‹ Histoire de la philosophie [microform], les problèmes et les écolesChapitre 64 sur 79 · HISTOIRE DE LA PHILOBOPIIIK · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA PHILOBOPIIIK

LES DE)H-60CRAT1QUB$. - Pl-ATON

sensible à Tintelligiblc il y a un ablmc que la loj^ique ne poul combler. L'observation des apparences peut ikhis donner les lois de^i apparences, elle ne peut nous donner Véire inlellîgible. Selon Platon, ridée n'est pas conclue, elle est poRée (TlOwOai). Le^ \ir<tcMéi^ discursifs de la dialectique ne font <iu<j préparer riiituiltoii qui nous la révèle (vor^atç). Mais commenU plon|^^9 dan» l'apparence, pouvons-nous avoir l'intuition de* réftlîl^ç éternelle*? I><j^ Socrale disait que la science ne nous vient pas du dehors: que Thomme trouve la vérité de lui-même, en lui-môme; que le maiire ne peul qu'accoucher l'âme du disciple des v/TÎlés dont elle cM growc, par des interrogations habiles. Platon explique la maïeutique par la réminiscence (àvàjxvT.ai;). L ame autrefois vivait dans le ciel, à la suite des dieux, tout entière à la contemplation des exj^ences. I^ monde inloliîKible e»t »iï xnm patrie, o Mais c'eut une loi que les àme» auxquelles les essences échappent, perdent leurs ailes et lombeDl dans un corps Icrrcftre. » {Phàdrti.) 1^ vl o^cnte est une diute, une déchéance. Lie souvenir de la pairie célesle est obscurci en noux, il n'est pas mort. Quand noua voyons îci^bas daos Tordre de la nature l'image de Tordre rationnel que nous aroiis jadis contempNu \\\% U'^H^brex %it dinûpent, et mvudain nouH retrouvons dans notre esprit Tidéc qui y vivait d'une vie latente. La science esi une renaissance à la vie vérital)le. S»voir, •• c'cmI ko tciu\*enir de ce que notre Àme a vu dans son voyage à la suite des dieux, alors que, dédaignant ce que nous appelons improprement des êtres, elle élevait »c* rcçards vcm le seul Hrc véritable. ^ [Ph^rt.) Faut-il prendre k la lettre Tallégorie du Phèdre, ou Platon veut-il dire seulement que ce qu'il y a de réel dans Tesprit comme en tout, c*ext Tidée ?

Av Vil* livre (jk U HêpMisfw, Plnton rémune n théoiie do U (liiil<K4iquo nicMMlaate, dans U célèbre alkgorio d« U caveme. Des priiocinier» wn\ entermàâ dtn» une o&Temc, doot la paroi qui Ifiar fiit face Mt d<U.in>c par un ^rand Ira. IXerrlèrc eus «et une ouverture devant laquelle poMent des ftre« et dcsob- Jet$dooitlceaintee«ferefl6tcfitfurlaiiiiiniUlc/i!lalrée. \^.% prlfoankrfcinehatnftf ne pettt>tRi qu* it^^iutAtit to eiobret qui paiMot, diioern^r leurs rtiecmbltiiceif DOl<:r leur utodc: ^t mtnn»\Mi. Jiuppoiiv <tii*o«i «l^lvr» un prfiottnl>»r, et que brue<pt<»m^t <mi lecenduitei ik u luaki^iti. Il «fra ébloui, ati>u(tlé. Il n'A<^lt«ra »oa • <ir, <( ê^^r» c»«kvaiiic>a que la vraie Ktouce «ai cello ét^

euibrct^. Mtts r I d<* «a pr^aùi»>ro dupfvr, il regardera Ira objet* à la pAle

lumière de la nuit, on encore kurv iinairet rffi^hles dan» les eaux. Peu a peu tef jeux a'babHiKront à la liiinièrr, ils pourront cont^^mpier lei objets euxmî^mw et te tever cttUii ver* le «otiçU. prinolpc de toute clarté. Le prlsoiukicr entiialué, c'e«t l'bomiDe; laoooiisiMauce dca ombre», c*e»t la oonnaiMasee aeatible. La d Ulrc tique boua dtflhre Les oLjctt réÉleblii dan* Vtun, ec »ont lee genres et les loin, let rapport! rationiMla, ee qall y a de permanent ki'b&a , ce qalooua doano nn>*8^ ^^ 1* réalité vérttahl*); le» objcti ré«la, ce tout \t»

kiéea; letoleil» principe de toute laiiilftre, C>lt ttdée da Bieu, qui conceatre et réiumc toutes U> pcrtcctioui».

U viïiaK ewt préparée par la ^wriow, qui «uit un principe po<«é comme hvpoth.-*e (l'un Je pluBic«r«, Têtre, lenon-ôtr«, etc.) jusqu'à ses dmiiêrcs con»«i!quencce. Mais de même la vir.^tc ert «uivie par la «îiv^!». qui t'applique À lldée pour lyclaircir, pour en découvrir le» ropporU. Découvrir le* rapports de* idt-e* entre elles. c*e*t I œuvre principale du dialecticien. QvAtiA on a exprimé Tunité de ridée par la drûnition, il faut» par la division {ei«5>wi<). en déterminer lex parties. Aller de Tunil** du principe à la pluralité des conaéqucnced. de Tunit^» du «enre à la pluralité des espèces, di^môler let rapport* des idt^cà entre clle^i, c'est le mouvement même et la vie de la pensée. L'unité abaolue de Parménide. c'ert le silence et la mort; U pluralité» absolue des disciples d'Heraclite, c'est la confu^on et le chaos. Dan^ les deux cas, il n'y a ni pensée ni discours possible. Le jugement suppoxiî Tunion dcîi genres. San» doute l'idée ne peut pas devenir à elle-môme son contraire: mais ce n est pas à dire que deux attributs, deux genres dilTérents et même contraires ne puissent a*unir dans un même siget, de telle sorte que la m^^ft clu^sesoit à la fois semblable et dissemblable, une et multiple. Rien n'erap.Vche qu'une essence ne reçoive de *a commumcaUon avec d^autn» essences des détermination* nouvelles, pourvu que cellc*<i ne détrtiisenl pas jwn ewance propre. Si Thommc est homme, qui empêche qu'en môme temps il ne soit bon? Découvrir le* rapports etitre les idées, suivre ceUe participation réciproque des cKuences, c'ciU la science môme.

rûâiavfc Uuxiuyjx are OIK rboMU» doit chercher la Write- Po«ir coanaltr»^

tUipiaioa de c. qulnalt «l pértt S la COOjcinpIaUou d. ce q.n r.L Comm. U va deux dc«^$dan» la cOttuaiwMiCit, «Ç«. «s-rc^n. »l >' J *l®"i.r.?îlt .Ua riLoi^ ; r«n i^pofid m ovoïde «aiàble. Iwtre en m^mdoJntdliçbU^ rîa «Ma V^ouK ternit» M pofmlaiw, faulrtî la Venu» «élwte, la Véto^

D'abori ou aimo IM bclW foflfOiM, le» b<>aux soo» . 1^ bai« «J»«f«^ *" y» «MU betutô plly•^ue et surtout «cllu du oorpa hum-ilii. Q"^' »*ff JT Pî^tlîîaSime ITa araoïït.! S'il* ae «faignakat de paraître lDfcui.4, ^e ajcrt-

■^. iHidrl) Ce»t at>e d<èa cette beauté particulière ^^"^^^J^J^^^ ^{^

tuTui dea dieux. • 8milc U beauté a reçu en partap d *tn> Î*J^^^JA^ mMif^ i»mLie la plu. aiu.able. n {fHUtirt.)rom^ leâ »f*««^^^* Jf^g!?î

irboll" "c^e» dana iTSpe qu^clW rér^at et H- l«^f ;^,*^^^.^,^ oorve ta beau, par**: qull «prime lune <^ lûn*e, Inivlre «J ' l™**^*^"; ïMui âeCou^noui doac^de \t6ti 4 la caii«. de la beauté du corpe à bi

beauté de rame. Toutes les âmes sont belles de la même beauté ; élevons-nous au type de toute beauté morale. Mais dans Tâme, qu'est-ce que nous aimons? d'abord les belles actions, puis les beaux sentiments , puis les belles connaissances. Mais plus haut encore est la beauté elle-même, terme suprême de cette poursuite , auquel un dernier élan nous élève. Ainsi le cœur comme l'esprit s'élève, le sentiment comme la pensée monte de degrés en degrés, jusqu'à ce qu'il atteigne l'absolu et se repose enfin dans la contemplation de la suprême beauté, qui est aussi la vérité et la bonté suprêmes. « 0 mon cher Socrate, ce qui peut donner du prix à cette vie, c'est le spectacle de la beauté éternelle... Je le demande, quelle ne serait pas la destinée d'un mortel à qui il serait donné de contempler le beau sans mélange, dans sa pureté et sa simplicité, non plus revêtu de chair et de couleurs humaines et de tous les vains agréments condamnés à périr; à qui il serait donné de voir, face à face, sous sa forme unique, la beauté divine I » ( Banquet.)

La dialectique est une méthode métaphysique. — Les idées ; leurs rapports entre elles et au monde sensible. — La logique et la métaphysique, pour Platon, se pénètrent intimement; à vrai dire, ces deux sciences n'en font qu'une. Le réel et Tintelligible se confondent, et le mouvement dialectique qui nous élève à l'idée nous met en possession de l'être véritable. Dire que la dialectique ascendante ne fait que dépouiller de plus en plus la réalité de ses déterminations, qu'elle nous éloigne ainsi de plus en plus de l'être véritable et ne nous laisse que des abstractions de plus en plus vides, c'est combattre Platon, ce n'est pas entrer dans sa pensée. L'idée platonicienne n'est pas l'idée générale. En premier lieu elles ne sont pas formées par les mêmes procédés. Pour généraliser, on compare un certain nombre d'individus, on fait abstraction des caractères individuels, et on résume dans la notion, fixée par un mot, les caractères communs. La généralisation est une opération discursive. L'idée platonicienne nous est donnée par une intuition immédiate, que les procédés logiques préparent, qu'ils ne peuvent remplacer. En second lieu, l'idée générale exprime une moyenne, elle ne peut dépasser la réalité, puisqu'elle en est extraite, puisqu'elle est moins riche qu'elle. Le premier caractère de l'idée platonicienne, au' contraire, est la perfection, la pureté absolue et sans mélange. Dans les êtres variables et multiples, aucune qualité n'est pure et parfaite. La vraie égalité est celle qui n'admet plus aucune inégalité; la vraie unité n'admet plus aucun mélange de pluralité. En troisième lieu, la généralisation nous conduirait d'abstractions en abstrations jusqu'à l'idée de l'être indéterminé, la plus pauvre et la plus vide des notions. Au contraire, la marche dialectique nous élève jusqu'à la réalité la plus réelle, jusqu'à l'Être principe de toute existence, jusqu'au bien suprême qui concentre dans sa richesse toutes les perfections.

Enfin l'idée générale est une conception, un acte de l'esprit, en dehors duquel elle n'a pas d'existence. Dans le langage de Platon, au contraire, l'idée est un être réel et concret; elle existe en ellemême et non dans une chose dont elle ne serait que la qualité. Cette existence de l'idée est éternelle, immuable; les phénomènes passent, elle demeure. Il y a éternellement quelque chose qui rend possible l'existence des hommes qui naissent et meurent. Cette réahté inteUigible, dont la perfection est la raison de toutes les perfections que manifestent les hommes, c'est l'idée de l'homme, l'humanité en soi.

Ce n'est pas assez de poser ainsi des réalités intelligibles, principes de la connaissance et de l'existence. Si chacune de ces idées est en soi et pour soi, une, immuable, sans aucun rapport avec les autres idées, selon l'opinion des Mégariques, la science est arrêtée à ses débuts, il n'y a pas de jugement possible. Les partisans de l'unité absolue, comme les partisans de la pluralité indéfinie, arrivent à la négation de la science , les uns en arrêtant le mouvement de la pensée les autres en le précipitant au hasard d'apparences en apparences. Platon reconnaît avec Socrate, son maître, que la science n'existe que par la définition des concepts et la détermination de leurs rapports : c'est le jugement et le raisonnement. Il pose hardiment les principes et les conséquences métaphysiques de la doctrine de Socrate : !<> il n'y a pas de science du phénomène toujours changeant; donc l'idée, objet de la science, est 1 être véritable ; lintellifïible est le réel; 2o ces idées ont des rapports entre elles, et la fin delà science est de découvrir ces rapports, qui expriment les lois mômes de 1 Etre. La dialectique est la métaphysique même. Nous ramenons ainsi les hardiesses spéculatives de Platon à leur vrai caractère. Platon est le défenseur du sens com7nun contre Euclide, Antisthène et les Sophistes.

Les idées forment encore une multiplicité ; mais l'unité est la loi de l'esprit, qui ne s'arrête qu'au suprême intelligible, qu'à l'Idée des idées, au principe qui concentre en lui toutes les perfections. « Tous les êtres intelligibles tiennent du Bien leur être et leur essence... Aux dernières limites du monde intelligible est l'Idée du Bien, qu'on aperçoit avec peine, mais qu'on ne peut apercevoir sans conclure qu'elle est la cause de tout ce qu'il y a de beau et de bon. » Si l'idée du Bien est la cause de toutes les choses belles et bonnes, elle est donc le principe qui embrasse les idées, concentre en lui toutes leurs perfections. Le terme de la dialectique c'est le principe de l'Être et de la pensée, c'est le Bien, c'est «^ ce quelque chose de suffisant qui ne suppose rien autre chose » : c'est Dieu.

Le Dieu de Platon, quoiqu'il soit une Idée, semble bien en même temps être un Dieu réel et vivant. « Eh quoi î nous persuaderat-on facilement que dans la réalité le mouvement, la vie, l'âme,, la pensée, ne conviennent pas à l'Être absolu ; que l'Etre ne vit m ne pense, et qu'il demeure immobile, immuable, sans avoir part a

J. HiST. DE LA PHIL.

l'auguste et sainte Intelligence? » C'est une intuition rationnelle quinous révèle, au terme de la dialectique, l'ide'e du Bien. Platon donne cependant des preuves de l'existence de Dieu. D'abord la preuve par le premier moteur, par la cause efficiente : « Gomment ce qui est mû par un autre serait-il le principe du changement? » Dieu est donc le principe du mouvement dans le monde. Mais ce qui surtout contirme l'existence du Bien suprême, c'est la présence visible du Bien dans la nature. Secondement, la preuve par les causes finales : « S'il est vrai que les mouvements et les révolutions du ciel et de tous les corps célestes ressemblent essentiellement au mouvement de l'in^ telligence, à ses procédés et à ses raisonnements, on en doit conclure évidemment qu'une âme pleine de bonté gouverne cet univers, et que c'est elle qui le conduit comme elle fait. » {Lois, X.) Pourquoi Dieu produit-il le monde? « Il était bon, et celui qui est bon n'est avare d'aucun bien. Il a donc créé le monde aussi bon que possible, et pour cela il l'a fait semblable à lui-même. » [Timée,) Ce Dieu créateur est en même temps Providence. Platon expose formellement la théorie de l'optimisme. Il n'y a pas de mal absolu; le monde est le meilleur des mondes possibles, et il suffît de remettre ce qui semble un désordre à sa place dans le tout pour en comprendre la raison. » Celui qui prend soin de toutes choses les a disposées pour le bien et la conservation de l'ensemble ; chaque partie n'éprouve ou ne fait que ce qu'il lui convient de faire ou d'éprouver... Toi-même,, chétif mortel, tout petit que tu es, tu entres pour quelque chose dans l'ordre général, et tu t'y rapportes sans cesse... Si tu murmures, c'est faute de savoir comment ton bien propre se rapporte à la fois et à toi-même et au tout, selon les lois de l'existence universelle. »

Les idées sont les seules réalités véritables. Les choses sensibles n'existent donc pas par elles-mêmes, elles tiennent des idées toute leur réalité. Faut-il se représenter les idées comme entièrement séparées des choses, comme des exemplaires, comme de purs modèles, à Vimitation desquels notre monde est fait? Telle n'est pas la théorie de Platon. Les idées sont présentes aux choses sensibles. Il n'y a pas imitation (|jL':;xT,a:<:), il y a participation dxsôcÇ'.;). Comment cette participation des choses aux idées est-elle possible? Les idées entrent-elles dans chaque chose tout entières ou partiellement? Comment peuvent-elles, sans perdre leur unité, se communiquer à des êtres multiples? Ce sont là des difficultés que Platon lui-même signale dans le Parménide, et qu'il ne résout pas. Il admet qu'il y a des idées de toutes choses, si viles, si insignifiantes qu'elles nous paraissent. C'est dire que tout ce qui est est intelligible, qu'il n'y a rien qui n'ait sa raison suffisante, rien qui échappe à la pensée et à ses lois, et en ce sens la doctrine de Platon est la philosophie elle-même. Mais comment, si les idées seules existent, si en dehors d'elles il n'y a que non-être, comment est possible notre monde d'apparences? Seul l'intelligible existe : qu'est-ce donc que notre monde sensible? D'où vient la limite au Bien, qui seul est réel? Platon répond à cette difficulté par l'obscure théorie de la matière. Dans le

Timée, il semble adopter le dualisme. La matière est éternelle; elle est le lieu, l'espace, ce qui reçoit toutes les formes ; Dieu est un démiurge qui la meut et l'ordonne. Mais ce dualisme, contraire à tout l'esprit de la dialectique, ne peut être la dernière pensée de Platon. Dans le Sophiste la matière, le principe de limitation, n'est plus quelque chose de réel, ayant une existence indépendante; c'est le non-être, ce qui n'est pas, t6 [xh, ôv. Il faut reconnaître qu'il est assez difficile d'entendre l'existence du non-être, et comment il limite l'être. Faut-il croire que pour Platon les idées seules existent, que notre monde est le monde même des idées, mais dans un mélange ({jiî^'.î eïôwv), dans des combinaisons que limitent certaines lois nécessaires? La matière ne serait alors que la nécessité logique qui limite le nombre des combinaisons possibles.

Morale et politique de Platon. — La théorie et la pratique sont intimement liées. Nier la vérité, c'est nier le bien. S'il n'y a que des phénomènes, il n'y a que des sensations, et le plaisir est la fin de l'homme. Platon continue la lutte de Socrate contre les Sophistes. Il prépare sa morale, comme sa théorie de la connaissance et de l'être, par une série de réfutations qui doivent purifier (xàôapatc) l'esprit des erreurs courantes. Thrasymaque et Galliclès, disciples des Sophistes, soutenaient qu'il n'y a pas de lois naturelles, qu'il n'y a que des conventions sociales, que l'homme habile et fort s'affranchit de tous préjugés et s'abandonne à toutes ses passions. Platon soutient contre eux qu'il y a une loi morale, qui ne dépend pas du caprice des législateurs et que la raison découvre en s'approfondissant elle-même. Au terme de la dialectique est l'idée du Bien; les yeux fixés sur elle, nous devons y conformer nos actions. L'idée du Bien est Dieu lui-même; la vertu pour l'homme est donc la ressemblance avec Dieu.

Ressembler à Dieu, c'est mettre l'harmonie entre les divers éléments de sa nature, c'est imiter en soi l'ordre intelligible, que nous révèle la dialectique. Il faut donc connaître l'homme pour savoir ce qu'il doit être. L'âme se compose de trois parties : nTriBufxia ou le désir, qui comprend tous les appétits, toutes les passions inférieures; le OufjLoç, l'appétit irascible ou le courage, principe intermédiaire entre la sensation et la pensée; enfin le voue ou la raison. A chacune des facultés de l'àme répond une partie du corps : rèiriejfx^a a son siège dans le bas-ventre, le ôujxk dans la poitrine, le voù? dans la tête. Platon, dans le Phèdre, compare l'âme à un char attelé de deux coursiers. L'un, noir, rebelle, est toujours prêt à la révolte; l'autre, blanc, généreux, contient son compagnon s'il est bien dirigé, mais s'emporte avec lui s'il n'est pas contenu par une main ferme et attentive. Le cheval noir et rebelle, c'est l'è7rteu{j.i'a; le cheval blanc, c'est le eu(x6;; le cocher, c'est le vouç. Le voû; doit

contenir le Ou[jioç, s'en servir habilement comme d'un auxiliaire contre VlTub^ikioL.

A chacune des parties de l'âme répond une vertu. La vertu de r£7rt6u{x(a est la tempérance (aaicppoa-jvT^) ; elle consiste à modérer les passions, à fuir les excès, à préparer l'àme, en la détachant du corps, à l'intelligence du vrai. La vertu du ôjjxo; est le courage (àvopt'a); elle consiste à savoir ce qui est h craindre et ce qui ne l'est pas; elle naît quand le Ô'j|jio;, au service delà raison, est dirigé contre les passions qui troublent l'intelligence. La tempérance et le courage sont la condition de la sagesse (^ocpt'a), qui est la vertu de la raison. Pour s'élever à la vérité, ne faut-il pas être délivré des illusions de l'amour-propre, des passions déréglées, qui naissent de la corruption du corps? La justice (Sixaiojjvr,) est la vertu qui naît de la possession des autres vertus; elle est l'harmonie intérieure, l'accord de l'âme avec elle-même. Quand chaque partie de l'âme fait ce qu'elle doit faire (xà auxoù TipàxTet), quand rèirtôjjxia est subordonnée au Ojjjloç, et le Ou(jlo(; au voù;, alors de cette harmonie naît la justice.

Le plus souvent on fait entrer dans la notion de vertu deux éléments : la hberté et l'habitude. La liberté prend l'initiative de la vertu; l'habitude nous met en possession de la vertu. Platon méprise la vertu qui ne repose que sur l'habitude ; elle est incertaine comme l'opinion; elle convient à l'abeille ou à la fourmi, non à l'homme. La vertu ne dépend pas davantage de notre liberté. La vertu est une science : quand on sait le bien, on le fait. La vraie science est invincible : être vertueux c'est donc uniquement posséder la science du bien. Platon atténue cependant la doctrine de Socrate. Il reconnaît qu'on peut avoir une opinion juste de ce qu'on doit faire, et ne pas le faire. C'est en ce sens seulement qu'il y a opposition entre la théorie et la pratique. Mais si la pratique est mauvaise, c'est qu'à dire vrai la théorie est défectueuse. Quiconque a la vraie intelligence du bien est nécessairement bon.

C'est que l'homme veut son bien, et que, par une loi inéluctable, le bonheur et la vertu sont enchaînés l'un à l'autre. L'Idée du Bien est la réahté suprême, on ne lui échappe pas. Le mal a pour conséquence l'expiation; le désordre doit rentrer dans l'ordre. 11 faut rechercher le châtiment, non le fuir. Mieux vaut subir l'injustice que la commettre. L'homme le plus à plaindre est le tyran qui jouit impunément du fruit de' ses crimes. Le malade ne refuse pas la douleur salutaire : il va au-devant d'elle, il demande l'appHcation du fer et du feu. Le plus terrible des maux est l'injustice, et

seul le châtiment peut en guérir l'âme. Il faut donc ne pas tenir le crime secret; il faut s'offrir au juge, comme on s'offre au médecin : « en sorte que, si la faute qu'on a faite mérite des coups de fouet, on se présente pour les recevoir; si l'amende, on la paye; si l'exil, on s'y condamne; si la mort, on la subisse. » {Gorgias.) L'expiation est le plus grand des biens après l'innocence. Cette théorie implique la croyance h une vie future. Platon, dans le Phédon, donne tous les arguments, qu'on a répétés après lui, pour démontrer l'immortalité de l'âme. La mort est la dissolution des éléments qui composent le corps; l'âme est indissoluble, parce qu'elle est pure et simple. Dira-t-on que l'âme n'est que l'harmonie du corps ? Mais nous ne voyons pas l'harmonie lutter contre la lyre qui la produit, tandis que l'âme sans cesse lutte contre le corps et peut de plus en plus s'affranchir du désir et de la passion. [Phédon,) En second lieu, l'objet propre de l'esprit humain est l'intelligible, l'éternel ; il a donc une affinité naturelle pour le divin; « l'âme est très semblable à ce qui est divin, immortel, intelligible, simple et identique. Etant telle et de telle nature, lorsqu'elle sort du corps, sans en rien entraîner après elle, elle se rend vers ce qui est immatériel comme elle-même, et, ce but une fois atteint, elle entre en possession du bonheur véritable. » Enfin il faut que les bons soient récompensés, les méchants punis. « Telle est la justice des habitants de l'Olympe... Ni toi ni qui que ce soit ne pourra jamais se vanter de s'être soustrait à cet ordre fait pour être observé plus inviolablement qu'aucun autre. Tu ne lui échapperas jamais, quand tu serais assez petit pour pénétrer jusqu'aux abîmes de la terre, ni quand tu serais assez grand pour t'élever jusqu'au ciel. » {Lois,)

La morale et la politique ne peuvent être séparées lune de l'autre. Le devoir de l'État est de faire des citoyens vertueux. L'Etat n'existe pas pour l'individu; c'est l'individu qui, n'étant qu'un élément de l'État, doit lui être subordonné. Dans la cité, comme dans l'univers, le particulier doit être sacrifié au général, et la multiplicité ramenée à l'unité. La république idéale est une personne collective, une unité vivante, dont les individus sont les membres et les organes. Il y a une psychologie et une morale de l'Etat, qui ne diffèrent pas de la psychologie et de la morale de l'individu. De même qu'il y a trois parties dans l'âme, il y aura trois castes dans la cité. A l'iTriOjixfa répond la classe des artisans et des laboureurs, qui travaillent à la satisfaction des besoins et des appétits. Au Ouixo; répond la classe des guerriers, dont la fonction est de défendre l'État au dehors et au dedans. Enfin au voù; répond la classe des

ARISTOTE

philosophes, auxquels appartient de droit le gouvernement. La loi n'est-elle pas la raison ? et les plus sages ne sont-ils pas la raison vivante ? A chaque classe convient une vertu : aux artisans la tempérance, qui les maintient dans leur condition, sans qu'ils tentent d'en sortir ; aux guerriers le courage, aux magistrats la sagesse. Quand chaque classe inférieure se subordonne à celle qui est audessus d'elle, les artisans aux guerriers, les guerriers aux magistrats; quand chacun est ainsi à la place qui est la sienne, alors, par le concours de tous les éléments, l'harmonie règne dans l'Etat, comme elle règne dans l'âme par la hiérarchie des trois facultés : cette vertu suprême de l'État est la justice. Pour supprimer tout égoïsme, pour faire de l'État quelque chose de vraiment universel et de vraiment un, Platon sacrifie tout ce qui peut fortifier en l'homme le sentiment de l'individualité, tout ce qui peut lui donner une vie propre dans la vie de l'État. Les terres de la Répubhque appartiennent en commun à tous les citoyens; il n'y a pas de propriété; il n'y a pas de famille; les femmes, comme les biens, sont communes. Les enfants appartiennent à la cité, sont élevés en commun. Gomme il n'y a plus de famille particulière, la République elle-même devient une grande famille; chaque citoyen dans tous les enfants d'un certain âge reconnaît ses propres enfants. Tel est le plan qu'expose Platon dans la République, Dans les Lois il atténue sinon ses principes, du moins la rigueur de leurs applications. Il propose un idéal plus réalisable. Il renonce à la communauté des femmes et des biens, il permet qu'on établisse des lois écrites. Mais l'Etat garde sa toute-puissance ; il a pour mission d'assurer l'observation de la loi morale, de faire régner la vertu, fût-ce par la force, quand il a épuisé tous les moyens de persuasion. L'individu n'a d'autre droit que celui de faire son devoir, de contribuer par sa vertu à l'existence harmonieuse de la cité, dont il est un rouage et un élément. Cette confusion de la politique et de la morale a pour conséquence une sorte de tyrannie philosophique, un despotisme qui sacrifie la vraie bonté, la bonté libre, à un bien

extérieur, à une harmonie apparente.

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