LES SYSTÈMES PRÉCURSEURS DU NÉOPLATONISME
religions dans la vie publique des Romains exerce une influence indirecte sur la philosophie.
74. Division. — Le caractère que nous venons de signaler se révèle dominateur dans le néo-platonisme, la forme la plus intéressante et la plus importante de la philosophie pendant cette période. Le néo-platonisme remplit les trois derniers siècles de la philosophie grecque. Il a su formuler une synthèse puissante, remarquable par l'unité et la convergence de ses théories. C'est son principal signe distinctif d'avec les systèmes similaires qui ont précédé son avènement.
Ces systèmes précurseurs, hnoins bien coordonnés, apparaissent à la fin du i'^^ s. av. J.-C. Ils ont déteint sur le néo-platonisme et l'esprit nouveau vit en eux : à ce titre il est préférable de les rattacher à la quatrième période de cette histoire, bien que, par leur chronologie, ils soient contemporains des systèmes éclectiques et sceptiques étudiés plus haut.
De là on peut distinguer dans la quatrième période de la philosophie grecque : 1° Les systèmes précurseurs du néo-platonisme (fin du i^ s. av. J.-C. — .iir" s. ap. J.-C.) ; 2° le néoplatonisme (depuis le lir" s. jusqu'au vi*^ s. ap. J.-C).
75. Systèmes précurseurs du néo-platonisme (de la fin du i"' s. av. J.-C. jusqu'au iii^' s. ap. J.-C.) - Les courants philosophiques qui se sont développés, à Alexandrie principalement, avant l'apparition du néo-platonisme, sont au nombre de deux : un courant de philosophie grecque, issu d'une restauration des idées pythagoriciennes, et comprenant le néo-pythagorisme et le platonisme pythagoricien : un courant de philosophie gréco-judaïque.
Il y eut en outre, dans les dernières années du u*' s. et surtout au iii« s., un courant à^ philosophie chrétienne qui, par son orientation, se rattache à la philosophie patristique. .
A une époque où les anciennes doctrines d'inspiration religieuse recueillaient un regain de vogue, le pythagorisme (5) était tout indiqué pour arrêter l'attention des philosophes. Mais ce néo-pythagorisme est au fond un système éclectique, fondé sur la platonisme et l'aristotélisme. enrichi d'éléments puises dans le st Jïcisme, et qui n'a de pythagoricien qu'une prédilection marquée pour les mathématiques, la symbolique des nombres, et les élans mystiques de l'ascèse religieuse. Ce sont les théories ascétiques qui constituent la partie la plus originale du néo-pythagorisme. Les dieux inférieurs et les esprits démoniaques servent d'intermédiaires entre l'homme et la divinité suprême. Dieu est telle-
if
ment surélevé au-dessus de nous, que nous ne pourrions connaître ses volontés, s'il ne les révélait lui-même : la mantique met l'homme en contact avec Dieu ; les pratiques purificatoires le préparent au commerce divin.
D'autre part, un groupe de platoniciens éclectiques (70) établissent un mélange svmptomatique de doctrines platoniciennes, stoïciennes et péripatéticiennes, avec des spéculations théurgiques et religieuses. Pluïarque de Chéronée incarne celte philosophie complexe. En métaphysique, il reprend le dualisme platonicien de Dieu et de l'âme du monde, mais entre ces deux principes opposés il interpose une légion d'êtres démoniaques, émissaires de la providence divine. Plutarque croit à l'immortalité et à la migration des âmes (Platon); il enseigne que le contact immédiat de l'homme dépouillé de luimême avec Dieu, supplée à l'insuffisance de notre raison ; il met en honneur les pratiques religieuses (Pythagore). Maxime, Apulée de Madaure, Albix, dont Oalien suivit les leçons à Smyrne en 151/2, développent le rôle des êtres démoniaques, intermédiaires entre Dieu et la matière, (^elsus base sur cette conception une justification du polythéisme, Ximenilts (vers 160) fait des emprunts aux mages, aux Égyptiens, aux Brahmanes et à Moïse, Combiné avec des théories égyptiennes, on retrouve le même fonds de doctrines platonicopvthagoriciennes dans une série d'ouvrages datés de la fin du iii® siècle, et trans mis à la postérité sous le nom d'HERMES Trismegiste. Ils contiennent notamment une apologie du polythéisme national et surtout du polythéisme égyptien, où l'on sent un effort vigoureux, mais découragé, du paganisme contre le christianisme triomphant. Les écrits du pseudo-Hernies Trismegiste ont joui d'une grande fortune au moyen âge.
76. Philosophie gréco-judaïque. Philon. — De tous les peuples orientaux que les conquêtes d'Alexandre ont mis en présence de la civilisation hellénique on peut dire que les Juifs seuls se sont assimilé la philosophie grecque, en la mettant en harmonie avec leurs enseignements religieux. Cette assimilation s'acheva à Alexandrie.
Issue de la religion, la philosophie des Juifs a toujours été, vis à-vis d'elle, dans une étroite dépendance. Elle est considérée comme un moyen cC approfojidir Us livres suints, bien qu'elle ne tarde pas à sortir de ce rôle purement exégétique. De bonne foi, les Juifs s'ingénient à retrouver dans l'ancien Testament même les idées qu'ils empruntent aux Grecs, et à cette fin, ils créent une interprétatiDn allégorique des Ecritures. Comme le néo-pythagorisme, la philosophie gréco-juive recherche l'opposition du divin et du terrestre, et accentue le contact de l'homme avec Dieu par la révélation. Mais ces théories subissent des transpositions caractéristiques, parce qu'elles sont adaptées aux dogmes judaïques et aux conceptions philosophiques que ces dogmes contiennent. A le considérer dans son ensemble, ce mouvement d'idées est de tendance juive pour sa partie religieuse, de tendance grecque pour sa partie philosophique.
La fusion complète de la théologie judaïque et de la philosophie grecque est l'œuvre de Philon le Juif, (30 av. J.-C. — 50 ap, J.-C). Voici les théories caractéristiques du philonisme :