les hommes.

64. Application à la psychologie. — Toute connaissance est sensation, et celle-ci doit son origine aux émanations atomiques (10). La répétition de sensations engendre le concept ou l'image générale (TTpôXnu^iç) qui se fixe dans le souvenir. Nous allons du connu à l'inconnu par l'opinion (bô£a), qui n'est qu'un jugement ou un raisonnement sur des sensations.

Comme les stoïciens, Épicure fonde l'existence de la certitude sur des considérations morales. Par le fait même qu'elle existe, une sensation est vraie, conforme à son objet. Car son objet n'est pas la chose extérieure, mais l'image que la chose produit en nous. Dans la critériologie d'Épicure, les erreurs des sens n'existent plus. L'erreur surgit quand, par le jugement, nous attribuons aux choses mêmes ce qui n'est vrai que de leurs images en nous. Cette théorie conduit logiquement au subjectivisme de Protagoras (il). Dans la pratique cependant, Épicure admettait que nos perceptions ne s'appliquent pas seulement aux choses représentées, mais aux choses en elles-mêmes. Le concept a la même valeur de certitude que la sensation. Quant à l'opinion, elle est vraie ou fausse, d'après qu'elle est ou non confirmée par

l'expérience.

Le vouloir est un mouvement mécanique de l'âme sur lequel Épicure ne s'explique pas. Toute son attention est absorbée par le problème de la liberté. Autant les stoïciens, pour qui la moralité consiste dans la soumission de l'homme aux lois cosmiques, insistent sur le déterminisme psychologique, autant les

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épicuriens, qui cherchent le bonheur dans l'individualisme et l'indépendance absolue de l'homme, appuient sur la liberté. C'est pour sauvegarder, dans son mécanisme outré, la possibilité d'un acte libre, qu'Epicure attribue aux atomes un pouvoir quasi-volontaire de dévier de la droite. La logique l'obligerait à reconnaître à chaque atome la liberté dont il réserve si jalousement le monopole à être humain.

L'âme est corporelle. Les atomes qui la composent sont les plus légers et les plus mobiles : elle résulte d'un mélange d'atomes de feu, d'air, de TTveujua et d'un autre élément infiniment mobile. Elle se répand par tout le corps, mais la partie intellectuelle reste dominante. L'âme naît avec le corps ; à la mort, elle se disperse dans l'éther : pensée rassurante, car la mort est la fin de toutes les sensations douloureuses !

65. Morale épicurienne. — Tandis que le stoïcisme fait fléchir l'inclination personnelle devant la loi cosmique, l'épicurisme place le pivot de la morale dans le bien-être égoïste. Le plaisir individuel est le bien supèrme, — et il faut entendre par là non seulement la somme des plaisirs et principalement des plaisirs sensibles, mais le plaisir harmonieux de l'être. Ce plaisir réside bien plus dans la quiétude et l'absence de douleur (jouissance négative si l'on peut dire), que dans un assouvissement positif de l'âme. Et comme les douleurs psychiques sont plus destructives du repos que les douleurs physiques, Épicure fait de l'intelligence l'arbitre suprême du plaisir. C'est par la raison que nous chassons les troublantes suggestions des préjugés. Dans le bonheur épicurien, le plaisir sensible n'est pas, comme dans le bonheur stoïcien, frappé d'ostracisme ; il est le plaisir primordial, mais la raison le tempère. Cette pondération du plaisir par le jugement est l'essence même de la vertu ').

Le stoïcisme et l'épicurisme diffèrent dans leurs principes, mais aboutissent à une même définition du bonheur. Partis de

•) Comme Zenon, Épicure donne une place d'honneur à l'amitié, mais voit dans les charges familiales et politiques une entrave à la jouissance.

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