‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 90 sur 223 · MYSTICISME ET SCOLASTIQUE · texte numérisé non relu

MYSTICISME ET SCOLASTIQUE

obtenue par négation et transcendance. Elles forment des degrés d'une échelle supérieure que l'homme ne peut gravir sans la

grâce ').

Il n'y a donc pas d'incompatibilité entre philosophie scolastique,

théologie scolastique, mystique.

210. Sources du mysticisme médiévaL — Les élans mysriques de S. Augustin trouvèrent des échos au moyen âge. On consulta également les Stromates et le Pédagogue de Clément d'Alexandrie, le de institutione coenohiorum de Cassien et le de vita contemplativa attribué à Prosper d'Aquitaine. Mais avant tout on se reporta au pseudo-Denys l'aréopagite (dans la traducdon de J. Scot Ériugène et d'autres), et il a été dit plus haut que le mysticisme panthéiste non moins que le mysticisme individualiste put s'en autoriser. Enfin, à partir de la fin du XIP s., se manifestent les influences du mysticisme arabe.

211. Les premiers mystiques. Saint Bernard. — Paulin d'Aquilée, Odon de Cluny, Anselme de Cantor- BÉRY, Hildebert DE Lavardin Ont écrit sur les degrés de l'ascèse inférieure, bien plus que sur la mystique. On trouve quelques théories mystiques chez RUPERT DE Deutz (t 1135)» Odon DE Tournai, Gautier de Lille, Honoré d'Autun. Ce dernier est une personnalité complexe, écrivain solitaire qui vivait au second quart du xii« s. dans l'entourage de Christian, abbé de Ratisbonne, vulgarisateur plutôt que savant, poète à ses heures,

') M. Delacroix établit entre la mystique et la scolastique des rapports qui reposent, ce nous semble, sur des confusions d'idées. « La scolastique, dit-il, ne va pas sans la mystique : car elle est la science appliquée à la religion et part de cet axiome que tout est intelligible par la théologie, que tout par conséquent est réductible à la théologie ; mais cet axiome lui-même suppose que le penseur sent sa dépendance à l'égard de Dieu et s'efforce d'approfondir le sentiment de cette dépendance. La piété personnelle devient ainsi la condition de la science, mais comme cette piété n'est autre chose que le sentiment du divin, que la contemplation ascétique du rapport du moi à Dieu objet de la Mystique, la Mystique est à la base de la Scolastique. » Essai sur le mysticisme spéculât . en Allem. au X/F« s. p. 10. L'auteur confond théologie scolastique et philosophie scolastique, et pense à tort que la piété est une condition pour philosopher à la façon des scolastiques.

dont la production littéraire, des plus variées, ne comporte pas moins de trente-huit ouvrages et opuscules.

Mais l'étude méthodique des hautes sphères de la perfection date du xiF s. Le premier grand nom est celui de S. Bernard (doctor melh'fluus, 1091-1153), qui peut être considéré comme le fondateur du mysticisme scientifique. Pour S. Bernard, la science n'est qu'un moyen de régénération spirituelle ; le but de la vie est l'amour de Dieu et celui-ci comporte quatre degrés. On y arrive par les douze stades de l'humilité. De S. Bernard on peut rapprocher Guillaume de S. Thierry.

212. Le mysticisme de S. Victor. — Pour trouver le code complet des lois qui régissent la marche de l'âme vers Dieu, il faut aller au sanctuaire du mysticisme, à l'école de S. Victor. - Hugues de S. Victor y fut l'initiateur et le plus remarquable représentant d'un mouvement mystique qui remplit tout le XIP s. La théologie mystique s'occupe de la foi dans ses données objectives (Jides quae crediUir, mater ia fidei) et surtout dans le sentiment affectif qu'elle fait naître (affecttis, fides qua creditur). Comme S. Augustin, dont il suit de près le mysticisme, Hugues décrit les étapes de l'ascension vers Dieu. C'est par l'œil de la contemplation que l'âme le saisit (p. 235) '). Toute connaissance s'effectuant par une ressemblance, l'âme trouve dans cette possession de Dieu un parachèvement de son être, et l'amour de Dieu, qui entraîne la contemplation, donne à l'âme sa forme la plus parfaite. Bien que cette union avec Dieu n'exige pas l'intervention d'une faculté distincte de l'intelligence, Hugues fait appel à \m%ecom^ surnattcrel de la grâce pour mener l'âme à ces hauteurs de la vision mystique. Par la cofitefnplatio, l'âme plonge sans effort un regard libre et pénétrant sur l'être infini de son créateur "").

*) « Qui autem Spiritum Dei in se habent,et Deum habent : hi Deum vident, quia oculum illuminatum habent, quo Deus videri potest, et sentiunt non in alio vel secundum aliud, quod ipse non est, sed ipsum et in ipso, quod est, quod praesens est. » Hier. III (P. L. 175, 967). Cf. Ostler, op. cit., p. 139. — *) « Tria sunt animae rationalis visionis : cogitatio, meditatio, contemplatio. » Hom. I (P. L, 175, c. 1 16). La cogitatio est un regard superficiel et extensif ; la meditatio est une réflexion délibérée et soutenue sur un point donnée,

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