‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 30 sur 223 · ÉCOLE ÉPICURIENNE · texte numérisé non relu

ÉCOLE ÉPICURIENNE

doctrines opposées, Épicure et Zenon en arrivent donc à dépeindre l'ataraxie du sage, à peu près sous les mêmes couleurs. Et comme ce terme final seul importe, on ne tarda pas à conclure que le savoir spéculatif est inutile pour être heureux. Ce fut la conclusion à laquelle se rallièrent les sceptiques.

66. Les écoles sceptiques des iii« et ii« s. assignent comme but unique à la philosophie la recherche du bonheur, et le bonheur est pour eux, comme pour les stoïciens et les épicuriens, le repos de l'âme, Vaturaxie. S'ils nient la possibilité de la connaissance certaine, c'est parce qu'à leurs yeux la certitude spéculative n'est pas indispensable au bonheur.

On connaît trois écoles sceptiques pendant cette période : i» féco/d pyrrhonienne, fondée par Pyrrhon d'Elis (vers 360-270) et qui n'eut ni durée ni influence. — 2° La seconde Académie ou Académie moyenne, instituée par Arcésilas de Pitane (315-240) qui orienta l'ancienne école platonicienne vers le sceptisme et conclut comme Pyrrhon : que la certitude étant illusoire, ViuoXr\ ou la suspension de l'exercice des facultés cognitives est la seule attitude légitime du sage. — 3° La troisième ou la nouvelle Académie, instituée un siècle plus tard par Carnéade de Cyrène (213-129), qui développa le scepticisme de l'académie, et accumula les objections contre le dogmatisme en général et le stoïcisme en particulier. A la suite d'Arcésilas, Carnéade cherche dans la probabilité et la vraisemblance de certaines représentations le ressort suffisant, mais indispensable, de la conduite.

67. École péripatéticienne. — Née de l'enseignement d'Aristote, cette école s'occupa, pendant deux siècles, de logique, de morale et de physique Elle accentua de plus en plus le naturalisme, si bien que Straton de 1 ampsaque (t 270) identifie Dieu avec la q)ûaiç et nie la finalité. L'orientation que prendra l'école à partir du i"''" s av J -C , est historiquement plus importante (73).

68. L'éclectisme. (Seconde moitié du ii^ s. av. J.-C, jusqu'au ni* s. ap. J.-C.) — Le stoïcisme, l'épicurisme, le scepticisme s'inspirent, en dernière analyse, d'une idée commune : la prédominance de la morale. Se développant parallèlement dans un même centre, Athènes, il était naturel qu'ils vinssent à déteindre l'un sur l'autre. L'éclectisme est, à d'autres, égards, le résultat du scepticisme. Les sceptiques, en effet, ne s'étaient pas bornés, au doute négatif ; ils avaient été conduits, par les besoins de la pratique, à une théorie de la vraisemblance qui se rapproche du dogmatisme. Mais cette vraisemblance, selon les sceptiques, appartenait indifféremment aux divers

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l'Éclectisme.

systèmes en présence, chacun d'eux suffisant à engendrer une conviction subjective, base d'élan de notre conduite. De fait, c'est chez les successeurs de Carnéade, qu'on trouve les premières manifestations de l'éclectisme caractérisé. — Un événement extérieur facilita son avènement : la conquête de la Grèce par les Romains (146). Les vaincus imposèrent aux vainqueurs leur philosophie, leur science et leur éducation ; mais ils furent obligés de respecter les tendances foncières du génie romain. Or, ce que les Romains "demandaient à la philosophie, c'étaient avant tout des avantages pratiques, des préceptes sur la morale, sur l'initiation à l'art de bien dire et de bien gouverner. Les théories spéculatives, auxquelles se rattachaient ces préceptes, attiraient moins leur attention, et ils adoptaient l'une ou l'autre indifféremment.

L'éclectisme de cette période subordonne le choix de ses théories à leur convergence vers le but de la vie pratique ; et le critère suprême de ce rapport de convergence est la co?2Scie?ice iînmédiate, la co7îvictio7i i?islinclive que 7îous en avo7is, i7idépe7i' dam77ie7it de toute autre co7isidératio7i, telle que l'objectivité réelle de la C07i7iaissa7ice. Une voix i7itérieure se fait entendre, et ses indications sont des ordres qu'on ne discute pas. C'est le subjectivisme : ici encore l'éclectisme rappelle le scepticisme.

L'éclectisme remplit un siècle et demi avant J.-C. et les trois premiers siècles après J.-C. On peut diviser les systèmes philosophiques de cette période a potiori^ d'après les écoles auxquelles ils se rattachent le plus étroitement. Car en dépit des infiltrations réciproques des quatre doctrines postaristotéliciennes, chacune de celles ci conversa son individualité distincte, et traça un sillon bien marqué. On vit même, sous l'Empire, les écoles platonicienne et aristotélicienne affirmer plus énergiquement leur spécificité initiale, par une étude approfondie des œuvres de leurs fondateurs. En outre, des cours publics de philosophie furent érigés, et Marc-Aurèle consacra officiellement la distinction des quatre écoles en leur attribuant des chaires spéciales à Athènes (176 ap. J.-C). Mais il ne s'agissait pas de remontrer le passé ;

d'irrésistibles impulsions inclinaient, dans le même sens, pour les mêler, des mouvements partis de points différents. . Négligeant l'éclectisme de l'école épicurienne où se perpétuent presque intactes les doctrines du maître, étudions la forme stoïcienne, platonicienne et péripatéticienne de l'éclectisme. 69. Eclectisme stoïcien. Sénèque. — Dès le premier siècle av. J.-C, le stoïcisme fait un large accueil aux doctrines étrangères. Ses études se cantonnent de plus en plus dans la morale, mais des théories nouvelles, plus conformes aux exigences réelles de la vie, amendent l'austère et décevante doctrine des premiers disciples de Zenon. Ces tendances, qui s'étaient déjà fait jour chez Panaetius de Rhodes, le fondateur du stoïcisme romain (vers 1 85-1 11), et son disciple Posidonius, s'accentuent chez Sénèque, Épictète et Marc-Aurèle, les représentants attitrés du stoïcisme sous l'Empire romain.

SÉNÈQUE naquit dans les premières années de l'ère chrétienne et mourut en 65, par ordre de Néron dont il avait été longtemps le conseiller.

Il ne tient point en estime la logique des stoïciens ; et s'il ne contredit pas aux thèses fondamentales de la physique, il s'attache de préférence à mettre en valeur ses applications à la morale. Ainsi, tout en souscrivant au panthéisme matérialiste, il insiste §ur le rôle providentiel de Dieu (59) et sur la survie de l'âme. Il se complaît à commenter tantôt la matérialité et la divinité de l'âme, émanation du 7Tveù|Lia divin, tantôt l'opposition du moral et du physique. Finalement le dualisme anthropologique l'emporte chez le moraliste romain, et l'homme lui apparaît comme un composé de deux éléments hétérogènes, l'âme et le corps, dont la lutte est incessante et irréductible. La psychologie de Sénèque est un alliage de stoïcisme et de platonisme, auquel ses doutes sur la nature intime de l'âme et sur sa destinée viennent donner une teinte de scepticisme.

La morale porte l'empreinte du puritanisme le plus rigoureux. Mais Sénèque est trop convaincu de l'imperfection humaine pour ne pas accommoder aux besoins de son temps les préceptes impra-

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ticables de l'aiicien stoïcisme. Tout en vantant l'autarchie du sage, il lui permet la jouissance des biens extérieurs (p. 59, n. i), au nom même de ces tendances imparfaites du corps, dont la domination impérieuse trahit le caractère naturel. Sénèque vante le cosmopolitisme des sentiments humains, paraphrase l'amour du prochain, et parle des misères de la vie et de la nécessité d'un au-delà en termes magnifiques.

70. Éclectisme de r Académie. Cicéron —L'Académie est le foyer où s'est accomplie la fusion la plus complète des doctrines philosophiques en présence. L'éclectisme de l'Académie au r' s. av. J.-C. revêt sa forme spécifique dans la philosophie de Philon de Larissa (mort vers 80 av. J.-C), fondateur de la quatrième Académie, d'ANTlOCHUS (mort en 68 av. J.-C), et de Cicéron, leur plus célèbre disciple, Antiochus achève le retour de l'école platonicienne vers le dogmatisme, fait volte-face à Carnéade, se réclame à la fois de Platon, d'Aristote et de Zenon, et tient que tous les systèmes dogmatiques de ses prédécesseurs n'ont fait qu'exprimer sous des formes diverses les

mêmes vérités.

Cet éclectisme entier, se retrouve chez Cicéron (106-43). Bien qu'il se réclame de préférence de la nouvelle Académie, il aborde tous les systèmes de son temps et tous trouvent accueil dans son esprit avide d'assimilations. Parmi les nombreux ouvrages où sont disséminées les idées philosophiques de Cicéron, citons les de officiis, de republicay de legibus, de finibus bonomm et malorum, de natura deonim. Il brille moins par l'originalité des idées que par un remarquable talent d'adapter les idées grecques au milieu romain.

Parti du scepticisine théorique, qu'il fonde sur le désaccord auquel aboutissent les philosophies dans la solution des plus importants problèmes, Cicéron le conduit de pair avec un dogînatisme pratique. Dans toutes les questions morales, objectif principiel de la philosophie, et dans toutes celles qui ont leur contrecoup sur la morale, nous nous basons sur une conviction positive qui, sans être une certitude absolue, dépasse de loin la

SENEOUE. CICERON.

vraisemblance telle que l'entendait Carnéade. Et où puisons-nous cette assurance qui doit présider à nos actions ? Dans la conscience, dans le sentiment intime et immédiat que certaines choses sont, que d'autres ne sont pas : les vérités premières de l'ordre moral sont innées.

Cependant, dès que Cicéron descend dans le détail des problèmes soulevés par la morale, ses hésitations d'éclectique reprennent le dessus. Il croit à l'identité des doctrines platonicienne et aiistotélicienne sur le souverain bien, mais il a peine à les concilier avec la théorie stoïcienne. Avec Zenon il établit l'autarchie de la sagesse, mais ne peut se résoudre à exclure du bien les jouissances corporelles (péripatétisme). Seul, l'épicurisme est impitoyablement banni de sa théorie du bonheur.

71. L'éclectisme péripatéticien. Interprètes et commentateurs d'Aristote. — Ordonner, commenter, vulgariser la grande œuvre philosophique d-'Aristote, tel fut, à partir du premier siècle av. J.-C, le principal effort de l'école péripatéticienne.

Andronicus de RHODES, chef de l'école athénienne de 60 à 40 av. J.-C, donne à ces travaux exégétiques un puissant essor, en publiant, avec le concours du grammairien ïyran- Nion, une édition complète des œuvres du maître, agrémentée de commentaires (30). Boethus de Sidon et Ariston sont deux autres exégètes de valeur. Ce n'est pas à dire que ces hommes calquent en tout leur propre philosophie sur celle d'Aristote. L'école péripatéticienne, elle aussi, est perméable aux infiltrations éclectiques.

Les péripatéticiens de l'Empire continuent ces tendances éclectiques, tout en se reportant, plus que jamais, aux œuvres d'Aristote, dont ils commentent la Logique avec une prédilection marquée. Le plus célèbre est Alexandre d'Aphrodisias (vers 200), le grand commentateur que la postérité a appelé le second Aristote. Cependant il s'écarte en des points capitaux de la théorie aristotélicienne. Il accentue l'individualité des substances, au point de réduire l'universel à un pur concept,

sans valeur objective. Il enseigne que l'intelligence passive (voOç ùXiKÔç Ktti cpucTiKÔç) devient faculté agissante (voOç èîTiKiriTOç, qu'on traduira plus tard par intellectus acquisitiis) grâce à une illumination extrinsèque (cf. le eùpaGev d'Aristote) que lui communique l'intellect actif, identifié avec l'être divin (voûç TTOirjTiKÔç). Tout dans notre âme est périssable ; l'intellect potentiel né avec le corps, disparaît avec lui : c'est la négation de l'immortalité de l'âme. Alexandre tranche dans le sens du matérialisme un point de doctrine laissé dans le vague par Aristote (52). Des écoles entières, au moyen âge et à la Renaissance, s'autoriseront de son interprétation. Ajoutons que le commentateur aristotélicien est un défenseur convaincu de la liberté humaine ; au nom de la liberté, il nie la Providence ').

A partir de la seconde moitié du lll^ siècle, Aristote trouva de nombreux commentateurs et admirateurs dans FEcole néoplatonicienne (86, 88). Celle-ci cependant ne détint jamais le monopole des commentaires du Stagirite.

72. Réapparition du scepticisme. -- L'éclectisme qui, dans la nouvelle Académie, avait remplacé le scepticisme au début du !«"" siècle av. J.-C, conservait dans son sein les germes mêmes de la théorie qu'il voulait étouflér. L'instabilité de l'esprit furetant à travers tous les systèmes, est un indice du doute qui le travaille. Ceux qui firent retour au scepticisme étaient principalement médecins. Au nom de l'empirisme médical, ils se bornaient à la constatation des phénomènes, et, n'attachant aucune importance à la connaissance spéculative, se retranchaient dans le domaine des applications pratiques. De là au scepticisme il n'y a qu'un pas.

Le scepticisme de cette période se réclame de Pyrrhon, mais est bien plus tributaire d'Arcésilas et de Carnéade. Son influence ne fut m grande ni durable. Par lassitude de pensée on avait soif de dogmatisme, — et on peut dire que le scepticisme néo-pyrrhonien est un acheminement vers les idées inspiratrices du néo-platonisme.

Dans ses Tru^|)U)V€ioi \6toi, Aenésidème (fin du i**'' s. av. J.-C.) professe en termes absolus le doute réel et universel. Non seulement il rejette le dogmatisme des derniers académiciens, mais il renie la théorie de la vraisemblance

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