Cf. Gonzalez, op, cit., vol, IV, p
direction de son oncle, le révérend Thomas Spencer, qui lui enseigna le grec, le latin et le français. Ce qui l'attirait davantage, c'était l'étude des mathématiques dans lesquelles il excellait. Les questions sociales aussi avaient le don de l'intéresser, Quelque peu hésitant sur le choix d'un état de vie, il accepta enfin un poste d'ingénieur dans une compagnie de chemin de fer. Il remplit cette fonction durant neuf ans (1837-1846). C'est en 1842, qu'il publia dans un journal, le Non-Conformiste, une série de Lettres qui attirèrent l'attention du monde savant. Secrétaire à la rédaction de l'Economiste, il quitta bientôt cette charge pour se consacrer uniquement à la publication de ses nombreux ouvrages. Il mourut à
:“ighton, le 8 décembre 1903.
Ses principaux écrits sont : Cours de bhilosobhie synthétique. Cet ouvrage comprend les cinq volumes suivants : Premiers principes, Principes de biologie, Principes de Psychologie, Principes de sociologie, Principes de morale. Citons encore: Lettres sur le gourernement. Statistique sociale, Introduction à la science sociale, Essais de morale, de science et d'esthétique, Classification des sciences, De l'éducation intellectuelle, morale et hhysique, L'individu contre l'Etat, Problèmes de morale et de sociologie.
347. Caractères de la Philosophie de Spencer.— 1° Phénoméniste : seuls les phénomènes sont connaissables. 2° Agnostique: c'est une conséquence du phénoménisme. L'absolu, l'au delà, bien qu'il existe, nous est inconnu. C'est la philosophie de l'{ncon-
naissable. 3° Evolutionniste : elle explique tout par l'évolution, dont le grand principe dans l'ordre, soit cosmologique, soit psychologique la permanence de la force. &, Issociationniste: à ce point de vue, la phil sophie spencérienne ressemble à celle de Stuart Mill. Cependant, l'associationnisme, chez Spencer
et sociologique, est
* 4 Un Caractère naturaliste et Phvsiologique ; tandis que, chez Stuart Mill, c'est la tendance psychologique qui prédomine, 5° Synthétique: elle ramène à quelques principes fondamentaux toute science et toute philosophie, 6° Sociologique: elle fait grande la part des faits sociaur.
Toute la philosophie de Spencer peut se résumer en trois mots: Agnosticisme, Evolutionnisme et Heréditarisme. Nous allons dire brièvement en quoi consiste la doctrine agnostique, évolutionniste et héréditariste du philosophe anglais.
348. Agnosticisme de Spencer.— 1 'agnosticisme de Spencer , où la Théorie de l'Inconnaissable, tient le milieu entre
le positivisme réaliste d'Auguste Comte et le positivisme subjectiviste de Stuart Mill et de Taine. Comme Mill, Spencer confine l'esprit humain au monde des états de conscience ct des impressions subjectives. Mais au delà de ces états de conscience, existe-t-il quelque chose ? Nous l'ignorons, répond Stuart Mill. Taine, de son côté, nie positivement qu'il y ait une réalité au delà des faits de conscience. Spencer affirme l'existence de cette réalité qu'il appelle Absolu; nous en sommes certains, mais nous ne pouvons savoir qui il est. La Suprême sagesse consiste
à connaitre l'énigme et à
ne pas s'épuiser en vains efforts pour la résoudre, “Dans son essence interne, rien ne peut être connu”, dit-il,
À la connaissance du Réel, de l'Absolu, il substitue la croyance, le sentiment que nous ei avons, Ce sentiment, cette croyance se trouvent comme impliqués dans chacun de nos états de conscience, et sont, par rapport à eux, comme le permancnt visà-vis du transitoire.
Spencer évite donc à la fois et le réalisme de Comte pour qui le fait sensible seul existe, et le subjectivisme de Mill qui n'admet que les faits internes où impressions subjectives. I part de ce principe: l'erreur contient toujours une âme de vérité. Au fond de tous les systèmes les plus opposés, les plus divers qui, tour à tour, ont tenté de donner le pourquoi des choses, il y a la croyance à l'absolu : conviction indéracinable du genre humain, également affirmée par les savants et les théologiens. Et l'absolu ne peut pas être pensé ou connu, mais il est senti, il est cru. Connaître une chose, c'est l'expliquer, l'interpréter, c'est la conditionner. Or, l'absolu, en lui-même, c'est l'inconditionné, il n'entre donc dans aucune des catégories de l'esprit ; bref, l'absolu est inconnaissable.
349. Evolutionnisme de Spencer.—L'idée d'évolution n'est pas nouvelle, et on ne peut, justement, en attribuer toute la paternité à Spencer. Bien avant le philosophe anglais, cette théorie qui eut toujours le don de séduire, fut connue, voire adoptée par une partie du monde savant. Le rôle de Spencer est
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d'avoir fait de l'évolution la loi de toute chose. Aussi bien, pourrions-nous définir l'évolutionnisme spencerien : une théorie qui proclame que tout être évolue sans cesse vers le mieux en partant de l'h 1mogène, pour aller à l'hétérogène, du simple au complexe, suivant une loi rythmique nécessaire, Ainsi done, la matière, la vie, la pensée, l'individu, la société, tout évolue,
Au commencement, masse ‘ahotique, confuse, tout homogène, l'univers, sous l'action d'une force Permanente ct persistante, s'est divisé en plusieurs parties, s'est différencié, est devenu hétérogène. Ces parties, appelées nébuleuses, en <e dissolvant. ont produit les astres, au nombre desquels est la terre. Celle-ci, d'abord en ignition, s'est refr: die, et, en se refroidissant, a formé les différentes couches terrestres, les minéraux, les continents, etc. Toujours sous l'influence d'une force inconnue, les minéraux se modifièrent ; de leurs modifications sortirent des Phénomènes plus complexes, entre autres. la cie. Celle-ci, au commencement, apparait sous la forme Simple et rudimentaire du protoplasme, lequel, bientôt, devient régétal et animal. L'animal. toujours
‘sous l'influence d'une force cachée, passe à un état plus complexe qui est l'homme dont l'activité toute entière, individuelle et sociale, est soumise à la grande loi de l'évolution. La société elle-même. selon les différentes phases qu'elle traverse. subit cette loi. On y constate d'abord l'activité initiale, qui manifeste l'homogénéité de l'ensemble. Primitivement, en effet, les membres de la société avaient
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les mêmes fonctions. Ensuite, vient l'activité scientifique et artistique qui nous renseigne sur l’évolution accomplie; il y a eu passage de l’homogène à l'hétérogène, les fonctions, les mêmes d’abord, se sont ensuite diversifiées. Avec l’activité morale apparait un troisième stade de l’évolution. Egoïste dans le commencement, l'homme, plus tard, vivant en société, devient altruiste, sachant bien qu'en travaillant au bonheur de ses semblables, il contribue puissamment au sien propre.
350. Héréditarisme de Spencer. — Cette théorie de Spencer est une manière de rendre compte de l'associationnisme de Stuart Mill. Pour celui-ci, en effet, toutes nos connaissances s'expliquent par la loi de l'association des idées. Ainsi, les principes rationnels, comme le principe de causalité, expriment la nécessité psychologique, qui s'impose à notre esprit, de nous représenter les phénomènes dans l'ordre où ils nous ont apparu; par exemple : a serait la cause de b, parce que b nous apparaît toujours précédé de a. Ces principes, suivant Stuart Mill, sont l'effet d'une habitude d'associer ensemble deux phénomènes, ils résument nos expériences personnelles, individuelles, passées. Spencer, au lieu de’ faire appel à l'expérience individuelle, a recours à l'expérience de toute l'espèce: et, suivant lui, ces principes innés dans l'individu actuel, ne sont que des associations progressivement formées dans l'âme de nos ancêtres et transmises, comme un capital, par voie d’hérédité: d’où, l’héréditarisme. En sorte que les principes de raison sont des habitudes de race
En itior
résultant, comme s'exprime Spencer lui-même, “ de l'observation ancestrale condensée, accumulée et transmise par la génération ”. L'homme actuel doit donc beaucoup, même aux plus humbles de ses ancêtres. En lui se résume une expérience immense, remontant jusqu'aux races animales les plus éloignées dont l'espèce humaine n’est que l’évolution dernière.
Quant à la morale, Spencer la confond avec la sociologie. Et, comme tout le reste de ses doctrines, elle est évolutionniste, “ L'acte bon, dit-il, est l'acte utile à l'évolution de la vie, soit chez nous, soit chez les autres. ” Grâce à l'association des idées, l’homme, d'égoïste qu'il était, devient altruiste et développe cet instinct de sociabilité qui le porte à vivre en compagnie de ses semblables et à sympathiser avec eux. L'évolution de cet instinct variable, constitue toute la moralité.
Pour Spencer les sciences sont: 1° Abstraites: logique, mathématiques. 2° 4 bstraites-concrètes: mécanique, physique, chimie, 3° Concrètes: astronomie,. géologie, biologie, psychologie et sociologie. Les sciences abstraites ont pour objet les rapports, sans s'occuper des phénomènes et des êtres: les sciences abstraites-concrètes étudient les phénomènes eux-mêmes, en laissant de côté Îes êtres où ces phénoinènes se produisent; les sciences concrètes s'occupent des êtres eux-mêmes.
351. Appréciation. — Herbert Spencer est certainement un de plus forts esprits dont s’honore l'Angleterre. Toute sa philosophie forme une vaste
et puissante synthèse qui en a séduit un grand nombre.
Cependant, il faut bien l'avouer, le système de Spencer pèche par plusieurs endroits, et un peu d'attention suffira pour voir combien les théories brillantes de l'éminent philosophe anglais sont erronées et dangereuses.
Pour brocéder avec ordre, disons toute de suite que son Agnoticisme est le positivisme d’Auguste Comte — matérialisme en moins. Le philosophe français enseigne que la science a pour objet, uniquement, les phénomènes. Spencer, de son côté, déclare que l’Absolu existe, mais qu'il est inconnaissable. C'est pratiquement la même affirmation. Spencer lui-même le reconnait. 1! dit que “ l’agnosticisme de Comte est négatif tandis que le sien est
positif ’. Pour parler comme Littré, la doctrine
spencérienne est la * cousine germaine ” du positivisme de Comte’. Spencer est bel et bien positiviste. Comme le philosophe français, il affirme “ que nos connaissances sont toutes relatives; que l'on doit repousser toute explication transcendante des phénomènes sensibles. .. que le divin et l'absolu sont hors de la portée de la science et de ses méthodes, et qu'ils constituent un monde inaccessible à la raison humaine. .. que la croyance à l’immortalité est une marque et un effet de l'ignorance primitive 2 ”. Par conséquent, tous les arguments apportés contre le