AVICENNE
prand problème qui le préoccupe est celui de la procession des êtres, ou la génération du multiple hors de l'un. Au faîte de l'empyrée métaphysique se trouve le Premier, Dieu, Intelligence parfaite, Bien absolu. Du premier être découle le premier causé. s< Du fait que le premier causé connaît le premier être découle une intelligence qui est la première située au-dessous de lui, soit celle de la sphère de Saturne ; du fait que le premier causé se connaît lui-même comme nécessaire par le premier être, découle l'existence d'une âme qui est celle de la sphère limite ; du fait qu'il se connaît comme possible par lui-même découle l'existence du corps de cette sphère limite. Ce mode de procession se répète ensuite en descendant l'échelle astronomique. De l'intelligence de Saturne, en tant qu'elle connaît Dieu, découle l'intelligence de la sphère de Jupiter ; de la même intelligence, en tant qu'elle se connaît ellemême, découlent l'âme et le corps de la sphère de Saturne. La dérivation continue ainsi jusqu'à ce qu'on arrive à l'Intellect agent ; là elle s'arrête ; il n'y a en effet aucune nécessité, observe Avicenne, qu'elle continue indéfiniment » ').
La théorie de la procession des sphères est complétée par celle de leur motion, et l'une et l'autre fournissent une explication synthétique des données astronomiques des Arabes : le mouvement circulaire qui entraîne les sphères trouve sa raison dernière dans la finalité exercée par Dieu, l'âme intelligente de chaque sphère recherchant le Bien suprême dont l'intelligence les attire. — L'intellect agent, la dernière engendrée des intelligences pures, gouverne notre monde, car c'est de lui que découlent, grâce à l'influence des mouvements célestes, toutes les formes substantielles que doit recevoir la matière sublunaire. Par là on voit que l'intellect agent ne joue pas seulement un rôle psychologique, mais que dans le processus des émanations il est principe métaphysique d'où émergent les âmes humaines, au même titre que les autres formes terrestres. Quant à la matière, elle n'est pas, comme pour Farabi, un effluve de l'âme, mais un élément éternel,
') Carra de Vaux, op. cit., p. 247.