GAZ ALI
coexistant avec Dieu, et affecté d'une complète indifférence à être ou à ne pas être.
La théorie des causes, la solution aristotélicienne du problème des universaux, et notamment sa thèse de l'individualité des substances et des trois états de l'essence (ante mullitndhiem^ i7t 7nultiplicitate, post jnultipUcitatem ') donnent aux autres doctrines de la métaphysique d'Avicenne des allures franchement aristotéliciennes, grâce auxquelles elle s'est imposée à l'attention des scolastiques occidentaux.
En psychologie, Avicenne souscrit à la doctrine aristotélicienne sur les facultés de l'âme. Tout en réduisant le nombre des facultés que les frères de la pureté avaient multipliées à l'excès, il se laisse aller à des développements parfois excessifs. C'est ainsi qu'il reconnaît dans l'entendement spéculatif (intelligence passive propre à chaque homme), un quintuple stade, correspondant à des actiiations successives, — sans compter l'intervention de l'intellect agent, forme séparée, dont l'illumination est nécessaire à toute activité intellectuelle. Ces stades sont : l'intelligence matérielle, possibilité absolue de connaître; l'intelligence possible, nantie des vérités premières ; l'intelligence en acte, ou parfaitement préparée à recevoir d'autres connaissances ; l'intellect acquis, en possession de ces connaissances ; l'esprit saint, ou l'intuition mystique réservée à quelques privilégiés. — Par contre d'autres facultés, comme la cogitative, font l'objet d'intéressants développements. — Il n'y a ni préexistence ni métempsycose des âmes humaines. Leur spiritualité et leur immortalité sont prouvées abondamment, et cette immortalité doit être personnelle : là encore on trouve une affirmation de l'individualisme par lequel Avicenne s'efforce de contre-balancer les tendances panthéistes de sa théorie de l'émanation. Comme chez Farabi, la philosophie d'Avicenne reçoit un couronnement mystique ; elle fait place à de nombreux degrés de l'extase et de la prophétie (néo-platonisme) ^).
') l-om^e, édit. Venise, 1508. fol. 12. V. A. — ') Signalons encore Alhazen, psychologue et physicien, dont le traité sur la lumière fut traduit par Witelo.