‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 80 sur 223 · J. DE SALISBURY · texte numérisé non relu

J. DE SALISBURY

leyn et bien d'autres. En 11 76, il fut élu évéque de Chartres, où il mourut en 1180.

La brillante formation intellectuelle de J. de Salisbury, les relations nombreuses dont témoignent ses lettres, sa situation politique peu commune donnent à ses écrits un poids considérable. Outre ses Lettres, deux vies de saints et quelques opuscules religieux, il a laissé un poème philosophique, Entheticus de dogmate philosophoriwi , un opuscule de septem septefiisy et surtout deux traités, le Polycraticus (i 155) et le Metalogicus (i 159), qui constituent un monument unique de l'histoire des idées au XII" s. Le premier est une théorie de la vie publique ; le second, une défense de la logique. L'étude complète de J. de Salisbury reste à faire. Bornons-nous à noter les principaux traits de sa personnalité philosophique.

J. de Salisbury défend énergiquement la culture des arts libéraux, telle qu'il l'avait vu pratiquer à Chartres : le trivium et le quadrivium sont les sept voies qui introduisent l'âme dans le sanctuaire de la science '). Il ne déprécie pas la grammaire, mais il ne peut admettre les prétentions des grammairiens à outrance, qui se cantonnaient dans de sèches analyses de l'œuvre de Priscien. L'humanisme littéraire, qui faisait le renom des écoles chartraines, était né d'un élargissement bien compris de la rhétorique. Un commerce familier avec les grands classiques latins, avec Cicéron surtout, a fait du publiciste anglais l'écrivain le plus élégant et le plus concis du xii" s. ; sa prose et ses vers sont parsemés de réminiscences classiques. C'est à son amour de la forme littéraire qu'on peut le mieux rattacher la vigoureuse campagne qu'il mena, d'accord avec les maîtres de Chartres, contre un parti d'ignorantisme, les Cornificiens, qui dénigraient systématiquement non seulement le trivium, mais l'étude en général, celle-ci n'étant à leurs yeux qu'un moyen d'arriver rapidement aux fonctions lucratives. Le Metalogicus s'ouvre sur une charge à fond contre ces détracteurs du savoir,

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que J. de Salisbury symbolise dans un être bizarre, Cornificius. Il en a laissé un portrait peu flatteur '). Et quand il a montré l'importance de la dialectique, cu7ti itaque logicae taiita sit vis, il renouvelle ses colères contre ce logicae criviiiiator , philosophantium scurra ''). Mais ici J. de Salisbury veut redresser d'autres erreurs. Il défend la dialectique contre ses propres excès^ et pourchasse les verbalistes ergoteurs qui la confondent avec une phraséologie de parade ^). La dialectique est la reine du trivium ; elle est formative ; et les débutants apprennent d'elle cet art de penser et de parler, sans lequel toute philosophie est impossible ^). Aussi bien, J. de Salisbury s'étend avec complaisance sur la notion de la logique, ses divisions, et la façon dont il faut lire Aristote et Porphyre ^). Mais il accentue non moins Xinsu/fismice de la logique, quand on la cultive à l'exclusion des autres sciences philosophiques : abandonnée à elle-même*, elle est exsangue et stérile. « Sicut dialectica alias expedit disciplinas, sic, si sola fuerit, jacet exsanguis et sterilis, nec ad fructum philosophiae fecundat animam, si aliunde non concipit » ^). Alain de Lille parlera dans le même sens : le despotisme de la logique est fini.

Pour constituer sa philosophie, le penseur anglais est d'une prudence extrême. Il veut tout contrôler avant de rien accepter comme vrai. Il se reporte aux grands sceptiques de l'antiquité ^), non pour se renfermer dans le doute, mais pour arriver plus sûrement à la vérité. De même, il a tenu à entendre ses contemporains en renom, et il discute leurs opinions. Le curriculum de sa vie d'études, décrit dans le Metalogicus ^), constitue un tableau fort complet des écoles du xii* siècle ^). Ses enquêtes

') Suivant Clerval, op cit., 22'], la secte des Cornificiens surgit sous la direction d'un moine Réginald, vers 11 30. Mandonnet croit pouvoir l'identifier avec un certain Gualon, op. cit., p. 122, n. — ') Metai, IV, 25. - ') Ibid., II, 8, 9. — *) « Inchoantibus enim philosophiam, praelegenda est, eo quod vocum et intellectuum interpres est, sine quibus nuUus philosophiae articulus recte procedit in lucem. » Ibid., II, 3. ~ ^) Ibid., II, 11 ; III et IV, 1-7, etc. — ") Ibid., II, 10. Cf. II, 9 : « Quod inefficax est dialectica, si aliarum disciplinarum destituatur subsidio » — ^) Polycrat., VII, 1-6. - «) II, 10 et 17. — ") V. dans Webb, Poli^ craticus, t. I, p. XXI et suiv. la liste des auteurs cités dans le Polycraticus.

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