‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 96 sur 223 · FARABI · texte numérisé non relu

FARABI

fois, il ne faut pas perdre de vue que la philosophie des Arabes a un sens autonome, comme explication du monde, indépendamment de sa subordination au Coran. 11 faut appliquer à la philosophie arabe, au sujet de ses rapports avec le Coran, ce qui a été dit plus haut au sujet de la scolastique occidentale et de ses rapports avec le dogme chrétien (p. 123).

221. Branche orientale des Philosophes proprement dits. El-farabi. Avicenne. — Le mutazilit An-Nazzam (vers 835) est cité comme le premier philosophe arabe. Familier d'Alexandre d'Aphrodisias, il reprit sa défense de la liberté humaine. Un peu plus tard, El-kindi (t vers 873) contemporain de Jean Scot Eriugène, est un encyclopédiste d'une fécondité rare et un traducteur important. Il s'adonna de préférence à la logique. Ses écrits philosophiques n'existent plus que dans des traductions latines récemment publiées, et dues à Gérard de Crémone et à J. Avendeath (v. p. 1.)- H remania probablement une traduction arabe primitive de la Théologie d'Aristote.

Plus connu des scolastiques est El-farabi k^ 949/50)» a"^''® savant de l'école de Bagdad, le plus grand philosophe arabe avant Avicenne^ interprète et commentateur des auteurs grecs, bien plus que leur traducteur. Son oeuvre philosophique est considérable, et on possède de lui plusieurs traités importants. Parmi les ouvrages de logique qui ont fait sa célébrité et témoignent d'une profonde connaissance d'Aristote, on cite de préférence ses commentaires sur les Derniers Analytiques, un traité de ortu scientiarum, un autre de iniellectu et intelligihili , souvent cité au moyen âge. L'idée panthéiste est contenue en germe dans la métaphysique de Farabi, celle-ci portant les marques évidentes de la théorie néo-platonicienne de l'émanation divine. Le système s'achève par des tendances mystiques. M. Carra de Vaux fait à Farabi l'honneur d'avoir introduit définitivement la théorie de l'intellect agent, forme pure séparée de la matière, et il fait de lui ce bel éloge : « Farabi fut une nature véritablement puissante et singulière. Il est, à mon sens, plus attrayant qu'Avicenne, ayant plus de feu intérieur, capable d'élans plus brusques et de coups moins

prévus. Sa pensée fait des bonds comme celle d'un lyrique ; sa dialectique est aiguë, ingénieuse et contrastée, son style a dc> mérites de concision et de profondeur rares » ').

Le successeur de Farabi ''), Ibn-Sina (Avicenne^ 980-1037), à la fois théologien et médecin, est un des principaux philosophes arabes. Malgré les vicissitudes d'une vie très agitée, il parvint à écrire un nombre d'ouvrages qu'on dit dépasser la centaine. Avicenne est, dans le camp arabe, un des plus fidèles interprètes d'Aristote. Parti de la synthèse de Farabi, il la dépouille de plus d'une idée néo-platonicienne pour mieux se rapprocher du véritable péripatétisme.

Parmi les traités généraux sur la philosophie, citons le Chifà, que les scolastiques traduisent par Sufficeiiiiae , (logique, mathématique, physique et métaphysique ; la Metaphysica Avice?i7iac sive ejiis prima philosophia, publiée en 1499 à Venise, paraît être une partie du Chifâ) ; le Nadjât, abrégé du premier ; le Livre des théorèmes et des avertissements ; le Guide à la Sagesse ; la Philosophie d^Aroudi ; la Philosophie d\4.lâ. Des traités spéciaux abordent une foule de questions importantes, sans compter qu'Avicenne laissa de nombreux ouvrages mystiques et scientifiques (surtout pour la médecine et l'astronomie).

La logique, au caractère net et concis, libre commentaire d'Aristote, accorde une place centrale à la définition et au raisonnement. Elle est l'instrument qui sert à l'acquisition de la philosophie, non la philosophie même. La classification des sciences philosophiques d'après Avicenne fut classique au moyen âge et les scolastiques du xiiP siècle s'y rapportèrent avec prédilection : la physique, la mathématique et la théologie, ayant chacune une partie pure et une partie appliquée, forment la philosophie spéculative ; l'éthique, l'économique, la politique constituent la philosophie pratique.

A la métaphysique Avicenne réserve le premier rang, et le

') 0/>. ctf., pp. 102-Ï16. — ') Les « frères delà pureté » qui apparaissent à la m jme époque, sont des encyclopédistes et des vulgarisateurs ; en même temps ils forment une secte mystique. Dieterici a publié des extraits dp leurs œuvres.

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