‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 85 sur 223 · Progrès de la théologie scolastique. — Au xif s · texte numérisé non relu

Progrès de la théologie scolastique. — Au xif s

la théologie scolastique est nettement détachée de la philosophie scolastique : les deux reines du savoir médiéval ont chacune leur

') Chartul. Univ. P/zm., publié par Denifle et Châtelain, I, 70.

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autonomie, comme sciences distinctes. La théologie prend un essor co.isidérable. Da grandes écoles surgissent, où s'accomplissent deux progrès fondamentaux : la codification des matériaux et la généralisation de la méthode dialectique.

Jean Damascène, dans son irnTn TvObJeujç, où chaque matière est précédée de prolégomènes philosophiques (KecpiKaia q)iXocro- (piKà), avait tenté, dès le viii« s., un essai de systématisation théologique, qui ne fut pas sans exercer des influences sur les sententiaires (v. p. 161). Les œuvres de codification théologique, dont la première idée surgit en Occident au temps d'Abélard, furent appelées à un succès immense. Elles apparaissent sous forme de Sentences (sententiae, libri sententiarum) et de Sommes"), Les Sentences sont une collection de textes et de doctrines empruntés aux écrivains ecclésiastiques, tandis que les Sommes comportent une élaboration systématique et plus personnelle des matériaux rassemblés ^).

La méthode à! e.xposition ou didactique employée par les sententiaires et les summistes trahit l'influence du sic et non d'Abélard. On y rencontre un exposé contradictoire des problèmes. Les solutions nettes font souvent défaut, et c'est à ce défaut que fait allusion Gautier de S. Victor, quand il appelle Pierre le Lombard, un des quatre labyrinthes de la France. — Mais à côté de ce procédé didactique, surgit une nouvelle méthode constitutive ou inventive, \?i «méthode dialectique». Science autonome, la théologie scolastique du moyen âge eut ses méthodes constructis^es autonomes, com ne la philosophie eut les siennes. Elles relèvent du contenu de la Révélation chrétienne, et se rapportent

•) Gr^bm^nx, op.cit., Il, 222.-^) Sententiae : « Aussprûche,Thesen, Quaestionen Abhandlungen, welche man ans den hl.Vâlern, denkirchlichenLehrern u. Canonensammlungen nahm *. Quelquefois les ouvrages mêmes de ceux qu. faisaient ces extraits portaient le titre de Sentences. Denifle dans Arci.f. Lttt. u. Kirc.enoesci. d. Mitt., I, 5«8. - Dans une collection de sentences (entre 1121 et 1141) signalée par de Ghellinck (R.hist.ecclés.,X, 2, p. 200) on lit : «ut ex d. versis praeceptis et doctrinis Patrum excerperem et in unum colhgerem eos flores quos solemus, quasi singulari nomine, Sententias appellari ». Robert de Melun : «Quid enim summa est PNonnisi singulorum brevis compréhension (cod. 13 ug. 191, fol. I, cité par Grabmann).

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avant tout à l'interprétation des Écritures et des Pères, que tous les théologiens pratiquent depuis Rhaban Maur, le « fondateur de la théologie en Germanie » '). Toutefois, le groupe le plus important des théologiens médiévaux recourut en outre à une méthode subsidiaire, la méthode dialectique : La théologie demande service à sa consœur la philosophie ; après avoir fixé un dogme, elle l'invite, si pas à le démontrer par la raison, au moins à montrer son caractère rationnel. Déjà Lanfranc recommande une application sage de la dialectique à la théologie, alors que Fulbert de Chartres condamne toute immixtion de l'une dans l'autre '). S. Anselme pratique la méthode dialectique avec prudence, mais avec vigueur. Au xii" s. elle reçoit des développements considérables, grâce à l'essor de la dialectique et à la mise en valeur des œuvres nouvellement connues de l'Organon. Désormais la disputatio s'introduit en théologie : « Que omnia deo annuente loco suo secundum doctrinam Aristotelis explicabimus » '). Ainsi l'autorité des Écritures, auctoritates,^^^ appuyée d'une véritable apologétique, rationes : la distinction des deux termes apparaît chez Pierre de Poitiers '), comme plus tard chez Thomas d'Aquin ; et elle est significative.

L'application de la méthode dialectique donne lieu entre théologiens ^) à de vives controverses, et sert de base à un groupement en divers partis dont nous nous bornerons à rappeler ici la signification générale.

) BuRGER, op. cit., (DerKatholik, août 1902, p. 135^ - ') Endres, Lanfranc, etc , p. 231. - ^) Traité anon. milieu xii« s., ciié par GrabmaNxN, op. cit., IL p. 20. Comme type de l'enseignement théologique au milieu du xii« s., Grabmann (p. 25) cite les quaestiones d'Odon d'Ourscamp (éditées par Pitra : Quaest. mag. OJonis Suessionensis, ds Analecta novissima Spicilegii Solesmensis, II, Paris, 1888). — ♦) Glose inédite, d'après Grabmaxn, op. cit., I, 33 — ^)I1 est donc clair que la méthode dialectique est une méthode t'Jologique, et n'a rien à faire en philosophie (cf. p. 109). Elle est une légitimation par la philosophie du contenu de la révélation. Tel est bien le sens que M. (grabmann donne 2i sc'iolastische Méthode, I, p. 36. Pour dissiper toute équivoque, et sauvegarder les droits des tftéthoJes de philosophie scoiastique, l'auteur eût bien fait d'intituler son important ouvrage : «Geschichte d. theologischen scholastischen Méthode ».V. nos observât. R. Néo-scolast., 1910, p. 397.

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On peut distinguer, comme au siècle précédent :

i) Un parti de théologiens réactionnaires y adversaires de l'introduction de la dialectique en théologie ;

2) Un parti de théologiens modérés qui admettent la méthode dialectique en théologie, tout en la subordonnant à la méthode de l'interprétation scripturaire. Ceux-ci à leur tour sont susceptibles d'être rattachés à une double tendance : les uns réduisent la philosophie à ce seul rôle utilitaire de mettre en relief ce qu'il y a de rationnel dans le dogme et méritent le nom de théologie?îs idilitaires ; les autres, qui reconnaissent en outre la valeur autonome de la philosophie et qui la cultivent pour elle-même, peuvent s'appeler les théologiens de V argumentation ; ils sont les vrais représentants du génie scoiastique, et les précurseurs des grands savants du xm® s.

199. Les théologiens de rargumentation. — La théologie de l'argumentation, qui forme à proprement parler la théologie scoiastique, se développe largement dans deux grandes écoles, les écoles d'Abélard et de S. Victor '). On y peut joindre une troisième, moins connue, celle de Gilbert de la Porrée.

\J Introductio ad theologiam d'ABÉLARD semble être, chez les scolastiques, la première œuvre de coordination théologique où on sent le souffle de l'esprit nouveau. Sa division de la théologie en trois parties (fîdes, caritas, sacramentum) est caractéristique. S'élevant avec la même véhémence contre les théologiens réactionnaires et contre les adversaires de la dialectique, Abélard part du principe qu'il faut appliquer la dialectique à la théologie.

Esprit combatif, il emprunte avant tout à la dialectique des armes contre le trithéisme de Roscelin. Mais son ardeur l'entraîne trop loin — de bonne foi disent plusieurs de ses historiens ; — et il se trompe sur l'étendue du mystère (cf. p. 223), ce qui

') Pendant l'intervalle qui sépare S. Anselme d'Abélard, Grabmann étudie une série de personnalités secondaires qui se rattachent aux écoles de S. Anselme (Bruno de Segni, f 1123 ; Odon de Cambrai ; Honoré d'Autun ; les Sentences d'Irnerius; Alger de Liège, f 1131 ou 11 32), de Guillaume de Champeaux et d'Anselme de Laon (Raoul de Laon ; Albéric de Reims le théologien f 1141, une longue série d'anonymes.)

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mit raiitorité ecclésiastique en éveil, et contribua à entretenir dans un groupe de timorés une défiance excessive vis-à-vis de la philosophie. Abélard fit école. Le P. Denifle l'a démontré, en mettant au jour quatre sommes relevant étroitement de \ Inirodîictio ad theologiavi d'Abélard, par la division tripartite de la matière, par la méthode d'exposition et par la doctrine. Ce sont : VEpitome theologiae, attribué jusqu'ici à Abélard, mais œuvre d'un disciple qui résume fidèlement le traité du maître ; Sententiae Rodlandi Bononiensis viagistri auctoritatihus rationibus fortes de Roland Bandinelli (Alexandre III), publiée par Gietl ; une somme d'Ognibene, contemporain de Roland ; une autre somme anonyme de la bibliothèque de S. Florian. L'école d'Abélard survécut- donc à la condamnation dont celui-ci fut l'objet en 1141, puisque la somme de Roland est postérieure à cette date.

L'existence d'une école de Gilbert de la Porrée est prouvée par les Sententiae divinitatis (entre 1141 et 11 47- 11 48) qui reproduit les erreurs caractéristiques de Gilbert frappées par le synode de Reims en 1148, en même temps qu'elle s'inspire fortement de la Stnnma sentenliarinn '). Parmi les disciples de G. de la Porrée (Porrectani), on rencontre Radulfus Ardens, auteur d'homélies, d'un liber epistolaniviy et surtout d'un speculiim U7nversale. Ce grand ouvrage, rédigé entre 11 79 et 12 15 '')^ s'ouvre par une classification des sciences, tente une systématisation des données théologiques, s'occupe de la transposition de la terminologie philosophique dans les matières théologiques (qua 7iecessitate qtiave intentione nomina sunt translata a iiaturali facidtate ad theologiavi '), et constitue en même temps un remarquable exposé de morale.

L'école de S. Victor fut plus prudente que les deux autres :

') D'après Geyer, op. cit., n^ 204.— ') Grabmann, op. cit., I, place R. Ardens au xi« s. Geyer, Raduljus Ardens u. dus Speailum universalt (Theolog. Quarlalschrift, 191 1, p. 63) démontre qu'il faut situer son œuvre au xii" s. On trouve notamment dans le spéculum des mentions de G. de la Porrée, en même temps qu'il utilise P. Lombard et J. Damasccne. — ^) GRABMA^N op. cit,, I, 255.

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tout en reprenant d'Abélard les progrès qu'il avait réalisés dans les méthodes didactiques et constructives de la théologie, elle sut renfermer ces méthodes dans les limites d'une parfaite ortl.odoxie ; et ainsi elle contribua autant qu' Abélard à tracer le sillon définitif de la théologie scolastique. Ces salutaires influences se font jour déjà dans l'œuvre de Roland et d'Ognibene. Hugues DE S.Victor est le plus grand représentant de l'école théologique à laquelle le célèbre couvent mystique a donné son nom. Son traité de Sacramentis est une S3'nthèse dogmatique plus parfaite que y Introductio ad theologiavi d'Abélard, mais est postérieur à cet ouvrage. Quant à la Smvma Sententiarnvi , plus directement inspirée de la méthode abélardienne, et dont la provenance est vivement discutée '), elle fait des emprunts doctrinaux à l'école abélardienne, et influence à son tour plusieurs recueils de sentences immédiatement postérieurs.

De l'œuvre théologique de Hugues on peut rapprocher celle de Richard de S. Victor, dont le de trinitatey imprégné de l'esprit anselmien, établit un système de rapports entre la foi et la raison. Son exégèse du fides quaereiis intellectinn n'admet pas seulement, pour justifier le contenu de foi, des rationes probabiles^ mais aussi des rationes necessariae — ce qui pourrait paraître excessif ''), si on ne tenait compte en même temps des tendances mystiques de l'auteur.

Parmi les autres Sententiaires, tributaires de l'école de Hugues de S. Victor, on peut citer Hugues de Rouen ; et surtout Robert DE Melun (t II 67) ^). Son œuvre capitale ■*;, les Scn-

') L'attribution à Hugues, mise en doute par Denifle {Arch. Litt. u. Kirc] mgesch. Mitt., m, 1887, p. 634) est défendue par Fournier, Ostler. Gietl l'attribue « à un disciple de Hugues fortement influencé par l'école d'Abélard », op. cit., p. 57. Portalié {Ecole théolog. d'Abélard dans Dict. théol cath.) ei d'autres appellent l'attention sur des erreurs qui d'après eux ne permettent pas de l'attribuer à Hugues. Grabmann, op. cit., 11, 297, tient l'attribution à Hugues pour probable, en ajoutant qu'il n'y a pas d'arguments décisifs pour ou contre. — *) Heitz, op. cit., 72 et suiv. — ') Grabmann cite encore parmi les productions issues de S. Victor, le Fons philosophiae de Godefroid de S. Victor et un traité anonyme de sancta trinilate, II, 318-328. — *) 11 a laissé en outre des quaestioncs de diviîia pagina, et des œuvres exégétiques, v. chez Grabmann, op. cit., p. 323 et suiv., nombreux extr. inédits des sentences.

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tences, est remarquable par ses allures systématiques. Le Prologue affirme le caractère intellectualiste de la foi ; il fournit des renseignements précieux sur les procédés didactiques superficiels auxquels recouraient certains glossateurs contemporains et que l-'auteur veut remplacer par une technique plus critique. Robert de Melun eut pour maîtres Hugues de S. Victor, peut-être Abélard ; il ouvrit une école à Melun, et J. de Salisbury qui suivit ses leçons, le qualifie /;/ responsionibus perspicax, brevis et covwiodus.

Abélard, G. de Porrée et Hugues de S. Victor sont des théologiens doublés de philosophes; ils réunissent en eux deux personnalités. On n'en peut dire autant de tous les théologiens de cette époque.

200. Les théologiens rigoristes. — Les abus de la méthode dialectique inspirèrent à de nombreux théologiens des craintes excessives. C'étaient d'abord quelques m)^stiques exaltés, Gautier et Absalon de S.Victor, p. ex., qui condamnaient tout savoir, et dont la voix ne fut pas écoutée (§ 2). Gautier de S. Victor, dans son imMé cofitra qtiatuor labyrinthos Fra7\ciae (vers 11 79) englobe dans une même réprobation l'auteur des seiiteyiiiae divijiitatis, Abélard, G. de la Porrée, P. Lombard, P. de Poitiers. Citeaux et Fonteavellana étaient des centres de pareille réaction. — C'était surtout un groupe influent de théologiens rigoristes qui, avec Pierre de Blois, Etienne de Tournai (f 1203) « en voulaient aux faiseurs de nouvelles sommes» '). S. Bernard, Ernaud de Bonneval, Hugues d'Amiens, Geoffroi d'Auxerre, Jean de Cornouailles, Bruno de Segni, Philippe de Harvengt (f 1182), Michel de Corbeil (f 11 99, inntilis iiiquisiiio studiiwi philosophiae), accusaient la méthode dialectique des erreurs théologiques de Roscelin, d'Abélard, de Gilbert de la Porrée. Indirectement, plusieurs allèrent jusqu'à condamner la philosophie même. C'était dépasser la mesure. Non seulement la philosophie n'était pas responsable des erreurs théologiques, mais encore l'abus de la méthode dialectique ne pouvait condamner son usage.

■) Epist ad R. l'ont., cité far Portalié, op. cit., col. 55.

Pierre le Mangeur (Comestor, chancelier de Paris, t vers II 78, auteur d'une Historia Scholastica) et Pierre le Chantre ou de Reims (Cantor, f 1179) impriment à la théologie une direction pratique et positive. Leur influence se fait sentir chez Liebhard de Prùfening^ Guido d'Orchelles^ et un groupe de maîtres anglais : Richard de Leicester, Guillaume de Montibus^ Pierre de Londres, mais surtout Robert Courçon (Summa) '^ un des premiers organisateurs de l'Université de Paris, et Etienne Langton.

201. Les théologiens utilitaires. — Entre ces théologiens ombrageux et les théologiens de l'argumentation se place un parti de théologiens, qui ne voient dans la philosophie qu'un instrument, auquel on demande d'ailleurs peu de services.

Le plus célèbre des sententiaires , Pierre Lombard, surnommé inagister sententiarimi, se place à ce point de vue utilitaire (né à Novara en Lombardie, professeur à l'école cathédrale vers 1140, en II 59 évèque de Paris, t 1164). Il ne recourt aux notions philosophiques que dans la mesure où elles peuvent interpréter et servir le dogme : ce n'est pas un philosophe, mais tout au plus un écrivain à vernis philosophique ""). Sa philosophie est fragmentaire, incidente, flottante et sans originalité. C'est un « éclectique qui tantôt de façon très superficielle, tantôt avec une profonde réflexion prend ses idées un peu partout pour éclaircir la doctrine de l'Église » ^). En matière théologique, P. Lombard ne peut pas davantage prétendre à l'orginalité. Ses libri IV Sententiarum imitent et très souvent copient la Summa sententiarum ; et c'est

') Étudie des questions de théologie morale et de droit canon. Une des parties les plus intéressantes, traitant de l'usure, est publiée par G. Le Fèvre, Le traité de iisura de R. de Courçori (Lille, 1902). A noter que l'auteur n'invoque pas (ainsi qu'on le lit plus tard) les textes de V Éthique et de la Politique pour condamner les bénéfices usuraires. D'où M. Le Fèvre conclut que jusqu'au xiii*^ s. les réquisitoires contre le prêt à intérêt se sont constitués de façon autonome, sans le concours d'Aristote. — ') Espexberger, Die Philosophie des Petrus Lomhardus und ihre Stellung im zxv'ôlftcn Jahrh. — ^) Ibid., p. 11. — Dehove, op. cit., p. 119 montre que malgré ses hésitations, il faut ranger P. Lombard parmi les partisans du réalisme modéré.

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à Hugues de S. Victor et à Abélard ') que devrait revenir la meilleure part de l'immense prestige dont le moyen âge a entouré ses Livres de Sentences '').

Parmi les premiers imitateurs de Pierre Lombard, il faut citer maître Bandinus; Gandulphe de Bologne (écrit vers 11 50) qu'on avait cru d'abord un des inspirateurs du Lombard, et qui ne fait que le résumer ^) ; et surtout Pierre de Poitiers (f 1205), professeur de théologie, puis chancelier de Paris, le plus fidèle disciple du Lombard *), dont les Sente?! tiarum libri quinqiœ et les commentaires remarquables {Glossae super sententias avant 1175) contribuèrent largement à la diffusion de l'œuvre du maître ^). Les commentaires du « maître des sentences », nés dès la seconde moitié du xii^ s., se multiplièrent à partir du xiii^ s.

') Espenberger nie que Robert Pulleyn (Robeitus Pullus, mort vers 11 50, professeur à Paris et à Oxford, auteur des Sententiarum libri octo composés après 1136) ait influencé P. Lombard. Les classifications du Lombard révèlent l'influence de la 3'^e partie des Trr]Yr) yviJuaeujç de J. Damascène, dans la traduction de Burgondio. de Ghellinck a précisé cette influence. Les œuvres de Jean Damas en Occident au XII^ s. (R. quest. histor. LXXXVIII). Du même : Le traité de P. Lombard sur les sept ordres ecclésiast. Ses sources, ses copistes (R. hist. ecclés. Louvain, 1900). P. Lombard subit aussi l'influence d'Alger de Liège (de Ghellinck) et des Sententiae divinitatis (Geyer). - ') A raison du rôle historique joué par les Sentences du Lombard, nous croyons intéressant de donner à grandes lignes la table des matières de l'ouvrage. L'auteur traite successivement des ^^5, ou choses qui ne sont le symbole d'aucune autre chose, et des signa ou symboles. — Les res sont : a) l'objet de notre jouissance : Dieu (L. I) : b) les moyens d'y arriver : les créatures (L, II) ; c) les vertus qui sont à la fois objets de jouissance et moyens d'arriver au bonheur; les hommes et les anges, ou les êtres appelés à jouir de la béatitude (L. III). Les 5/^«/z, ou symboles, sont les sacrements (L. IV.). — ^) de Ghellinck, Les Sententiae de Gandulphe de Bologne ne sont-elles qu'un résumé de celles de P. Lombard (R. néo-scol., 1909); les citations de J. Damascène chez G. de Bologne et Pierre Lombard (Bull. Littér. eCclés. 1910) ; La diffusion des œuvres de G. de Pologne au moyen âge (R. Bénédictine, 1910 p. 386). — *) Grunwald, op. cit., 53 remarque que les preuves de l'existence de Dieu, invoquées par P. de Poitiers l'emportent en précision sur celles du Lombard, et ne manquent pas d'originalité. Notamment une preuve fondée sur la division des êtres en substances et en accidents et sur l'insuffisance des uns et des autres à exister par soi fa-sej. Une autre preuve est fondée sur l'insuffisance pour tout être composé de parties à exister />er se. — ^) Les résistances opposées au Lombard par Gautier de S.Victor, Jean de Cornouailles, l'anonyme du liber de vera philosophia et Joachim de Flore furent rapidement annihilées. Grabmann, op. cit., Il, p. 398.

dans de colossales proportions ; on les compte par centaines, et nulle œuvre au moyen âge ne reçut pareil succès. Jusqu'au milieu du XVl^ s., les cadres qu'il a choisis sont restés classiques, et on expliquait les Sentences en même temps que la Bible dans les facultés de théologie des nombreuses universités européennes.

De P. de Poitiers on peut rapprocher Martin de Fugeriis, Pierre deCapoue(t 1242), et deux personnalités plus significatives du début du xill^ s., Simon de Tournai (somme théologique, Quaestiones quodlibetale^, expositio super symbolum) et Prâpositinus de Crémone (somme théologique). Enfin il faudrait signaler ici, comme un des exposés les mieux ordonnés du dogme, les Catholicae fidei libri quinqîie, d'Alain de Lille ').

202. Conclusions. — 1° Les personnalités les plus remarquables dans l'histoire de la théologie du XIF s. — Abélard, G. de la Porrée, Hugues de S. Victor, pour ne citer que des chefs d'école ~ sont à la fois et philosophes et théologiens. Philosophes, ils se préoccupent de . constituer une doctrine explicative de l'ordre de la nature, par les lumières de la raison. Théologiens dogmatiques, ils se proposent de faire un exposé systématique de la croyance catholique, et à cet effet attribuent à l'argument d'autorité le rôle principal. De plus, par l'emploi de la méthode dialectique, dont la plupart vantent les ressources, ils reconnaissent à la philosophie un rôle* de science auxiliaire, et la ramènent ainsi à une unité d'ordre supérieur. Ainsi se confirme que la philosophie apparaît à un double titre au moyen âge : elle a une valeur autonome ; elle innerve en théologie la méthode dialectique. Le premier point de vue est celui qui domine dans cette histoire.

') Du nombre des summistes et des philosophes, il faut rayer Hildebert de Lavardin (1057 — vers iï33). évêque de Tours, car le Tractafus fheologicus qu\m lui attribuait est de Hugues de St-Victor (Hauréau, Not. et e.xtr. etc., V, 251) ; la Philosophia moralis inscrite sous son nom est de G. de Couches. D'autres summistes de cette époque sont insuffisamment connus, leurs œuvres manuscrites n'ayant pas été étudiées : Etienne de Langton, professeur à Paris, cardinal (1206), archevêque de Cantorbery ; Philippe de Grève, chancelier de Paris (t 1236); Godefroy de Poitiers, professeur à Paris (1231) dont Brommer annonce une édttion.

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