LES CONTROVERSES THÉOLOGICO-PHILOSOPHIQUES
Seebergs Studien, IX, 2, Leipzig, 1902) cf. Z«Vsc>^r./. Tvissenschaft. Théologie, XLVIIy N. F. XII, I. où Draseke utilise et complète les conclusions similaires de Brilliantoff (Influence de la théologie orient, sur la théol. occidentale dans les œuvres de J. Scot E. (S.-Pétersbourg, 1898). E. K. Rand, Johannes Scotus, Mûnchen 1906 (Quellen u. Untersuchungen z. latein. Philol. des Mittelalters, I, 2, de Traube). Sur les sources du de Praedestinatione, œuvre antérieure, dans laquelle le Pseudo-Denys n'est pas encore cité, v. Jacquin, Le néo-platonisme de J.Scot. (R. se. philos, et théolog., 1907, 674-685). Du même : L influence doctrinale de J. S. au début du XHI^s. {ibid,, 1901, pp. 104-106). Note. Et : Le rationalisme de J. Scot, {ibid., 1908, pp. 745-746) ; Manitius, op. cit., pp. 323-339 ; Buchwald, Logos Begriffd. J. Scotus Eriugena (Leipzig, 1884). Sur sa théorie des astres : DuHEM, Laphys. néo-platon. (R. quest. scient., 1910, p. 8).
ART. III. — la philosophie ET LES CONTROVERSES THÉOLOGIQUES.
159. Leur place dans cette histoire. — Dès le début du moyen âge s'élèvent des controverses retentissantes, qui certes appartiennent en propre à l'histoire de la théologie, mais dont on ne peut se désintéresser dans une histoire de la philosophie médiévale.
D'abord, il faut chercher sur le terrain de la théologie les origines de plusieurs problèmes de philosophie scolastique, en ce sens que ceux-ci surgirent à l'occasion de controverses théologiques. Aux ix« et xe siècles, la querelle de la prédestination souleva le problème de la liberté humaine et de ses rapports avec la providence et la justice divines ; la controverse Paschasienne sur la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie donna naissance aux dissertations sur la substance et l'accident ; le dogme de la S^^ Trinité suggéra la discussion des notions de nature, d'individu, de personne ; le mystère de la transsubstantiation provoqua l'étude du devenir. La confusion qui règne dans les premiers temps, entre la philosophie et la théologie, fait de ces controverses un département mixte. Elle entraîne les plus ardents à transposer dans de délicates questions dogmatiques la méthode purement rationnelle.
Ensuite, ces discussions célèbres coïncidèrent avec l'avènement d'une fausse dialectique, qui atteint son apogée au XP s., et ressemble à un mouvement parisitaire de la philosophie (142). Or,
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202 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE JUSQU'A LA FIN DU XlT S,
cette sophistique fut appliquée aux dogmes discutés ; des hommes comme Gottschalc, Bérenger, Roscelin n'en sont pas exempts. Tous pratiquent à divers degrés la devise de Bérenger \ per omnia ad dialecticam confugere.
Une réaction se produisit dans un groupe de théologiens, hommes pratiques avant tout, qui accusèrent la dialectique même des abus dont certains dialecticiens se rendaient coupables. L'autorité religieuse intervint et ses interdictions furent parfois excessives.
La réaction des théologiens timorés dépassa la mesure. Mais peu à peu on voit se dessiner une tendance nouvelle qui cherche à concilier les droits de la raison et de l'autorité. De ce moment les véritables relations de la théologie et de la philosophie se dessinent.
i6o. Principales controverses théologico-philoso-
phiques. — i° Za controverse sur la prédestination et la liberté. Un moine d'Orbais, Gottschalc, contemporain de Rhaban Maur, puisa dans l'étude de S. Augustin des doutes sur la conciliation de la liberté humaine et de la grâce divine. Admettant une prédestination absolue pour les bons comme pour les méchants, il conclut que l'homme est le jouet de Dieu, et qu'il n'y a ni liberté ni responsabilité.
Si l'on songe aux soulèvements que les assertions analogues de Jansénius provoquèrent aux temps modernes, on comprendra l'émoi général des publicistes du ix« s. Rhaban Maur, et surtout HiNXMAR de Reims {^Q(i-^'^2), plus secondairement le diacre Florus de Lyon, se constituèrent les défenseurs de la liberté humaine. Ratramne de Corbie, Skrvat Loup prirent le parti de Gottschalc ; tandis qu'adversaires et partisans de Gottschalc se liguaient contre J. Scot Eriugène qui, lui aussi, était intervenu dans ce débat, mais pour formuler à l'encontre de Gottschalc une théorie non moins hardie. La doctrine de Gottschalc fut condamnée aux synodes de Mayence (848) et de Quiercy (849).
2° La controverse de la transsubstantiation. Bérenger de Tours (998-1088), sorti des écoles de Chartres et que ses idées sur les universaux semblent devoir classer parmi les antiréalistes,
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défigura le dogme de la transsubstantation eucharistique, en le rapprochant de la doctrine aristotélicienne sur la substance et l'accident. Les qualités accidentelles du pain et du vin (couleur, figure, goût, etc.), dit-il, ne pourraient se maintenir sans le fond intime qui les soutient, et qu'Aristote appelle la substance '). Il en conclut que l'Évangile ne peut parler d'une transsubstantiation véritable, et que le corps et le sang de Jésus-Christ ne se trouvent dans les espèces sacramentelles que d'une manière voilée. Esprit inquiet et tempérament de feu, Bérenger jeta le trouble dans les écoles. Lanfranc (vers 1010-1089), le combattit. De même, Adelman de Liège (1048), Durand de Troarn, Hugues DE Breteuil, et d'autres anciens condisciples chartrains de Bérenger '), s'élevèrent contre ses théories, mais il ne fallut pas moins de vingt ans de lutte et de quatre synodes pour les réduire à l'impuissance.
30 Le trithéisme de Roscelin. Roscelin doit bien plus sa célébrité au trithéisme dont il se fit le promoteur qu'à sa doctrine antiréaliste (p. 180). Il fit des trois personnes divines trois êtres indépendants, à la façon de trois anges : si l'usage le permettait, ajoutaitil, on pourrait dire en vérité qu'il y a trois dieux. Autrement, continuait-il, il faudrait que Dieu le Père et le St-Esprit se fussent incarnés en même temps que Dieu le Fils. — Pour sauver les apparences du dogme, Roscelin admettait que les trois personnes divines n'ont qu'//;/^ volonté et une mêjne puissance ').
Ce trithéisme caractérisé •*), que S. Anselme et Abélard s'accordent à réfuter même après la conversion de son auteur, nous semble une application non douteuse de l'antiréalisme de Rosce-
') Bérenger eut des précurseurs dans Ratramne de Corbie (f apr. 868, De quajititate animœ), et H ériger, abbé de Lobbes, qui furent combattus par Paschase Radbert ou Radbert de Corbie (f vers 860) auteur de De corpore et sanguine Domini. — ') Clerval, op. cit., pp. 64 et 131 à 141. — ^) Audio... quod Roscelinus clericus dicit in Deo très personas esse très res ab invicem separatas, sicut sunt très angeli, ita tamen ut una sit voluntas et potestas, aut Patrem et Spiritum sanctum esse incarnatum ; et très deos vere posse dici si usus admitteret. Lettre de S.Anselme à Foulques. — *) Contra Picavet, Roscelin, etc.>
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lin '). Si les trois personnes divines, dit celui-ci, ne forment qu'un seul Dieu, toutes trois se sont incarnées, ce qui est inadmissible. Il y a donc trois substances divines, trois dieux, comme il y a trois anges, parce que chaque substa?ice constitue une ijidividualité : ce qui est l'assertion fondamentale de l'antiréâlisme. Un lien intime relie les pensées du théologien à celles du philosophe.