PHILOSOPHIE LATINE 98T
romain. — Les derniers Stoïeîens. — Sous les Césars, l'opposition est stoïcienne. La tyrannie des empereurs fit du stoïcisme « une foi ardente, une sorte de rehgion des grandes âmes, qui eut ses dé vols et ses martyrs ». On s'attachait désespérément à cette consolation de sentir que la liberté de la pensée est inviolable. « Je veux commander à tes pensées. — Et qui donc t'a donné ce pouvoir ? Comment peux-tu vaincre les pensées et les volontés d'autrui? — Par la terreur. — Tu ignores alors que c'est lui-même qui se livre et qui s'asservit. Rien ne peut dompter la volonté que la volonté elle-même... » (Épictète.) Il y avait dans cette fière liberté des âmes une limite infranchissable où s'arrêtait la toute-puissance des empereurs. Le philosophe n'est plus un homme d'école, un logicien qui doit prévoir et réfuter les objections d'un adversaire subtil ; il faut qu'il donne force et courage ; il a moins besoin d'esprit que de cœur, de logique que d'enthousiasme. La philosophie devient une prédication ; on écoute les entreliens du maître comme la voix de sa propre conscience. Le philosophe est « l'envoyé de Dieu » ; il réveille l'âme par ses remontrances, par ses exhortations, il la ranime par ses bonnes paroles, jusqu'à ce qu'il lui ait rendu le sentiment de sa force et de sa dignité. On demande un philosophe, comme les chrétiens demandent un prêtre. Chaque grande maison a son philosophe, comme chez nous on avait au xvu« siècle son confesseur et son directeur de conscience. Après ses adieux à sa famille, Thraséas écoute avec recueillement les paroles du cynique Démétrius sur l'immortalité de l'âme. (Voir Marlha, les Moralistes sous Vem'pire romain.)
Sénèque est un de ces directeurs de consciences. Précepteur de Néron, mêlé aux intrigues et même aux crimes de la cour impériale, il sut racheter par une belle mort les faiblesses de sa vie. C'est un médecin de l'âme, psychologue et moraliste, qui traite par correspondance les maladies morales. « Ce n'est pas le temps, dit-il, de s'amuser à des jeux de dialectique! Philosophe, ce sont des infirmes et des misérables qui le font appeler auprès d'eux. Tu dois porter secours aux naufragés, aux captifs, aux malades, aux mdigents, à ceux qui o'nt déjà la tête sous la hache. Tu l'as promis. » Un jeune capitaine aux gardes est pris de mélancolie, d'un désespoir sans cause: Sénèque lui montre la vanité de ses douleurs fictives. Une femme perd son fils : il lui envoie ses consolations. En même temps, il attaque l'esclavage, les jeux du cirque ; il prêche la tolérance et la charité. « On se trompe, si l'on pense que la servitude descende et pénètre dans l'homme tout entier : la meilleure partie de l'homme
échappe à Fesclavage, et lorsque le corps est au maître, l'âme est libre et s'appartient. » Ce sont des criminels qu'on force à combattre et à s'entre-tuer dans le cirque ; « mais vous, malheureux, quel crime avez-vous commis pour être condamnf'*s à la vue de ce spectacle? Vous ne comprenez pas que l'exemple de cruauté que vous donnez peut retomber sur vous. »
Néron, Vespasion et Domiticn chassèrent les philosophes de Rome et de l'Italie. Mais peu à peu les idées stoïciennes, k force d'êtro exprimée», p<*.n<*traient tous les esprits. Si.elles ne réussissaient pas ii transformer loti nnuurK, elles modifiaient l'opinion publique. Les déclamateurs et le» Sophi»t«'(<, dun» leurs thèses contradictoires, opposaient le droit naturel au droit civil et contribuaient à répandre les principes du stoïcisme. Les grande» idée» de la juotico. et de la charité, de la cité universelle, du droit commun h lou» len hommes, sont devenues banales. Les jurisconsultes de Rome Gaïus, Paul, Ulpien, Pupini^n , jvirlent le Ungaue du stoïcisme. Ils ne contestent pa» le» pHucipc» de la phi< lutophi*.*, iltf eu portcDl» ci Ib dc le* sacriÛcnl qu'à la ii(éceMit6 de ne pas bonle^crwr Tordre élahW. * En cf. qui concmM It droit ntturel. dit lilpinn, tou« )» homme» nalMmit lihre<t, to<M êoni é^itx ; » iC\\ ftnpt^X aIx)»I, • râ)Muj^ttlM0ment de rhorame ptr Tbomme tai une iuKtilution du droit àté ijteiM eonlrtlre a lu nature, qui ortigliiairf'inent nous a fait* touc llbf«« ». Les >urftteo«f ulte» iroicnt pas ottaqiirr ToscItTâ^, deuhinder m fupprv^Mioo, mnU il« plus en plut il» tendent à enik^id^rer 1e« «ittHkvtik cs^maie Atn h«ani»f«, sounis au iii4aie àroïi que tout \ff noiujk. « Lo contrai, dit CDOOf» Ulfien, Utt. »n» or^liw de ^ntf^dMH réciproque et du dt^iir de se rendis Nrrioe» c^r la r^xiét^ repose Kurun<>^ri«iu droit de rraternité. - •« La peine, dit Pau), est établie pour Tiiflaé- Bor«tioD dM bommrs. • To«i» ces prlMelipes du droit ronktin téiBoiffoefit asws denuâacDoecroUuautedu t^UAfkâtoft; niaUdani TcppUtation le« Jifrlsonosulte» tieuDMQt eocnotc des lois établies et trop Muvont f^ contentent d'atténuer \ùà ii^fuMlces tnidltktniieâcs.
Di'ji Siîfiêqiiea des niotç qui font songer au chri3E.|iîinisnift; TespHt de* (jirrTiitTf; Stoïcaens est encore pluB prés de la religion nouvclk*. l/orgueil du sage devient rjiiiniiUi<* du saint, l/expérience dc la lail>leâKe humaine ne liitsaKc plus Tespoir dc £tire l'homme divin. Il laut éviter lorgueil cl le di^cspoir» ne pas s'alniser «ur la valeur de la vie présente, Kann In tn>p mépriser, pui«|u*<ille permet Icxcrcice de la vcrlu. Suivant t^pictéte (mort Ters 125 ap. J-C.), il y a des cliuxes qui dépendent de nous, et des chose-v qui ne dépendent pas de nou« (ti î^'^^j^cv— ri ou* t^V.jxTv). Ce qui dépend dcnous, c*e$l notre pensée; ce qui ne dépend pax de nous, c'est le bonheur» la richesse» la gloire, toux \e.% Iwcns extérieurs. Attachons^nous à ce dont nous iMHivons di$|H>scr, rien ne pourra nou-c atteindre. Si non* sommes tentés de reçrelter ce qui semble aux hommes le bonheur, reflêchi^Aîons au peu de valeur de ce» bienjç, qui emimmlent leur* «éduclions aux erreuri de Topinion. Le mépris de la vie présente, la résignation» qui n^est que la conscience de la raison souveraine» de la bonté provi<lcntiellc qui veille sur le monde: voiUccqui cirnclé-
PniLOS(»PHIi: L.IT1NE
rise cette dernière phase du stoïcisme. C/cbI en Dieu i^ue nous devon* chercher notre appui; « souviens-toi de Dieu, dit Kpictae» invoquele, afin qu'il te secoure et t'assisUc. * Toute la philosophie e»l dans le fiât volunlas tua, ou encore dans la ntôxtme fameuse : suttitt^f
et abstine.
« 0 monde, dit Marc-Aun^le, j'aime ce que lu aimes, donne-moi ce que tu veux, reprends-moi tout ce que tu récuses: tout ce qtii l'accommode m'accommode; tout vient de toi, tout rentre en loi. Un personnage do théAtre dit : Ricn-aimée cité de Cécrops! Et mo« ne dirai-je point : Hi«îri-ain>ée cité dC Jupiter! * La vraie liberté se confond avec la r<^M^alion. parce que <bns le monde tout est conforme à la raison, et que s'imligner contre ce qui parait un nml. c'est s'indigner contre Dieu même.
U plkUo»«phi« suit le mouvement de U cirîliiatiwï ântkjuc. Au début, \n
(ustk« tt Itminniiil/ ne d^rjuj^nt p«* 1« Étroite» liniile* de In cilé. U»
caemïi n>«Squo» rapprochât un instant to«i* N^f «rc<s et l».Mir font pï«»«»J>^
avec roiilté d« leur raoe, U ^ommmoÊjafU de leur> droit». La R[«em an Pélo-
poiièci»» loppot»itlo« des triftotrâUt» et de» démocrtUes. Iw ïw'Jfti stn.
SnitOt «i stérilw. n'ATf^tent p*» U iiinrche de» id^*. PtAlon et Arvl<.t.» pro-
duDent que Ws Grtce »ont noturfllement ahiU ti frères de» GnM>c M*»,»^
BttriNin;». riwniense nu^jorilé du genre iMiOMin. r^^^tent en deèor* de l» »oaéW
humiUne; il^ lUi sont, »uir*«t Ari»tote, que h uiatiCre »«Tvile de la aTilinlloa
h<lV4iia^>^. .M»^tsii.irc s-affraucliit de« préjfugt^ dr >oq maître et veut unir Iw
iirtr^ . t to» li;irha.rrs dans une mhm culture et dnik» un droit comanuii. Les
Éoiçurien*. wr rrLbihenicnt et iodiffi^rt^noe. Méiiri^^nt le» T«rl«» tl Untole-
nmoe du citoyen «n>e : U poix doit n^guer entre tons le» «res nm. P^»*^»
U r4i»ott, peuvent faiw ••ntre eux des cettventloo. et «'^\P«*«»;.,Y'l , rZÎ!!^
par k lustc «MtloNSt de la dignité humaine, procliuaeat I ^ité e4 la frtter-
Hjté de tous le» étD>i. en qui U r*iM>« dinne pn>nd coofi^iencx* ^l'ïfj.^T!:
1^ Rowsin» n'ont mt^ InTvnté un ♦t^t^e oiiijuMa. nsuj il» c»tf^*ï,>»* •«•
Idées de kCrèec. La <iU unlvcrtelk n'étiiit qu'une tWorie, un tifft; ïHtomi
MtLue f«idé« par leuiY» conquêtes, et pM encore par ruulvw«ali é d< leur
droU. - Cette flîtftde vUle. dit Fllae l'Ancien» p«nil»4it atofcr^t* choUne p*r U
Pnmdffnee pMir «ofcf en un «ul cc^rp» le» empires éper» et dlyWs. pour
4doucir le» hœun. pour r^pproclirr par le commofte «^ "^\*»^8^« ?;i^"j!
tint dc iM«pl*^* aux idiooM^ bwbare. et di«nnlinl^ etï un mot. uojir dereiur
la patrie wiiiT«mile du icenre biimain et pour donnera I tioaame I *ifm«tfr<^. -
(Qité par M. Denti .)