‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 7 sur 223 · I, — DIALECTIQUE · texte numérisé non relu

I, — DIALECTIQUE

20. Existence et nature des Idées. — La dialectique — le mot est de Platon - est la science de la réalité objective^ et celle-ci s'appelle l'Idée (i\boç,{bia). Dialectique est donc pris dans le sens de métaphysique.

Pour établir l'existence et la nature des Idées, Platon part d'un fait de conscience et d'un postulat, qui l'un et l'autre lui sont fournis par Socrate. Le /ait de co?iscie7ice est la présence en nous de représensations intellectuelles, dont l'objet est général, nécessaire, immuable. Le postulat est la sincérité de ces connaissances, où cette thèse de philosophie dogmatique, que toutes ou certaines de nos représentations ont une objectivité extramentale.

. Quelle est cette réalité, objet de nos concepts ? Le monde sensible ne la peut contenir, car tout y est phénomène contingent, particularisé, multiple et instable (influence d'Heraclite) ; tandis que l'être réel, tel que nous le concevons, doit revêtir des attributs de nécessité, d'universalité, d'unité et d'immutabilité (influence de Parménide et de Pythagore).

Platon en conclut que le réel existe e?! dehors et au-dessus du vio?uîe sensible : l'Idée est absolument stable et existe par ellemême (ôvTUjç ôv, aùià KaG' aùià) ; son isolement (xujpi(TTà) ne permet pas de la considérer ni comme un produit subjectif de

rieures, pour se hausser à la contemplation de l'Idée. Platon s'attache de préférence à la déduction. Son induction est le développement de l'induction socratique ; elle aboutit à la définition. — ') Si l'on tient compte des préoccupations principales dont s'inspirent les œuvres les plus importantes, on peut rapporter à la physique, le Tiinée. le Phédon ; à l'Éthique, la République, les Lois, la Politique, le Philèbe, le Gorgias ; à la Dialectique, le Théétète, le Sophiste et le Parménide.

PLATON

l'entendement humain, ni comme une opération de l'entendement divin. Cette dernière hypothèse, mise en avant par les néo-platoniciens, reprise d'enthousiasme au moyen âge par tous ceux qui voulaient voir dans la dialectique platonicienne un exemplarisme précurseur de celui de S. Augustin, est contraire aux déclarations les plus formelles du chef de l'Académie, comme Aristote déjà l'a remarqué.

Le réalisme outré, qui investit l'être réel des attributs de l'être pensé, et qui dès lors forge le monde réel d'après les caractères de nos représentations, constitue le principe directeur de la métaphysique des Idées.

21. Multiplicité et hiérarchie. L'idée du Bien. — Fidèle à ce réalisme rigoureux, Platon fait correspondre une Idée -entité à chacune de nos réprésentations abstraites. Non seulement les espèces naturelles, mais les œuvres artificielles, non seulement les substances, mais les propriétés, les rapports, les formes grammaticales, les négations et le néant lui-même ont leurs idées correspondantes dans le monde suprasensible ').

Le monde réel étant modelé d'après le monde logique, les Idées sont hiérarchiquement ordonnées, à l'instar de nos représentations. Au faîte de l'échelle ascendante des essences, trône l'Idée du bien. Platon s'arrête avec une indéniable complaisance à fixer ridée du Bien, l'essence archétype, « soleil du monde idéal » ^). Son rôle est prépondérant, car elle est à la fois cause finale et formelle de l'univers. Vers le Bien tendent les phénomènes du monde sensible et les autres Idées. D'autre part, toutes les Idées, même l'Idée du vrai, du juste, du beau, empruntent à l'Idée du Bien leur intelligibilité et leur réalité, celles-ci n'ayant d'être que par le Bien. Logiquement poursuivi, le réalisme de Platon semble devoir aboutir au monisme.

22. Dieu et l'Idée du Bien. — A la métaphysique de Platon se rattache intimement sa théodicée. En effet, puisqu'il

') Ail rapport d'Aristote, Platon aurait supprimé plus tard les Idées des

négations, des rapports et des œuvres artificielles.— ') Voir surtout le (y^^ livre

de la République.

l8 INTRODUCTION HISTORIQUE. — PHILOSOPHIE GRECQUE.

PLATON

n'est rien au dessus da l'Idée du Bien, l'essence suzeraine, il importe de préciser ses rapports avec Dieu, — ce Dieu personnel, démiurge intelligent, providence des dieux inférieurs et des hommes, ordonnateur du monde, que Platon décrit dans le Timée, en revêtant sa pensée des magnificences de son inspiration poétique. Nous touchons ici à l'un des plus obscurs problèmes du platonisme.

Il faut renoncer à faire de l'Idée du Bien la subordonnée de Dieu (Trendelenburg), ou de Dieu le subordonné de l'Idée du Bien (Orges), sous peine de renverser la suprématie de l'un et de l'autre. Identifier l'Idée du Bien avec Dieu (Zeller), serait admettre l'identité de la plus impersonnelle des abstractions et de la plus haute incarnation de la personnalité, et doter un même être d'attributs contradictoires. Il semble préférable de maintenir la coexistence de l'Idée du Bien et de Dieu (Hermann), la dyarchie de deux souverains indépendants, soustraits l'un et l'autre aux lois du devenir '). Ce dualisme serait plus acceptable peut-être, si on précisait le rôle respectif de l'Idée du Bien et de Dieu. Tandis que l'Idée du Bien est la Q,2i\\s,e fijmle et formelle des êtres. Dieu apparaît avant tout comme l'ordonnateur du monde sensible ; il est la cause ^application (c'està-dire cause efficiente suhordoiuiée) de l'Idée au phénomène. Souverains l'un et l'autre dans des domaines différents, on peut les appeler, à des titres divers y principes des choses. Ce n'est pas le seul exemple de dualisme que le platonisme nous offre.

n. — PHYSIQUE.

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