LE MYSTICISME DES VICTORINS
Richard de S. Victor, prieur de l'abbaye mystique de 11 62- 1175, disciple immédiat de Hugues, est presque aussi connu que son maître (de extermijiaiione mali et promotlone bo?ii ; de statu mterioris Jiominis ; de eruditione hombiis interioris ; de praeparatio?ie animi ad contemplationem ; libri quinque de gratia contemplationis ; de arca mystica).
Après eux, l'exubérance du mysticisme alla grandissant à S.Victor. De plus en plus on regarda l'acte de foi comme un sentiment purement affectif, indépendant des motifs mêmes de crédibilité. La philosophie passa pour une superfétation inutile. Le mépris de toute spéculation s'accuse chez Achard et Godefroid de St- Victor, et atteint son plus haut degré chez Gautier, le successeur de Richard, pour qui la dialectique est l'art du diable. Il écrit un livre In quatuor lahyrinthos Franciae, Nous retrouvons les mêmes tendances, en dehors de S. Victor, chez Adam le Prémontré et Adam de Perseigne. Plus tard, Thomas Gallus, abbé de Verceil (f 1246) fusionna la mystique des Victorins avec celle du pseudo-Denys, et marque la transition de l'école de S. Victor à celle de S. Bonaventure.
213. Bibliographie. — A. Endres, Honorius Augustodunensis. Beitrag zur Geschichte des geistigen Lebens im I2 Jahr. (Munchen, 1906). Rassemble les éléments histor. relatifs à ce personnage peu connu. Sur ses œuvres particuliers, nombreuses monographies de J. Kelle, iQOi-1906 ds Sitzungsb. der k. Akad. d. Wissensch. in Wien. Philos.-histor. Klasse ; Daux, Un scolastique du XII^ s. trop oublia H. d'Autun (Rev. se. ecclés. et science cathol. 1907). Vacandard, Vie de S. Fleriiard, abbé de C/airveau.v. Par\s 1895, 2 vol. Bon; H. de S. Victor, v. n» et Buonamici, Riccardo da S. Vittore, saggi di studio sulla filosojia ini^tica del sec. XU , Alatri, 1898.
Œuvres de S. Bernard, éd. Mabillon, 1696 et 17 19. Sur le mysticisme en général : Denifle, Eine Geschichte d. christ. Mystik. (Histor. polit. Bl., 1875); Pacheu, Introduction à la psychologie des mystiques (Paris, 1901) ; Psychologie des mystiques. Les faits. Dante et les mystiques (Paris 1909) Revue Générale du
la « contemplatio est perspicax et liber animi contuitus in res perspiciendas usquequaque difFusus. » Ostler remarque justement qu'il s'agit ici d'une façon de connaître une chose, tandis que la division du triple œil de l'âme est basée sur la diversité des objets à connaître, op. cit., p. 145.
P. Martin, I^evue Thomiste, 1911. — Scharpe, Mysticism. Us true nature and value (l.ondon, Sands, 1910). Notions et classifications nettes; H. Osborne Taylor, The Mediaeval Mind, 191 1, t. II, Book V : Symbolisai.
Section a'"«. — La philosophie byzantine.
214. Caractères généraux. — Bannie d'Athènes par le décret de Justinien en 529, forcée d'évacuer Alexandrie lors de l'invasion des Arabes en 640, la philosophie grecque se transplante dans la capitale de l'empire d'Orient (p. %'^). Elle s'y maintient pendant tout le moyen âge, mais son développement est irrégulier, lent, comme le génie byzantin lui-même. Bien que les idées antiques aient été recueillies de première main et dans leur forme originale par la philosophie byzantine, leur infiltration y est beaucoup plus superficielle que dans la science arabe, qui, on le verra, les reçut par de nombreux intermédiaires.
Prise dans son ensemble, l'œuvre de la philosophie byzantine est peu féconde ; elle a des allures encyclopédiques ; ses représentants se réclament les uns de Platon, les autres d'Aristote, sans avoir de personnalité bien marquée.
215. Principaux représentants. — Déjà les derniers tenants du néo-platonisme, Themistius et Proclus (p. 83). ont des attaches avec Byzance. Leontius de Byzance (t vers 543) demande à l'aristotélisme une méthode dialectique pour justifier le christianisme. Au vii« siècle Etienne d'Alexandrie commente Aristote. \.' Isagoge de Porphyre et les traités du pseudo-Denys jouissent aussi du plus grand ascendant dans les milieux byzantins. Malgré d'innombrables difficultés créées par les règnes tourmentés de la dynastie isaurienne, Jean Damascène (t 750) tente une accommodation des doctrines aristotéliciennes et néo-platoniciennes au dogme chrétien. On peut dire que sa niirn TViuaeujç est un premier essai de synthèse philosophique. Cet ouvrage célèbre contient une Dialectica, un catalogue de haeresibus, et un traité de fide orthodoxa. Ses divisions sont hiérarchisées et chaque partie contient des prolégo-