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LA PHILOSOPHIE CHEZ LES ARABES

de Resaïna sont fort défectueuses, parce qu'elles s'attachent à la translation littérale sans se préoccuper du sens ').

219. Origine de la philosophie chez les Arabes. — Même avant l'hégire (622) et la conquête musulmane, qui soumit les Perses et les Syriens aux Arabes, ceux-ci étaient entrés en contact avec la civilisation chrétienne « de qui ils allaient recevoir le dépôt de la science, pour le lui rendre ensuite après l'avoir fait fructifier plusieurs siècles » ^). La culture des sciences d'observation et les discussions religieuses avaient provoqué un mouvement philosophique autonome; mais la philosophie arabe ne devait prendre son essor définitif qu'au contact des idées grecques. En effet, quand en 750 les Abassides remplacèrent les Ommaïades, ils invitèrent à la cour de Bagdad les savants de la Syrie et, grâce à leur concours, imprimèrent une forte impulsion à la culture intellectuelle. Ce furent des Syriens qui initièrent les Arabes aux grandes œuvres de la philosophie grecque, en les traduisant du syriaque en arabe. Ce mouvement de traduction commença sous le Khalifat de El-Mansour (7S3-77-[)f et fut plus vigoureusement poursuivi par El-Mamoun. Celui-ci fonda à Bagdad, vers 8^2, un bureau de traduction à la tète duquel on trouve HoNAïN BEN IsAAC (le JoHANNiTius des scolastiques t 873), contemporain de Jean Scot Eriugène à la cour Palatine, et de Photius à Byzance. Ce travail fut continué au x*^ siècle par des chrétiens syriaques, au nombre desquels nous citerons Costa ben Eue A. On traduisit non seulement des ouvrages de philosophie grecque ^), mais encore des traités de médecine et de mathématiques. Les études philosophiques sont postérieures aux études scientifiques. Par contre, tandis que les écoles de Syrie s'étaient adonnées presque exclusivement à l'organon d'Aristote, les traducteurs firent connaître aux Arabes toutes ses œuvres fondamentales. En même temps ils transmirent les commentaires

') PoLLAK, Ejitivichl. d. arab. u. judischen Philos, im Mittelaltcr, p. 206. — *) Carra de Vaux, Avicenne, p. 49 (Paris, 1900). — ^) 11 y eut aussi quelques traductions d'œuvres persanes et indiennes, mais de moindre influence. //^/t/., p. 37-

d'Alexandre d'Aphrodisias, de Porphyre, de Themistius, d'Ammonius. Platon était moins connu, mais les traditions néo-platoniciennes étaient vivaces. On les rencontre dans une des premières œuvres traduites (au plus tard en 840), la fameuse Théologie d'Aristote, faussement attribuée au Stagirite, et qui n'est qu'une compilation des Ennéades (IV à VI) de Plotin faite au IIF ou IV^ s. '). De la célèbre Isagoge de Porphyre on a compté plus de cinq cents commentaires arabes.

Sous l'empire de ces idées surgit une philosophie arabe qui remplit trois siècles et demi et se développa successivement dans le royaume d'Orient et dans celui d'Espagne.

220. Caractères généraux de la philosophie arabe. — 1° Respect d'Aristote. Aristote est le philosophe Kai' éHoxnv, et les Arabes possèdent à un haut degré le pouvoir de condenser sa doctrine. Hommes de science, ils apprécient et accentuent la base empirique de son système. Toutefois, le péripatétisme des Arabes est altéré : d'abord l'interposition de plusieurs langues entre l'original et le texte traduit (du grec en syriaque, du syriaque en arabe, parfois en passant par l'hébreu) et surtout la défectueuse méthode de la traduction mot à mot n'avaient livré aux savants que des leçons imparfaites, obscures ou infidèles ; de plus, les péripatéticiens arabes ont souvent interprété le Stagirite à travers les commentaires d'Alexandre d'Aphrodisias ou des néo-platoniciens ; en outre ils ont transformé ou accentué des doctrines demeurées vagues dans les écrits du maître, notamment celles relatives à l'intellect ; enfin les éléments aristotéliciens de la philosophie arabe y sont alliés à des éléments étrangers au péripatétisme. En réalité, les philosophes arabes ont abouti à :

2° Un syncrétisme qui leur appartient en propre. Leur explication rationnelle du monde emprunte son caractère distinctif aux théories de \ émanation des sphères et de Y intellect humain. Partisans de la doctrine aristotélicienne de l'éternité du monde,

') Une paraphrase latine parut à Rome, en 15 19, sous le titre : Sapicntissiuii Aristotelis Stagirilae Theologia sivc mistica philosophia secimdum Aegyptios novitcr reperU et in latijinm castigatissivie redacta, cité par Carra de Vaux,^/. cit,, p. 74.

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les péripatéticiens arabes de l'Orient, depuis El-Kindi jusqu'à Avicenne, tempérèrent le dualisme qui en résulte par la théorie de l'émanation ; et ce d'autant plus volontiers que l'émanation était enseignée par un écrit pseudo-péripatéticien de grande célébrité, la théologie d'Aristote '). Quant à la théorie de l'intellect humain isolé et universel, elle a son point de départ dans un texte obscur d'Aristote, que, sous couleur d'interprétation, on rapproche de données néo-platoniciennes. Aristotéliciens dans leur conception de la philosophie et de ses rapports avec la science, les Arabes traitent suivant l'esprit d'Aristote une foule de problèmes spéciaux, et ainsi s'expliquera que les scolastiques les prennent si volontiers pour guides. On reconnaît des résidus de la gnose alexandrine dans leur mysticisme, leurs théories sur le voOç, l'émanation, l'extase — si bien qu'au jour où la scolastique étudiera la philosophie arabe, elle recevra, par son canal, de nouvelles infiltrations néo-platoniciennes. Ces éléments platoniciens étaient attribués erronément à Platon qu'on essayait de concilier, vainement d'ailleurs, avec Aristote, au nom de l'unité de la tradition philosophique "). Enfin on retrouve chez les Arabes des traces de la science grecque ; les psychologues notamment souscrivent volontiers à la physiologie, parfois suspecte de matérialisme, de Galien et des autres médecins grecs.

3° IJharmoiiie de la pensée philosophique et du dogme rmistdvian est une des préoccupations principales des philosophes arabes. Toutefois la plupart distinguent la religion du peuple, basée sur une exégèse littérale du Coran, de la religion des lettrés, fondée sur son étude philosophique. A cette préoccupation se rattachent les discussions entre les Mutakallimûn ^) orthodoxes et de nombreuses sectes hérétiques dont on ne peut ici retracer l'histoire. On peut entendre par scolastique musulmane ou arabe, l'harmonie poursuivie entre le Coran et la philosophie ''). Toute-

') WoRMS, Die Lehrevon d. Anfanglosigkeit d. Welt bei mittelaît. arahischen Philos, d. Orients, etc., op. cit., p. 13. — ") Carra de Vaux, op. cit. y pp. 79, 272. — ') Par « MuUkallimûm > il faut entendre tous ceux qui s'occupent de problèmes philosophico-religieux. Pollak, op, cit.^ p. 214. — *) Carra de Vaux, op. cit.

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