‹ Histoire de la philosophie [microform], les problèmes et les écolesChapitre 59 sur 79 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Rien de plus vague que les anciennes croyances des Grecs relativement à la vie future. Homère nous peint sans doute un royaume des ombres qui est le séjour des âmes après la mort ; mais il nous en fait un tableau sombre et lugubre : « J'aimerais mieux, dit Achille, travailler la terre sous un maître que de régner sur les morts. » Dans Pindare, la croyance à l'immortalité prend un caractère plus ferme et plus moral : « Les fautes commises trouvent sous la terre un juge dont les coupables entendent l'inviolable sentence. Pour les bons, au contraire, le soleil éclaire une vie facile, et ceux qui ont aimé la fidélité aux serments coulent une existence sans alarmes. » (Jules Girard, le Sentiment religieux chez les Grecs, p. 528.)

Parmi les sages ou philosophes, le premier auquel on attribue cette doctrine est Phérécyde, qui passe pour le maître de Pythagore : « Pherecydes Syrius primus dixit animas hominum esse sempiternas^ (Gic, Tusc, I, xvi), et l'école de Pythagore le suivit dans cette voie. Dans les autres écoles primitives de la Grèce, l'àme individuelle était trop confondue avec l'àme universelle, et l'esprit avec la matière, pour que l'on s'occupât de rechercher si l'âme n'avait pas une destinée à part. Cependant on trouve dans Heraclite quelques vues vagues et obscures qui touchent à ce problème : « Les dieux, disait-il, sont des hommes immortels; les hommes sont des dieux mortels. Notre vie est la mort des dieux; notre mort est leur vie. » (Fragm. 60.) Ailleurs il dit : « La mort réserve aux âmes ce qu'ils n'espèrent ni ne croient. » (Fragm. 69.) H promet la récompense à ceux qui meurent glorieusement. (Fragm. 120.) Il semble donc avoir admis que les âmes qui l'ont mérité retournent en qualité de démons à une vie plus pure.

Ce qui n'est pas douteux, c'est que les Pythagoriciens ont expressément enseigné la doctrine de la vie future, et en particulier celle de la transmigration des âmes, autrement appelée la métempsycose. L'âme est ensevelie dans le corps pour ses fautes passées, 8tà

•civà; Ti(xa)p(a; -^ <]>uyr^ xqj adiiioL'i a-jvi^suxTat. (Boeck, Fragm.) —

L'âme séparée du corps mène une vie incorporelle (Philol., apud

Claudien, de Statu animx, II, 7) si elle en a été jugée digne; autrement elle est réservée aux châtiments du Tartare, Ils enseignaient en outre que l'âme est destinée à parcourir diverses pérégrinations à travers des corps d'hommes et d'animaux. C'est ce qu'ils appelaient '7:aXtYY£Vc(j'a (Servius, Eneid., III, 68). Ils plaçaient sous la terre la demeure des morts (Elien, IV, 17). Au reste, cette doctrine de la métempsycose ne paraît pas avoir été chez les Pythagoriciens une doctrine philosophique, mais une des traditions des mystères orphiques. (Voir J. Girard, le Sentiment religieux citez les Grecs.)

Socrate. — Aucun texte positif ne nous autorise à attribuer à Socrate la doctrine philosophique de l'immortalité de l'âme. On ne trouve pas un mot sur cette question dans les Mémorables de Xénophon : cependant nous avons plusieurs documents qui, au moins d'une manière indirecte, semblent bien suffire pour faire admettre l'hypothèse que Socrate a cru à la vie future, croyance d'ailleurs si naturellement liée à sa doctrine morale et religieuse. C'est, d'une part, le discours de Cyrus mourant, dans la Cyropédie (Vin, vu); de l'autre, le dialogue du Pliédon. D'une part, où Xénophon aurait-il puisé l'idée de la doctrine qu'il met dans la bouche de Cyrus, sinon à l'école de Socrate?

Pour moi, dit ce prince, je n'ai jamais pu me persuader que l'âme qui vit tant qu'elle est dans un corps mortel s'éteigne quand elle en est sortie : car je vois que c'est elle qui vivilie les corps périssables tant qu'elle les habite... Vous savez, ajoute-t-il, que rien ne ressemble plus à la mort que le sommeil. C'est alors que l'àme humaine approche le plus de la divinité. Si les choses sont comme je le dis, et si l'àme survit au corps, faites par respect pour mon àme ce que je vous recommande.

Il est vrai qu'il se mêle à ces assertions un élément de doute ; mais il en est toujours ainsi dans l'antiquité. Il en est de même dans le Phédon. La vie future y est représentée comme un beau risque à courir, sOxîvouvoc. Cependant le dialogue tout entier est consacré aux preuves de l'immortalité de l'âme. Sans attribuer ces arguments si subtils à Socrate lui-même, n'est-il pas permis de dire que Platon n'eût pas choisi Socrate pour défenseur de l'immortalité, s'il eût été établi que celui-ci n'y croyait pas ? N'est-il pas même aussi vraisemblable que cette dernière journée de Socrate, consacrée à disserter sur la destinée de l'âme, est un ' événement historique, et que Socrate a réellement occupé ainsi ses derniers moments?

Platon. — Les arguments du Phédon. — La doc-

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