‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 34 sur 223 · PHILON · texte numérisé non relu

PHILON

r> Rapports généraux de la théologie juive et de la philosophie grecque. Philon proclame l'infaillibilité absolue des livres saints et la subordination de la philosophie à la théologie. Cependant si la philosophie doit servir la théologie, celle-ci ne peut se passer de son aide. Aussi Philon prise-t-il très haut la science grecque qui est à ses veux l'incarnation de la spéculation rationnelle : la philosophie grecque, voire même son polythéisme, n'est qu'une forme incomplète et impure de la doctrine contenue dans les livres saints. Pour écarter les difficultés qui devait soulever cette thèse, Philon a recours à l'interprétation allégorique de la Bible, et imagine une filiation entre les enseignements bibliques

cl la philosophie grecque. r • •,•

20 Dualisme de Dieu infini et du monde fini, la transcendance divine fait dire h Philon que Dieu est sans propriétés (dîTOioç), qu'il est inconcevable et ineffable. Nous avons qu^il est, et non c qu'il est. Mais ces négations mêmes ont pour base la perfection de Jehovah, et Philon, après avoir accentué le concept négatif de Dieu, insiste volontiers sur le concept positif de la bonté (Platon) et de toute-puissance. - L'imperfection et la limite, étant inconciliables a^^c Dieu, ne peuvent trouver en lui leur principe. Ce principe est la matière (1 la-

et les stoïciens). , .

Philon explique l'action de Dieu sur le monde, en faisant appel a une série d'êtres intermédiaires qu'il appelle des forces (buvd^eiç). Ces forces divines ne scmt pas seulement des formes exemplaires, mais des principes immanents d'activité, propres à chaque substance naturelle (stoïciens) et que Philon identifie avec les anges (judaïsme) et les démons (religion grecque). La notion de ces forces divines n'est pas nette : d'une part, elles sont distinctes de Dieu, puisqu'elles doivent se communiquer à un monde essentiellement autre que lui- d'autre part, elles tiennent de la nature de Dieu, puisqu'elles lui servent d'intermédiaires pour agir sur le monde. Philon les considère comme procédant de Dieu, sans se rallier à la théorie de l'émanation proprement dite. La force divine primordiale est le Xôtoç, la sagesse de Dieu. Est-ce un être personnel, comme Dieu lui-même ? Philon ne donne pas de réponse catégorique a cette question. Le monde est né non point d'une création proprement dite, mais d'une application de la force divine à la matière chaotique préexistante. Le philosophe juif est tellement enlisé dans les spéculations grecques, qu'il n'a pas su s"en dégager pour énoncer philosophiquement la doctrine de la création, inscrite à la première page de la Genèse.

Le même dualisme domine la psychologie de Philon : l'âme est un principe divin, un ange, un démon, uni à un corps matériel, en lutte avec lui (Platon). Cette opposition devient le principe d'un mysticisme religieux.

30 Mysticisme religieux. Les entraves du corps ne permettent pas à l'homme de connaître Dieu en lui-même, mais seulement dans les forces divines où il se manifeste. Plus l'homme se détache du corps, plus il s'approche de la science

et de la vertu (stoïciens).

Néanmoins, nous pouvons nous surélever jusqu'à la connaissance de Dieu tel qu'il est en lui-même, si une illumination surnaturelle nous découvre l'In-

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fini. Drins cet état supérieur, où Dieu se révèle à nous, la conscience humaine s'évanouit : c'est l'anéantissement de l'homme devant Dieu, l'extase, l'état prophétique, auquel chacun peut être appelé.

77. La philosophie néo-platonicienne. — L'idée dominante du néo-platonisme est le mysticisme religieux. L'homme doit vaincre la sensibilité à force de luttes, se rapprocher de Dieu par une série d'étapes, et grâce à des secours d'ordre religieux s'unira l'Infini.

Dépendamment de cette conception mystique se développe une métaphysique moîiiste. Bien que l'opposition entre l'Infini et le fini soit poussée à l'extrême, Dieu est la source vive d'où jaillissent toutes les substances limitées, y compris la matière. On peut dire que le néo-platonisme se résume en une description rigoureuse-

ment systématique du processus de l'Etre divin dans l'univers et du retour de l'âme en Dieu.

Le néo-platonisme est un syncrétisme original des divers systèmes de la philosophie grecque, parce qu'il interprète dans le sens religioso-mystique touter les théories antérieures. Il est tributaire du gréco-judaïsme de Philon, du néo-pythagorisme et du platonisme de l'époque alexandrine ; il porte aussi l'empreinte du stoïcisme, et il subit l'influence d'Aristote, à qui il est redevable de sa méthodique. — Mais c'est de Platon surtout qu'il se réclame, de Platon qui lui fournit des éléments importants de métaphysique, et dont il prétend restaurer les doctrines. Il suffira de comparer ses thèses fondamentales à celles du chef de l'Académie, pour se convaincre que le néo-platonisme se méprend sur l'esprit véritable du système platonicien.

On peut assigner trois phases dans le développement du néoplatonisme, suivant les formes que celui-ci revêt successivement : la phase philosophique et scientifique (llP s. ap. J.-C.) ; la phase religieuse (iv^ et V^ s. ap. J.-C.) ; la phase encyclopédique (v^ et \v s. ap. J.-C).

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