‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 31 sur 223 · SEXTUS EMPIRICUS · texte numérisé non relu

SEXTUS EMPIRICUS

Ni la connaissance sensible, ni la connaissance intellectuelle ne peuvent nous donner aucune certitude. Aenésidème réunit ses preuves en dix tropes, constituant le code du scepticisme antique. Sextus Empiricus les subdivise selon qu'ils se rapportent à la nature du sujet connaissant, à la nature de l'objet connu, aux rapports du sujet à l'objet. Toutes les objections d' Aenésidème pivotent autour de celte idée fondamentale : nos représentations étant relatives, nous ne pouvons avoir aucun critère de vérité. En conséquence, nous devons nous abstenir de tout jugement. Lui-même ne prétend pas démontrer la rectitude de sa thèse — ce qui serait une contradiction, — mais donner des renseignements sur notre état interne. Sa philosophie n'est pas une doctrine (aipeaiç), mais un principe de conduite, une tendance (ctTUiTn)- Ses disciples se sont donné le nom de dTTopnTiKoi, éqpeKXiKoi, In^HTixoi, etc.

Dans la s\q pratique, cette attitude de l'esprit engendre le repos de l'àme, le bonheur. D'accord avec les autres sceptiques, Aenésidème admet que les sensations peuvent servir de guide à la conduite.

A la fin du ii'^ siècle ap. J.-C, Sextus Empiricus récapitula dans de longs traités (surtout les Hypotyposes pyrrlioniennes), l'œuvre complexe de l'école sceptique: ils constituent un réquisitoire très documenté, mais peu ordonné contre toutes les écoles dogmatiques.

Sextus attaque à la fois les procédés formels de la science et son contenu réel. Sq^ procédés sont impuissants, car il n'y a ni critère infaillible du vrai, ni moyens légitimes de démonstration. Son co7itenu est vide, car le concept de cause ne peut rien apprendre sur aucune réalité extérieure. La morale même n'est pas une science : les contradictions des philosophes sur la nature du bien suffisent à montrer qu'en soi rien n'est bon. Toutes ces thèses sont accompagnées de prolixes commentaires, d'inégale valeur, où très souvent Sextus ne fait que reprendre les vues d'^nésidème et de la nouvelle Académie. Puisqu'il chaque énonciation on en peut opposer une autre, en s'appuyant sur des raisons d'égale force (iaoaeéveia tujv \ôtuuv), il faut douter et se garder de rien affirmer (éiroXn).

D'autre part si nos connaissances, parce que relatives, ne peuvent pas apprendre ce que so7it les choses hors de nous, elles suffisent à diriger notre vie pratique et à nous conduire au bonheur.

Le scepticisme, tout comme l'éclectisme qui se développe parallèlement, se borne à des répétitions du passé, qui accusent l'épuisement de la philosophie. Néanmoins le génie grec devait prendre "un dernier essor, en changeant pour la quatrième fois l'orientation générale de ses préoccupations.

' Au péripatétisme éclectique on peut aussi rattacher Adraste d'Aphrodisias (fin du ii« s.) et Claude Galie.n de Pergame (131-201) à la fois médecin et philosophe.

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