CHARLES DARWIN
342. Vie et œuvres de Darwin. — Né à Elston, dans le comté de Nottingham, Darwin fut un naturaliste plutôt qu'un philosophe. Cependant, quelques-uns de ses ouvrages app.itiennent à la philosophie. C'est l'Originc des espèces par voie de sélection iaturelle, la Descendance de l'homme et l'Expression des émotions chez l'homme ct chez l'animal.
343. Doctrines de Darwin. — Il arrive souvent que les auteurs confondent le darivinisme avec l’ér'olutionnisme et le transformisme. C'est à tort. Darwin n'est pas le créateur de l'évolutionisme et du transformisme. L'œuvre du grand naturaliste et philosophe anglais, et, partant, le darwinisme, est le système de la sélection naturelle qui est une manière d'expliquer le transformisme dont l'auteur véritahle fut Lamarck (1741-1829). Celui-ci avait constaté l'existence d’ “espèces douteuses ”, à savoir, d’es-
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pèces qu'il ne pouvait nullement classer, parce que lëtTs caractères n'étaient pas suffisamment distincts. Alors il voulut savoir l'originc de ces variantes
qui rendent certaines espèces * douteuses ”, et en
même temps se rendre compte de leur ressem-
blance avec les autres. Ceci l'amena à conclure que toutes les espèces animales Peuvent être les transformations progressives de quelques types primitifs très simples. Pour Lamarck, cette transformation s'est opérée sous l'action de trois facteurs : le milieu, l'habitude et le besoin.
Derwin reprend la théorie de Lamarck et lui donne une allure plus scientifique. Tandis que la philosophe français traite d'une manière plus spéciale la formation des variétés organiques, Darwin s'attache surtout à démontrer comment ces z'ariétés broduites se fixent ct s'accroissent de manière à former des groupes bien caractérisés. Ft, suivant le naturaliste anglais, cette fixation, cet accroissement se fait sous l'influence de la grande loi qu'il appelle la sélection naturelle.
La sélection naturelle, qui est le fond du darwinisme, est, de tous points, identique à la sélection artificiell-, Celle-ci, en effet. se pratique sur une haute échell:; et, tous les jours, on peut constater les grands résultats qu'elle obtient dans l'élevage du bétail et la culture des plantes, par exemple. C'est ainsi que, voulant obtenir l'amélioration d'une race. l'éleveur choisit Pour reproducteurs les individus qui possèdent la qualité cherchée. Et, par ce procédé, on est parvenu à créer beaucoup de races de
chevaux, de chiens, de bœufs, de moutons, et une grande variété d'arbres, de plantes, etc. Or, ce que l'homme fait par sélection artificielle, la nature l'opère par sélection naturelle, avec cette différence que celle-ci (la nature) a pour champ d'action les espèces sauvages, celui-là (l’homme) agit sur les espèces domestiques. Et, dans la nature, la lutte pour la vie et l'influence du milieu prennent la place de l'éleveur qui choisit les reproducteurs et les isole, La lutte pour la vie ou la concurrence vitale découle nécessairement de la trop grande fécondité des êtres vivants. Si tous ces êtres restaient à la surface de la terre, celle-ci ne serait bientôt plus assez fertile pour les nourrir, ni assez vaste pour les contenir. Les individus qui naissent luttent donc pour conserver leur existence, et de cette lutte, ce sont les mieux doués et les mieux protégés qui sortent victorieux, les plus faibles et les moins avantagés périssent. C'est la mise en pratique de l'inexorable loi de la surcivance des plus aptes. Et, à son tour, l'hérédité fixe les caractères que les vainqueurs transmettent à leur descendence.
L'influence du milieu est encore un puissant auxiliaire pour la sélection naturelle. Si le climat ambiant change, se refroidit, par exemple, seuls les animaux les mieux protégés, les plus aptes, pourront, il sans succomber, subir cette transition. Les autres | disparaîtront. Et c'est ainsi que le milieu contribue à la sélection faite par la nature. En se reproduisant, ces individus seront la cause de nouvelles races, de nouvelles variétés et de nouvelles espèces.
A l'appui de son hypothèse, Darwin apporte beau-
coup d'exemples tirés de la biologie, de la paléontologie et de l'embryogénie.
Dans la première édition de l'Origine des espèces, parue en 1859, le philosophe anglais était relativetuent modéré. Sa théorie n'embrassait que les espèces animales et végétales issues, selon lui, de trois ou quatre types primitifs créés par Dieu, Mais ses disciples allèrent plus loin, et le transformisme fut appliqué à l'homme, Et ensuite, Darwin écrivit un livre sur la Descendance animale de l'homme.
Il n'est pas exact de dire, dans l'hypothèse darwiniste, que l'homme descend du singe, mais plutôt, que l’homme et le singe descendent d'un même type inconnu, dont ils sont les deux déviations divergentes.
344. Appréciation. — Le darwinisme — comme toutes les théories transformistes — n'est encore qu'une hypothèse mal fondée. Darwin, lui-mème, dans l'exposé de son système, s'exprime d'une manière qui n'a rien de certain... /l me semble que... écrit-il; je suis porté à croire que... n'est-il pas plus simple de supposer que... etc. Monsieur Yves Delâge, professeur d'anatomie et de physiologie comparées à la Sorbonne, un partisan du trans formisme, reconnait “sans peine qu'on n’a jamais vu une espèce engendrer une autre, ni se transformer en une autre. et que l’on n'a aucune observation absolument formelle démontrant que cela ait jamais eu lieu! ”, Il
1. Yves Delâge, La structure du Protoplasme et les théories sur l'hérédilé et les grands Problèmes de la biologie générale.
est vrai que l'éminent professeur parle en son nom, mais son opinion ne manque pas de valeur. £ 1 ajoute, en note, cette phrase bien caractéristique : “ Je suis cependant absolument convaincu qu'on est ou qu'on n'est pas trahsformiste, non pour cles raisons tirées de l'histoire naturelle, mais en raison de ses opinions philosophiques. S'il existait une hypothèse scientifique autre que la descendance pour expliquer l'origine des espèces, nombre de transformistes abandonneraient leur opinion actuelle comme insuffisamment démontrée. ” L'auteur oublie ou ignore le grand fait de la création.
La théorie darwinienne est basée sur l'analogie qui existe entre la sélection artificielle et la sélection naturelle. Or, nous savons que celle-là est intelligente, tandis que celle-ci est aceugle. De quel droit, par conséquent, attribuer à cette dernière tout ce que fait ou peut faire la première ?
Au reste, la sélection artificielle n'a jamais pu transformer une espèce donnée en une autre espèce. Elle produit des races et des variétés qui, laissées à elles-mêmes, reviennent bientôt aux types primitifs. Et, si haut que l'on peut remonter dans l'histoire, on rencontre toujours les espèces à l’état de bermanence. Si, durant l'espace de soixante et soixantedix siècles, la sélection naturelle n'a opéré aucune modification notable, est-il juste et raisonnable de lui attribuer un pouvoir quasi illimité pendant les époques antérieures? Il est vrai — et c'est la réponse des darwinistes—que dans les âges précédents, la sélection naturelle à pu agir d'une façon plus
efficace, ayant à sa disposition un temps illimité. Mais le temps n'est qu'une condition qui permet à un agent de produire; et si, durant soixante-dix siècles, cette condition n'a pas été suffisante pour déterminer les transformations supposées, ne pouvons-nous pas conclure que son rôle n'a pu être spécifiquement supérieur durant une époque plus prolongée ! ?
345. Alexandre Bain ( 1818-1903), continuateur et disciple de Stuart Mill, professeur à l'Université d'Aberdeen, fut, pour ainsi dire, le bhysiologiste de l'Ecole Associationniste. 11 a étudié spécialement les phénomènes physiologiques dans leurs rapports avec les phénomènes psychologiques. Bain écrivit de remarquables pages sur le rôle des sensations musculaires dans la perception du monde extérieur. Ses principaux ouvrages sont : Sens de l'Intelligence, Emotions de la rolonté, Logique inductive et déductive, Science de l'éducation. Les théories de Bain tendent au positivisme matérialiste. Au dire de Lange, le matérialisme de lain n'est pas le matérialisme brutal de Büchner:; c'est un matérialisme ‘prudent et modéré ?.